Politique / Sports

Les JO d'hiver 2030 en France: après 2024, pourquoi retourne-t-on dans cette galère?

L'an prochain, le CIO devrait officialiser l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 dans les Alpes françaises.

Des autocollants créés par le collectif NO JO, qui s'oppose à l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2030 dans les Alpes françaises et qui a organisé une manifestation dans les rues de Briançon (Hautes-Alpes), le 2 décembre 2023. | Thibaut Durand / Hans Lucas via AFP
Des autocollants créés par le collectif NO JO, qui s'oppose à l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2030 dans les Alpes françaises et qui a organisé une manifestation dans les rues de Briançon (Hautes-Alpes), le 2 décembre 2023. | Thibaut Durand / Hans Lucas via AFP

Temps de lecture: 6 minutes

Ça a le mérite d'être clair: la France est véritablement, n'en déplaise aux défaitistes, une nation sportive. Ou du moins une nation d'accueil des grandes compétitions sportives. Depuis huit ans, le pays a notamment organisé l'Euro masculin de football (2016), la Coupe du monde féminine de foot (2019), la Coupe du monde de rugby (2023), le championnat du monde de handball pour les hommes (2017) et d'Europe pour les femmes (2018), la Ryder Cup de golf (2018), sans oublier entre autres quelques coorganisations en sports collectifs (basketball, volleyball ou hockey sur glace).

Prochainement, on va avoir droit aux Jeux olympiques et paralympiques d'été, à Paris en 2024, et très vraisemblablement ceux d'hiver en 2030 dans les Alpes françaises. Et on peut aussi citer des soirées de l'UFC à Paris en MMA (arts martiaux mixtes), des matchs de saison régulière en NBA ou la finale de la Ligue des champions de football en mai 2022.

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Comment expliquer cette force? Comment expliquer cette expérience malgré les critiques continues, malgré les commentaires négatifs, malgré les erreurs et les fautes? Déjà, il y a un an et demi, lors de la finale de la Ligue des champions au Stade de France, on a eu affaire à une honte nationale en mondovision, avec des errements absolus en matière de gestion du maintien de l'ordre. Et que dire des prochains JO de Paris, qui ne cessent d'être critiqués et moqués.

Des critiques et des doutes, mais des avantages

Concernant l'événement olympique estival du 26 juillet au 11 août 2024, on reproche son coût qui a (inévitablement) augmenté, avec une facture déjà estimée à 8,8 milliards d'euros, alors que les prévisions étaient de 6,8 milliards d'euros en 2019. On met en avant les transports, qui seront sans doute engorgés et inopérants durant la quinzaine. On s'alerte sur la sécurité, notamment vis-à-vis de la fameuse cérémonie d'ouverture, le long de la Seine, devant 400.000 à 600.000 spectateurs. On s'indigne des lois d'exception passées pour la compétition, en matière de surveillance ou de droit du travail. On s'interroge sur l'opinion favorable de ces Jeux, qui ne cesse de s'éroder.

Et maintenant, l'Hexagone s'apprête sans doute à organiser les Jeux d'hiver en 2030, dans les Alpes françaises. En effet, depuis le 29 novembre 2023, le Comité international olympique (CIO) est entré en «dialogue ciblé» avec la seule candidature française, mettant un terme à ses discussions avec les représentants suisses et suédois. C'est en juillet 2024, lors de la prochaine session du CIO à Paris, que l'organisation devrait être officialisée. Mais la France étant dans le viseur de ces négociations exclusives, il faudrait un cataclysme pour que ce ne soit pas elle.

Mais alors, pourquoi? Pourquoi autant d'intérêt pour le pays? Déjà, rappelons que la France est un paradis fiscal pour les événements sportifs internationaux, depuis une loi votée en 2014, qui octroie une exonération totale à ces compétitions, le temps de leur organisation sur le territoire national.

Citée dans un rapport de la Cour des comptes publié en septembre 2017, plus d'un an après l'Euro 2016 de football, la commission des finances de l'Assemblée nationale estimait d'ailleurs que l'exonération fiscale envers l'UEFA avait provoqué «un manque à gagner pour l'État et les collectivités territoriales estimé entre 150 et 200 millions d'euros». Ce régime particulier attirerait les fédérations internationales, désireuses de venir réaliser des bénéfices importants, sans être redevables du moindre impôt.

En comparaison avec d'autres pays, la France dispose d'un arsenal fiscal appliqué aux compétitions sportives très léger. Ce que note aussi la Cour des comptes: «Le périmètre fiscal du dispositif allemand est beaucoup plus restrictif que celui mis en œuvre en France par le vote de la loi de finances rectificative du 29 décembre 2014.» C'est un avantage absolu par rapport à la concurrence internationale et cela donne le droit au pays de pouvoir capter de nombreux événements. Ce qui a ensuite des retombées sur sa renommée, sa réputation et son prestige.

2024 comme 2030: une expérience et des équipements déjà présents

Puis, accumuler autant de tournois offre une expérience continue, des infrastructures durables, réutilisables et fonctionnelles. Les Jeux de Paris 2024 ont beau coûter plus que ce qui avait été escompté, aujourd'hui 8,8 milliards d'euros, ils n'en restent pas moins assez peu chers par rapport à certaines éditions, qui ont vu leur budget exploser dans un passé récent. Annoncés comme sobres au moment de la candidature, les Jeux de Tokyo, organisés en 2021, ont finalement coûté plus de 12 milliards d'euros. Les Jeux de Rio 2016 sont estimés à 16,5 milliards d'euros et ceux de Pékin, en 2008, à plus de 32 milliards d'euros.

La principale raison pour Paris 2024? Parce qu'il n'y a pas tout à construire de nouveau. Ce sera seulement le cas pour le village olympique en Seine-Saint-Denis, l'Arena de la porte de la Chapelle à Paris, le centre aquatique à Saint-Denis, le site d'escalade et une partie du centre des médias au Bourget. Dans leur grande majorité, les structures des autres sites sont déjà existantes et demandent quelques rénovations et aménagements provisoires. Pas de grand stade olympique, le Stade de France existe déjà; pas de vélodrome ni de golf (tous deux présents à Saint-Quentin-en-Yvelines); pas d'autre complexe sportif, le stade Roland-Garros ou encore l'Accor Arena de Bercy sont là.

C'est un peu ce qu'il se passe avec les Jeux d'hiver 2030, dans les Alpes françaises. À la lecture du dossier de candidature, que l'on a pu consulter, le budget annoncé n'est que d'environ 1,5 milliard d'euros. Certes, avec un risque de dépassement, mais certainement très loin des 12,9 milliards de dollars pour PyeongChang 2018 ou les 21,9 milliards de dollars de Sotchi 2014.

Les organisateurs prévoient seulement une grande construction, une nouvelle grande patinoire à Nice pour les épreuves de glace, dont le hockey. Il reste également un point d'interrogation sur le site qui accueillera le patinage de vitesse: une structure éphémère ou bien une délocalisation à l'étranger (Italie ou Pays-Bas)? Mais des équipements sportifs aux infrastructures extrasportives, hôtelières, de communication ou de télécommunication, tout le reste est déjà là, parce que la France a de l'expérience en matière d'organisation d'événements hivernaux internationaux.

 

Éviter la malédiction du vainqueur

Ensuite, l'autre point qui peut expliquer les dépassements budgétaires est la winner's curse, traduite en français par la «malédiction du vainqueur». Développé par l'économiste Wladimir Andreff, professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ce concept considère que, lors d'une enchère, les candidats sont prêts à surenchérir par l'effet de la concurrence, quitte à payer un prix plus élevé que ce que le bien vendu ne vaut réellement.

Depuis les années 1970, les Jeux passés, où le taux moyen de dépassement entre le budget prévisionnel et le budget réel est de 167%, avaient été obtenus après une concurrence entre des villes lors de la procédure de désignation. Par exemple, en 2005, pour l'attribution des Jeux de 2012, Londres avait dû promettre monts et merveilles aux membres du CIO pour s'offrir l'organisation face au grand favori parisien. Et ce, au risque de débourser un prix finalement plus élevé que ce que les Britanniques avaient pronostiqué.

 

Mais cela est paradoxalement dans l'intérêt du CIO. Les dépassements continus provoquent des critiques, notamment de la part des nations occidentales, où la population s'indignerait de ces coûts budgétaires. En conséquence, l'aval populaire s'effrite et de moins en moins de villes et de pays veulent accueillir les Jeux olympiques. Pour l'édition 2024, les candidatures de Rome, Hambourg, Boston et Budapest ont toutes été abandonnées par manque de soutien ou parce que les habitants se sont ouvertement opposés à la réception d'un tel événement fastueux et coûteux.

Et c'est là que cela devient intéressant. Parce que ça coûte cher, plus personne n'en veut. Et parce que personne n'en veut, la course à l'organisation disparaît. La winner's curse ne peut alors pas se réaliser et les coûts pourront être maîtrisés. C'est pour cette raison précise que le CIO a retiré les candidatures de la Suisse et de la Suède pour 2030, n'a conservé que le dossier français et est déjà rentré en discussion exclusive avec Salt Lake City pour 2034 et certainement la Suisse pour 2038. On commence à réduire l'événement à des candidatures uniques dans le but précis de contrôler les coûts et de s'éviter une fronde populaire.

On pourrait enfin rajouter la thématique de la transition environnementale et la nécessaire question de l'adaptation des sports d'hiver au dérèglement climatique. Ce n'est pas la préoccupation de toutes les organisations internationales, comme la FIFA ou le Conseil olympique d'Asie, qui donnent l'impression de ne pas se préoccuper du climat, avec une Coupe du monde au Qatar en 2022 puis une à venir sur trois continents en 2030, ainsi que des Jeux asiatiques d'hiver 2029 en Arabie saoudite, dans un pays pas vraiment réputé pour ses montagnes et sa neige.

Or, sur ce point, le CIO a pris les devants et s'impose désormais un devoir d'excellence vis-à-vis de l'environnement et exige des candidatures sobres, avec un devoir d'excellence environnementale. C'est aussi pour cela que le comité international a arrêté son choix sur les Alpes françaises.

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