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Le panda, la plus mignonne des armes diplomatiques de la Chine

Temps de lecture : 7 min

Prêter ces mammifères aux zoos étrangers permet à Pékin d'adresser un signe d'amitié aux pays concernés, tout en récoltant des fonds pour œuvrer en faveur de la préservation de l'espèce.

Le bébé panda géant Huanlili lors de son premier anniversaire au parc zoologique de Beauval, à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), le 2 août 2022. | Guillaume Souvant / AFP
Le bébé panda géant Huanlili lors de son premier anniversaire au parc zoologique de Beauval, à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), le 2 août 2022. | Guillaume Souvant / AFP

En 2012, le ZooParc de Beauval, dans le Loir-et-Cher, obtenait de la Chine la possibilité d'accueillir Yuan Zi, un panda géant mâle, et Huan Huan, une femelle, pendant dix ans. En 2017, le couple a eu un fils, Yuan Meng, avant de donner naissance, en 2021, à des jumelles. Brigitte Macron a été choisie comme marraine pour Yuan Meng, petit qui pèse aujourd'hui une centaine de kilos.

Il était prévu qu'à l'âge de 4 ans, donc en 2021, l'aîné parte en Chine. Mais cela n'a pas été possible, l'épidémie de Covid-19 ayant annulé les vols internationaux: Yuan Meng devrait donc faire le voyage en juillet prochain avant d'être installé au Centre de recherche et de reproduction des pandas géants de Chengdu. Rodolphe Delord, président directeur général du ZooParc de Beauval, a indiqué qu'il sera amené à se reproduire «avec une femelle sans lien de parenté avec lui» et que ses futurs petits seront, après quelques années, relâchés dans les forêts du Sichuan. Quant à ses parents, leur séjour à Beauval a été prolongé jusqu'en 2027.

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Un grand ours-chat en danger

Le nom scientifique du panda géant est Ailuropoda melanoleuca, ce qui, en grec, signifie «à pied de chat noir et blanc». C'est un mammifère très particulier qui ne vit que dans les forêts de moyenne altitude du sud-ouest de la Chine, très majoritairement au Sichuan mais aussi dans les provinces limitrophes du Gansu et du Shaanxi.

Son physique à la fois souple et lourdaud lui vaut son nom chinois, daxiongmao, qui signifie «grand ours-chat». Son pelage noir et blanc l'aide à se camoufler dans les zones montagneuses où il évolue, et sa nourriture se compose pour l'essentiel de pousses de bambous –un panda adulte consacre plus de dix heures à en avaler en moyenne 20 kilos par jour.

À cause du réchauffement climatique et, parfois, de l'extension des zones agricoles, l'habitat de ces mammifères est fragilisé, et l'Union internationale pour la conservation de la nature a placé l'animal sur la liste rouge des espèces menacées. Mais depuis plus de vingt ans, la Chine développe une politique de sauvegarde des pandas.

Treize réserves ont notamment été délimitées sur une surface de 2,58 millions d'hectares avec de la reforestation et des plantations massives de bambous. Par ailleurs, les agriculteurs qui habitent près de ces lieux reçoivent du gouvernement chinois des subventions, en échange de quoi ils s'engagent à ne pas utiliser d'engrais chimiques ni de pesticides.

Une légère amélioration

Auparavant considéré comme une espèce «en voie de disparition», le panda géant est depuis 2021 classé par la Chine parmi les «espèces vulnérables». Cependant, le Fonds mondial pour la nature (WWF), dont le logo est un panda, continue d'affirmer que cet ursidé «demeure l'une des espèces les plus menacées au monde».

On compte 1.864 pandas vivant à l'état sauvage, d'après les derniers recensements du ministère chinois de la Nature et de l'Environnement, publiés en 2021. Cet effectif augmente légèrement au fil des ans: en 1980, seuls 1.114 individus en liberté avaient été observés au Sichuan.

La plupart des nouveau-nés sont des jumeaux ou des triplés. Or, la mère ne s'occupe souvent que d'un seul petit, ce qui fait que les autres ne survivent pas. Près de Chengdu, au Sichuan, dans le Centre de recherche et de reproduction des pandas géants où sont élevés près de 700 pandas, les soigneurs placent les jumeaux en couveuse et les confient chacun à leur mère un jour sur deux, pour qu'ils puissent tous deux bénéficier de ses soins.

Résultat, la population de pandas captifs augmente et chaque année, près de la moitié d'entre eux est relâchée dans la nature où les taux d'accouplement, de grossesse et de survie des petits sont nettement plus faibles. «Le développement d'une population de pandas en captivité autonome vise à jeter des bases solides pour [...] rajeunir de petites populations dans la nature, expliquait Duan Zhaogang, le directeur du centre, en octobre 2022. Au cours de la dernière décennie, nous avons développé un ensemble de technologies pour entraîner les pandas à être relâchés dans la nature et les surveiller.»

De précieux cadeaux

Si cette population est limitée, les pandas sont toutefois utilisés par les dirigeants chinois comme des symboles de leur pays depuis plus de cinquante ans. Et ils jouent un rôle quasiment diplomatique. En janvier 1972, pour la première fois, la Chine, alors dirigée par Mao Zedong et le Premier ministre Zhou Enlai, offrait ainsi deux pandas au président américain Richard Nixon après son historique voyage à Pékin et à Hangzhou. Ils sont arrivés deux mois plus tard à Washington.

En septembre 1973, deux autres animaux, Yen Yen et Li Li, étaient donnés à la France à l'occasion du voyage en Chine du président Georges Pompidou. En 1976, Valéry Giscard d'Estaing, successeur de Pompidou, effectuait une visite au zoo de Vincennes, dans lequel avait été installé Yen Yen –Li Li est quant à elle décédée en 1974. Malgré les réticences du directeur du zoo, le président obtient d'entrer dans la cage du panda. Immédiatement, celui-ci balance le dos, signe avéré d'hostilité, et s'élance sur le président toutes griffes dehors. Un gardien a juste le temps de brandir une fourche pour arrêter l'agresseur. Une fois sorti de la cage, Valéry Giscard d'Estaing dira: «Cet animal a reconnu le chasseur en moi.»

Quatre ans plus tard, il effectue un voyage en Chine, accompagné de plusieurs membres de sa famille, dont sa fille Jacinte, alors étudiante vétérinaire. À Pékin, lors du dîner officiel au Palais du peuple, il demande au Premier ministre Zhao Ziyang s'il peut ramener un panda en France, afin que sa fille l'installe dans son école. Mais Zhao Ziyang passe à un autre sujet, comme s'il n'avait pas compris ce que lui demandait le président français, raconte l'ambassadeur de France Claude Martin dans La Diplomatie n'est pas un dîner de gala.

Si le panda va, tout va...

Après ces premiers prêts officiels à des pays étrangers, d'autres pandas ont été loués par la Chine pour un montant confidentiel, mais évalué à environ 900.000 euros par an et par animal. L'objectif étant à la fois de faire rayonner le pays à l'international, d'adresser un signe d'amitié aux pays qui accueillent des pandas et de montrer une volonté d'entretenir bonnes relations avec eux, mais également de récolter des fonds pour œuvrer en faveur de la préservation de l'espèce.

Les pandas arrivent à bord d'avions spécialement équipés –qui transportent notamment une provision de pousses de bambou humides–, avant de repartir de la même façon quelques années plus tard, car ils restent la propriété de la Chine, de même que leurs éventuels petits.

Dans tous les zoos où ils sont pensionnaires, ces pandas attirent un nombre considérable de visiteurs. En plus Beauval en France, une vingtaine d'entre eux hébergent une quarantaine de ces animaux dans le monde. Il y en a à Vienne, à Madrid, à Édimbourg, ou encore à Washington DC et à Atlanta, ainsi qu'à Mexico –lieu de résidence de Xin Xin, l'un des trois pandas au monde qui n'appartiennent pas à la Chine.

Un zoo de Kuala Lumpur, en Malaisie, abrite aussi un couple de pandas et ses deux petites, et le parc zoologique belge Pairi Daiza, près de Bruxelles, en accueille depuis 2015 un autre qui a mis au monde un bébé en 2017, puis des jumeaux deux ans plus tard.

Mais il peut arriver que la relation entre la Chine et un pays ayant accueilli des pandas se détériore. Le 27 avril dernier, la femelle Ya Ya, arrivée au zoo de Memphis en 2003 à l'âge de 3 ans, est rentrée en Chine. Or, si ce retour était prévu de longue date, cela faisait plusieurs mois que des internautes chinois accusaient l'établissement américain de mauvais traitements.

Mao Ning, une des porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a dû prendre la parole pour déclarer, lors d'une conférence de presse, que Ya Ya avait reçu «de bons soins de la part du zoo de Memphis et une grande affection de la part du peuple américain». Elle a ajouté que la recherche sur la conservation des pandas géants avait «contribué de manière positive à la conservation de l'espèce et à l'éducation du public concernant ces animaux, ainsi qu'aux échanges culturels et entre les peuples». Quant au zoo de Memphis, il a fait savoir que Ya Ya lui «manquera[it] cruellement».

Autre cas compliqué: celui de Tuan Tuan, panda géant mort à Taipei en novembre 2022. Il avait été offert par Pékin au régime de Taïwan en 2008, alors qu'un réchauffement des relations semblait se dessiner. Quand il est apparu que Tuan Tuan était atteint d'une tumeur au cerveau, le zoo de Taipei a fait appel à deux vétérinaires de Chengdu spécialisés, qui n'ont pu que constater la gravité de l'état de santé du panda. S'il n'y a plus de dialogue entre Pékin et Taipei depuis quelques années, les responsables du zoo taïwanais estimaient que les vétérinaires venus du continent ont tout fait pour lui offrir «le meilleur traitement et les meilleurs soins».

Un animal unique en son genre

En Chine, la protection du panda s'accompagne de nombreuses recherches destinées à mieux connaître l'animal et auxquelles, avant les périodes de confinement, des chercheurs étrangers étaient parfois associés. Il a ainsi été établi, par une étude parue dans la revue américaine Science Bulletin, que le panda était autrefois carnivore, avant de peu à peu se tourner vers un régime de bambou.

Ce considérable changement de comportement alimentaire s'est accompagné d'un important rétrécissement de ses organes digestifs, ce qui lui a permis de ralentir son métabolisme. Le panda géant est également doté de dents et de mâchoires puissantes, capables de mâcher les troncs de bambou et d'en extraire la pulpe. Cette denture aurait, semble-t-il, pu lui permettre de se comporter en carnivore. Mais il est possible qu'au cours d'une longue période où la nourriture se faisait rare, il se soit habitué à manger presque exclusivement du bambou, aliment pour lequel il n'était pas en concurrence avec d'autres mammifères.

Le panda est un animal unique en son genre. Et comme on ne le trouve dans la nature que dans une zone forestière et montagneuse de la Chine, ce robuste plantigrade a toutes les qualités pour être le symbole d'un pays qui tient à mettre en avant ses particularités, y compris en matière diplomatique. Les dirigeants chinois ont, de plus, depuis longtemps compris la sympathie que peut provoquer cet animal aux yeux entourés de noir. Pour autant, le régime politique chinois ne provoque pas vraiment un sentiment aussi favorable dans le monde que le panda.

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