Alors comme ça, Najat Vallaud-Belkacem, notre nouvelle ministre des Droits des femmes, aimerait bien abolir la prostitution... Les prostituées, paradoxalement, lui répondent que c’est justement le droit d’une femme de louer son corps et qu’elle ferait mieux de se mêler de ce qui la regarde.
Il faut dire que ce qui est frappant, dans cette confrontation de points de vue, c’est sa permanence historique et, surtout, sa stérilité. Il y a les pour, il y a les contre ; les arguments des uns et des autres sont si parfaitement recevables qu’on se sent honnêtement capable de les défendre avec autant de conviction sans vraiment se renier.
L’esclavage, la violence des proxénètes, la contrainte imposée à des mineurs, c’est intolérable mais déjà réprimé par la loi avec l’efficacité relative que l’on sait. Pas le sordide d’une vie gagnée par l’imitation des gestes de l’amour, mais c’est une autre histoire.
La liberté, pour un adulte informé et responsable, de se servir de son corps pour une relation sexuelle tarifée, doit-elle pour autant être bridée, au nom d’une morale manifestement pas si universelle? Le lbéral (quel que soit le sens que l’on donne à ce mot, chez nous ou ailleurs) répond non.
En tout état de cause, ni Najat Vallaud-Belkacem ni ses contradictrices ne trancheront définitivement cette fois encore. La prostitution n’a beau être que putativement (sans jeu de mot) la plus vieille profession au monde, le débat sur son abolition est authentiquement le plus ancien des dilemmes.
Hugues Serraf
(La discussion se poursuit sur vos tablettes!)