Santé / Sports

Le sport est-il vraiment bon pour le cerveau?

Temps de lecture : 5 min

Deux études récemment parues se contredisent concernant les bénéfices cognitifs de l'activité physique.

Certes, des scientifiques remettent en cause l'adage «Mens sana in corpore sano», mais ne jetez pas vos baskets pour autant. | Will Breen via Unsplash
Certes, des scientifiques remettent en cause l'adage «Mens sana in corpore sano», mais ne jetez pas vos baskets pour autant. | Will Breen via Unsplash

Les effets positifs de l'activité physique sur la santé sont indéniables. Cependant, une étude récente remet en cause le célèbre adage «Mens sana in corpore sano», ou «un esprit sain dans un corps sain». Les auteurs y contestent l'importance de l'exercice physique pour la santé de notre cerveau et de notre cognition.

Chercheurs en santé, neurosciences et psychologie, nous avons publié, quelques jours plus tard, une enquête qui vient alimenter ce débat scientifique. Qui a tort, qui a raison? La réponse n'est pas si simple. Voici ce qu'il en est.

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Inutile pour le cerveau, l'activité physique?

La première étude a été publiée dans la revue Nature Human Behavior le 27 mars 2023. Il s'agit d'une revue de vingt-quatre méta-analyses qui réexamine les données de 11.266 personnes en bonne santé, en utilisant une approche plus rigoureuse que les analyses antérieures. Bien que la quasi totalité des vingt-quatre méta-analyses incluses dans cette étude ait démontré un effet positif de l'exercice physique régulier sur les fonctions cognitives, les auteurs soutiennent qu'elles manquaient d'ajustements.

Ils soulignent par exemple que le niveau d'activité physique en début d'intervention, ainsi que la tendance de la communauté scientifique à ne publier que les résultats significatifs, étaient rarement pris en compte. Et, une fois ces ajustements effectués, ils aboutissent à des résultats suggérant que les bénéfices de l'exercice physique sont en réalité plus faibles que ceux estimés dans les précédentes méta-analyses, voire négligeables.

Sur la base de ces résultats, les auteurs se disent convaincus que les organismes de santé publique tels que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) devraient retirer l'amélioration de la santé cognitive et de la réussite scolaire de la liste des bienfaits de l'activité physique.

Dans la dernière phrase du résumé de l'article, ils mettent notamment le lecteur en garde contre les affirmations et les recommandations liant l'exercice physique régulier aux bénéfices cognitifs chez les personnes en bonne santé. Tout du moins, jusqu'à ce que des preuves scientifiques plus fiables s'accumulent. Il n'a pas fallu attendre longtemps.

Une histoire d'ADN?

La seconde étude, la nôtre, une enquête génétique incluant près de 350.000 personnes, a été publiée dans Nature quatre jours plus tard, soit le 31 mars. Nous y apportons des preuves scientifiques des bénéfices cognitifs de l'activité physique d'intensité modérée et élevée, basées sur la méthode de randomisation mendélienne à deux échantillons, qui exploite les variations aléatoires de notre ADN survenant lors de la conception, donc avant la naissance.

Lorsqu'on compare deux humains, 99,9% de leur matériel génétique est identique. On peut considérer l'ADN comme une longue chaîne de briques, appelées «nucléotides». Il y a quatre types de briques, agencées de manière aléatoire: la thymine, l'adénine, la guanine et la cytosine. Entre ces deux humains, une fois sur 1.000 briques environ, l'une d'entre elles varie. Ces variations génétiques, appelées «SNP» (que l'on prononce «snips»), peuvent par exemple donner une brique de cytosine à un certain endroit de l'ADN d'une personne et une brique de thymine au même endroit chez une autre.

Le premier échantillon de notre étude, comptant 91.084 personnes, a été utilisé pour identifier les variations génétiques qui aboutissaient à des différences d'activité physique, mesurée à l'aide de capteurs de mouvement portés au poignet. Le second, qui comptait 257.854 personnes, a permis de tester si ces variations génétiques associées au niveau d'activité physique influençaient le fonctionnement cognitif de manière proportionnelle. Si c'était le cas, nous pouvions conclure à un effet causal de l'activité physique sur la fonction cognitive.

L'importance de la durée et de l'intensité de l'exercice

Dans notre étude utilisant une nouvelle méthode de randomisation mendélienne, plus précise et plus robuste que les versions précédentes, les résultats montrent que des niveaux d'activité physique modérés et élevés conduisent à une amélioration du fonctionnement cognitif.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que l'effet de l'activité physique modérée (marche rapide, vélo) était 1,5 fois plus important que celui de l'exercice d'intensité élevée (course à pied, basketball, ski de fond). L'intensité de l'activité que nous pratiquons est donc importante. Et, surtout, nos résultats soulignent qu'il n'est pas nécessaire de se pousser jusqu'à l'épuisement pour obtenir les bénéfices cognitifs d'une activité physique régulière.

Quand l'ensemble de l'activité physique des participants était considéré (incluant les activités sédentaires et les exercices physiques d'intensité légère), nos résultats ne montraient plus d'effet sur le fonctionnement cognitif. Ce résultat confirme l'importance d'atteindre des intensités suffisantes pour profiter des bénéfices cognitifs de l'exercice physique.

Ces résultats concordent avec ceux d'une étude publiée le 11 janvier 2023 dans The Journal of Physiology, qui souligne l'importance de la durée et de l'intensité de l'exercice dans la libération d'une protéine appelée BDNF dans le cerveau. Cette protéine est impliquée dans la création de nouveaux neurones, de nouvelles connexions entre ces neurones et de nouveaux vaisseaux sanguins permettant de nourrir ces neurones.

Cette protéine, dont la production augmente au cours de l'exercice, est un des mécanismes physiologiques permettant d'expliquer les effets bénéfiques de l'activité physique sur le fonctionnement cognitif. L'existence même de ce mécanisme renforce les résultats soutenant ces effets bénéfiques.

Jamais trop tard pour s'y mettre

Plusieurs différences peuvent expliquer la divergence de résultats entre la méta-analyse basée sur des essais contrôlés randomisés et notre étude basée sur la génétique.

Tout d'abord, la méta-analyse s'intéresse uniquement aux personnes en bonne santé, ce qui n'est pas le cas de notre étude. Ensuite, notre étude différencie les activités physiques d'intensité modérée et élevée, alors que la méta-analyse ne fait pas cette distinction. Enfin, la randomisation mendélienne évalue des effets à long terme, tout au long de la vie, alors que la méta-analyse se base sur des interventions durant entre un mois et deux ans.

Puisque nous abordons ici les aspects temporels de l'activité physique, il nous paraît important de rappeler qu'il n'est jamais trop tard pour s'y mettre. En effet, une étude de 2019 avait montré que commencer tardivement une activité procurait les mêmes effets positifs sur la santé que d'avoir été actif toute sa vie.

Conclusion: ne jamais prendre de décision hâtive

Sur la base de nos résultats, il semble que l'amélioration du fonctionnement cognitif ait encore sa place sur la liste des bienfaits de l'exercice physique. Comme c'est souvent le cas en sciences, il est plus raisonnable de ne pas prendre de décision hâtive et d'attendre les résultats des études scientifiques à venir avant de modifier les lignes directrices de promotion de l'activité physique.

Dans le climat sociopolitique actuel de méfiance envers la science, il est important de ne pas se précipiter en se basant sur une seule étude analysant différemment des données déjà existantes et aboutissant à des conclusions contredisant des années de recherche basées sur ces mêmes données.

L'accumulation de preuves convergentes provenant de différentes équipes scientifiques doit être un prérequis incontournable avant toute modification d'un message de santé publique. Comme le montre cet article, nous n'en sommes pas du tout là. Les effets de l'activité sur de très nombreux versants de la santé physique comme mentale restent indéniables.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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