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Crashs d'avion: la loi des séries n'existe pas

Temps de lecture : 2 min

Statistics/Simon Cunnigham via Flickr CC License by.
Statistics/Simon Cunnigham via Flickr CC License by.

Ce mercredi 23 juillet, un accident d'avion lors d'un atterrissage d'urgence à l'aéroport régional de Magong à Taïwan a fait au moins 45 morts. L'accident intervient moins d'une semaine après le crash du vol MH17 de Malaysian Airlines, touché par un missile au-dessus de la zone de conflit est-ukrainienne (298 victimes), et moins de cinq mois après la disparition au-dessus de la mer de Chine du vol MH370 de la même compagnie (227 victimes).

Il n'en fallait pas plus pour que certains médias évoquent une «loi des séries» qui aurait frappé la compagnie malaisienne ou même l'aviation civile en général, et qui voudrait que les accidents d'avions se produisent parfois de manière mystérieuse et anormale à la chaîne.

Ne cherchez pas vos anciens manuels de mathématiques pour consulter ce chapitre de la section «probabilités et statistiques» que vous auriez loupé. Jacques Chirac avait beau répéter que «les emmerdes, ça vole toujours en escadrille», la loi des séries n'existe tout simplement pas, pas plus en matière de crashs aériens que de buts marqués au football ou de pépins dans la vie personnelle ou professionnelle.

Malgré son nom scientifique, cette loi repose en fait sur une mauvaise compréhension des statistiques et la tendance de l'Homme à chercher des explications irrationnelles à des évènements certes peu probables mais parfaitement «normaux», comme je l'expliquais après une série de trois crashs majeurs (AF447, Yemenia Airlines et un vol de la Caspian Airlines en Iran) en mois de six semaines à l'été 2009:

«L'adaptation à des événements à occurrence régulière a façonné nos civilisations (les marées, les cycles du soleil et de la lune, etc.), d'où l'importance de noter et d'essayer d'expliquer ceux qui sortent de l'ordinaire et des cycles connus.

La tendance à la validation subjective, qui consiste à valider une information parce qu'on la trouve signifiante pour soi-même, est assez commune. Ce concept, additionné à celui de la mémoire sélective, explique pour beaucoup l'impression de coïncidence chez l'Homme: nous avons tendance à nous souvenir seulement des événements qui confirment la théorie en laquelle nous croyons et à oublier les contre-vérifications, même si elles sont plus nombreuses.

Les événements traumatiques marquent plus les esprits, d'où l'expression "Un malheur n'arrive jamais seul". De même, on se souvient longtemps d'un crash d'avion vu à la télévision, mais on ne pense jamais aux milliers de vols quotidiens qui se déroulent sans incident.»

En 2006, deux chercheurs du CNRS avait voulu savoir si une série de cinq catastrophes aériennes en 22 jours qui s'était déroulée l'année précédente était statistiquement improbable. Pour ce faire, ils ont utilisé la fameuse loi de Poisson. Après des calculs complexes, ils sont arrivés à la conclusion qu'il y a chaque année un peu plus d'une chance sur dix d'observer une telle série. Ils écrivaient:

«Si nous avons l’impression qu’une série rapprochée d’accidents témoigne d’un changement dans les conditions de sécurité, c’est que nous sommes habitués à raisonner "en moyenne", alors que le hasard, lui, ne répartit pas les événements de manière uniforme.»

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