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L'Irak est au bord du gouffre, mais les Américains ne veulent plus en entendre parler

Temps de lecture : 2 min

Ils sont pris par la «fatigue irakienne»...

Un véhicule brûlé appartenant aux forces de sécurité irakienne à un point de contrôle dans l'est de Mosul, un jour après que des insurgés sunnites radicaux ont pris la ville, le 11 juin 2014, REUTERS/Stringer
Un véhicule brûlé appartenant aux forces de sécurité irakienne à un point de contrôle dans l'est de Mosul, un jour après que des insurgés sunnites radicaux ont pris la ville, le 11 juin 2014, REUTERS/Stringer

Il y a plus d'une décennie, l'establishment public et politique américain a soutenu une guerre en Irak en s'appuyant en partie sur l'idée fausse que le pays était un allié d'al-Qaida. Aujourd'hui, en grande partie à cause de cette guerre, une large proportion d'Irakiens est sous le contrôle d'une faction dissidente d'al-Qaida, et les Américains semblent indifférents.

Nancy Yousseff rapportait mercredi 11 juin que Washington semblait étrangement imperturbable face à la possible chute imminente de l'Etat irakien aux mains des extrémistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Alors que le secrétaire d'Etat à la Défense Chuck Hagel témoignait mercredi sur la controverse de l'échange du soldat américain prisonnier en Afghanistan Bowe Bergdahl, aucun membre du comité des forces armées du Sénat n'a profité de l'occasion pour lui demander son avis sur la catastrophe qui se déroule dans un pays où 4.500 Américains sont morts en à peu près une décennie de combats.

Un employé du comité a confié à Youssef:

«Je pense qu'il y a une sorte d'apathie générale sur l'Irak. [...] L'Irak est le plus souvent vu à travers le prisme d'autres problèmes.»

Certains ont commencé à se réveiller un peu ce jeudi 12 juin. Le président de la Chambre des représentants John Boehner a accusé le président d'avoir «fait la sieste» sur l'Irak, tandis que le sénateur démocrate Tim Kaine l'a enjoint à trouver un plan pour répondre à la crise.

Barack Obama a enfin évoqué la crise jeudi en déclarant que «toutes les options» sont sur la table pour combattre les insurgés, même si son porte-parole Jay Carney a précisé que cela n'incluait pas des troupes sur le terrain. Le président américain a fait cette déclaration en réponse à une question qui évoquait de possibles frappes aériennes contre EIIL, mais la Maison Blanche aurait déjà repoussé des demandes en ce sens du gouvernement irakien.

En théorie, Obama a peut-être le pouvoir de lancer des frappes sans l'approbation du congrès sous le régime de l'autorisation de la force militaire de 2002.

La crise irakienne semble avoir pris Washington par surprise, alors que les Etats-Unis sont d'une humeur particulièrement anti-interventionniste. Comme le dit la chef de file du Parti démocrate à la Chambre des représentants Nancy Pelosi, «je ne crois pas qu'il y ait un appétit dans le pays pour que l'on s'engage dans de nouvelles actions militaires en Irak».

Les discussions autour de la «fatigue irakienne», ce sentiment que le public américain en a simplement assez d'entendre parler des problèmes de ce pays, ont commencé en 2006. Avec les crises en Libye, en Egypte et en Syrie, j'imagine que cette fatigue est encore plus ancrée aujourd'hui. S'il faut s'attendre à ce que la Maison Blanche émette des critiques, il y a peu de chances pour que l'opinion publique se mette à soutenir massivement une réponse musclée à la dernière crise irakienne.

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