Économie

Chine: de la quantité à la qualité

Temps de lecture : 3 min

En net ralentissement, l’économie chinoise doit négocier un changement, passant d’une économie entièrement tournée vers l’exportation à une économie soutenue par la demande interne.

Dans un parc de Shanghai, en mars 2012. REUTERS/Carlos Barria
Dans un parc de Shanghai, en mars 2012. REUTERS/Carlos Barria

La deuxième économie mondiale, la Chine, ralentit progressivement. Atteint par la baisse de la demande mondiale, son modèle «tout pour l’exportation» se grippe. Et le relais par la consommation interne n’est pas encore en place.

Résultat: mi-avril, la Chine a annoncé que son produit intérieur brut avait augmenté de 8,1% «seulement» au premier trimestre. Le ralentissement intervient pour le cinquième trimestre consécutif, et cette fois, il s’agit du chiffre le plus faible enregistré depuis trois ans. Seule la performance enregistrée au plus fort de la crise financière, au deuxième trimestre 2009, avait été plus mauvaise, avec 7,9%.

A l’annonce de ce chiffre, les marchés financiers ont fait grise mine, mais en réalité, les autorités chinoises n’ont pas été surprises. Elles attendent une croissance de 7,5% cette année, contre 8% les années précédentes. Il s’agit d’un atterrissage en douceur, même si toutes les données ne sont pas sous contrôle. La Chine pâtit de la baisse de ses exportations, notamment vers les pays de la zone euro, frappés par la récession. En février, elle a enregistré un déficit extérieur très important, avant un rebond en mars, où l’excédent a atteint le chiffre, modeste pour la Chine, de 5,35 milliards de dollars.

Coup de frein

Et elle est dans le même temps touchée par le ralentissement du secteur de la construction. Quant aux ménages, leur consommation ne peut encore prendre le relais. Car, pour juguler une hausse des prix jugée trop rapide, le gouvernement de Pékin a donné un coup de frein au crédit. Cette mesure était d’autant plus nécessaire que les bilans des banques chinoises sont fragiles. Ses effets se sont immédiatement fait sentir: le marché automobile a connu une décélération de 3,4% au premier trimestre.

L’inflation s’est calmée, le taux des réserves obligatoires de banques a été abaissé, et le crédit est reparti dès le mois de mars. Mais les autorités chinoises doivent se livrer à un savant numéro d’équilibriste: il s’agit de dégonfler les bulles spéculatives –notamment l’immobilier– tout en conservant une croissance suffisante.

Ce n’est pas tout: le pays doit changer de modèle et passer d’une économie du tout à l’exportation à une économie orientée vers un développement intérieur plus harmonieux. Ce n’est pas le plus facile, tant cela exige de changer les habitudes. Mais on a vu que les accusations portées contre le sous-traitant chinois d’Apple, la firme Foxconn, ont porté leurs fruits et que des améliorations au sort des salariés pouvaient être exigées. Par ailleurs, la Chine a fortement augmenté les salaires minimum au cours de 2011.

Produits plus sophistiqués

La Banque mondiale, dans son rapport du 12 avril, en est en tout cas convaincue: la Chine a de bonnes chances de voir son économie atterrir en douceur. L’organisation de Washington mise sur un taux de croissance de 8,2% cette année et de 8,6% en 2013. Ensuite, en tendance, la croissance devrait continuer à décélérer, pour se trouver autour de 5% par an d’ici à vingt ans. Dans l’intervalle, la Chine devra trouver les moyens d’améliorer la vie de ses citoyens non seulement en quantité de biens mais surtout en qualité. C’est tout l’objet du 12e plan quinquennal, 2011-2015.

Celui-ci prévoit une croissance moyenne de 7% par an, mais aussi une baisse des émissions de carbone (dont la Chine est le premier émetteur mondial) et de sa consommation d’énergie. Des évolutions nécessaires non seulement sur le plan du réchauffement climatique, mais aussi parce qu’après son décollage des dernières décennies, l’économie chinoise doit évoluer vers des productions plus sophistiquées. La main d’œuvre est aujourd’hui plus formée et, à cause de la politique de l’enfant unique, moins nombreuse. Et déjà, les productions les plus basiques s’effectuent dans d’autres pays d’Asie plus pauvres.

En même temps qu’elle annonçait que son activité était en train de ralentir, la Chine a rendu publique la décision d’élargir les marges de fluctuation quotidiennes de sa monnaie à 1%. Accusée de longue date de maintenir le taux de change du yuan artificiellement bas pour doper ses exportations, la Chine, qui a déjà laissé sa monnaie se revaloriser tout au long de 2011, fait ainsi preuve de bonne volonté. Un geste habile au moment où se déroulent les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale.

Marie-Laure Cittanova

Article également publié sur Emploiparlonsnet

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