Sports

La vraie-fausse «affaire Suarez» nous rappelle que les images de foot sont vite trompeuses

Temps de lecture : 2 min

Et dire qu'on a failli clouer Luis Suarez au pilori (encore une fois).

Ce mercredi 25 février au matin, la presse anglaise (et quelques médias français depuis) a largement repris une vidéo sur laquelle on voyait le joueur uruguayen du FC Barcelone courir et pencher sa tête vers l'Argentin de Manchester City Martin Demichelis.

Tout le monde a tout de suite pensé que, malgré une Coupe du monde terminée un peu plus vite que prévue, neuf matchs de suspension en sélection et quatre mois sans avoir le droit de disputer un match professionnel, Luis Suarez n'avait rien retenu et avait replongé en mordant un adversaire.

Face à l'Italie, lors du dernier mondial, l'Uruguayen avait planté ses dents dans l'épaule de Giorgio Chiellini. Quelques mois plus tôt, il avait fait de même avec le bras du défenseur de Chelsea Branislav Ivanovic, alors qu'il portait encore les couleurs de Liverpool.

C'en était trop. Il fallait agir. Avec des gros titres enflammés de préférence:

«Est-ce encore une image CHOQUANTE de l'ancienne star de Liverpool Luis Suarez en train de MORDRE contre Manchester City?» (The Daily Star)

«Luis Suarez a-t-il récidivé?» (The Mirror)

«Chew can't be serious» [jeu de mots sur «chew», «mâcher», et l'expression «you can't be serious», ndlr] (The Sun)

Sauf qu'en fait, Luis Suarez n'a (pour une fois) rien à se reprocher, comme le montre parfaitement un autre angle proposée par beIN Sports, qui diffusait le match en France, sur lequel on voit que Suarez baisse juste la tête pour éviter le bras de Demichelis:

Cette affaire rappelle, à une échelle moindre et avec un temps de correction beaucoup plus rapide, ce Brésil-Norvège de 1998 où l'arbitre avait sifflé un pénalty lors des dernières minutes pour un tirage de maillot de Junior Baiano sur Tore André Flo, permettant à Kjetil Rekdal d'envoyer son pays en huitièmes de finale, tandis que le Maroc était éliminé.


Pendant deux jours, l'arbitre de la rencontre, Esfandiar Baharmast, avait vécu un cauchemar, alors que tous les ralentis prouvaient qu'aucune faute n'avait été commise dans la surface de réparation et qu'il s'était laissé abuser par la simulation de Flo. Or, comme le raconte Football365:

«Quelques jours plus tard, les images d'une caméra de télévision suédoise placée derrière le but allaient prouver qu'il y avait bien penalty en faveur des Norvégiens, un défenseur brésilien tirant bien le maillot de Flo dans la surface de réparation.»

Cette mini-polémique rappelle donc que la plupart des images d'un match de football sont potentiellement trompeuses, comme l'a écrit notamment Jacques Blociszewski, l'un des spécialistes français du football à la télévision. Un plan large peut être démenti, comme cela est le cas ici, par un plan rapproché ou un autre angle; une action peut s'interpréter différemment à vitesse réelle ou au ralenti, donnant croire à une simulation ou une faute... Le débat potentiellement infini «à froid» autour des images d'une action est d'ailleurs un des principaux arguments des opposants à la vidéo dans le football, qui préféreront toujours le jugement humain «à chaud».

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