Santé

Ce qu'il se passe dans votre corps quand vous vapotez

Temps de lecture : 5 min

Spoiler: tirer sur une cigarette électronique est beaucoup moins dangereux que fumer des clopes.

Il est important d'acheter des e-liquides certifiés et de changer régulièrement la résistance de son dispositif de vape. | davide ragusa via Unsplash
Il est important d'acheter des e-liquides certifiés et de changer régulièrement la résistance de son dispositif de vape. | davide ragusa via Unsplash

Plus de quinze ans après sa création, treize années après sa mise sur le marché français, la cigarette électronique a conquis son public et convaincu près de 6,7% des 18-75 ans. Nombreux sont les spécialistes du sevrage tabagique qui la recommandent. Mais son utilisation fait encore débat, suscitant de nombreuses peurs et inquiétudes souvent liées à une méconnaissance des usages et des études existantes.

Pourtant, toutes les études le pointent: la vape permet de réduire notablement les risques chez les fumeurs qui l'adoptent en vue d'arrêter le tabac. «Si fumer, c'est comme rouler à contresens sur l'autoroute, vapoter, c'est conduire à 130 plutôt qu'à 120», affirme la Dre Corinne Depagne, pneumologue à Lyon.

Mais à voir les émissions de la cigarette électronique et à sentir leur parfum parfois très chargé, on peut néanmoins s'interroger sur ce qu'il se passe quand on vapote.

Pas de fumée sans clope

La première chose à comprendre est que contrairement à la clope, la vape émet de la vapeur et non de la fumée.

Lorsqu'on allume une cigarette et que le tabac se consume, une réaction chimique se produit entre le feu, la chaleur et l'oxygène. Cette réaction, appelée combustion, libère des composants particulièrement toxiques tels que le monoxyde de carbone, le cyanure d'hydrogène, le benzène, l'oxyde d'azote et des goudrons. Sous la forme de fumée alors inhalée par le fumeur (mais aussi par son entourage, via le tabagisme passif), c'est un mix explosif qui fait le lit des cancers, des maladies respiratoires et des affections cardiovasculaires.

En revanche, lorsqu'on vapote, c'est une vaporisation qui se produit: le e-liquide qui sert à remplir le réservoir de la cigarette électronique se transforme en vapeur, c'est-à-dire qu'il passe de l'état liquide à l'état gazeux.

Une partie de cette vapeur est rejetée lors de l'expiration et l'autre est assimilée par l'organisme.

Détaillons. Les e-liquides sont composés de deux substances: le propylène glycol (PG), également utilisé comme additif alimentaire, et la glycérine végétale (VG). Directeur du laboratoire de production VDLV et président d'Ingesciences, laboratoire d'analyses expert des produits du vapotage, Charly Pairaud explique:

«Le premier favorise le “hit”, la sensation recherchée par l'ex-fumeur lorsque le pharynx, au contact de la nicotine et du propylène glycol, se contracte lors de l'aspiration de la vapeur ou de la fumée d'une cigarette. La seconde apporte une saveur légèrement sucrée et favorise la production de vapeur.»

Ce mélange PG/VG sert de support diluant à la nicotine présente en quantité variable, ainsi qu'aux arômes. Ces derniers apportent parfois une teinte au liquide, selon le type utilisé et leur méthode de fabrication.

Nous voici donc avec cet e-liquide qui, pour pouvoir être commercialisé en France, est soumis à la notification auprès de l'ANSES, qui s’assure du bon respect des obligations européennes imposées en France depuis 2016. Celle-ci contraint les fabricants à sélectionner rigoureusement les matières premières utilisées et à exclure des ingrédients tels que les métaux lourds, les sucres et édulcorants, les huiles végétales et minérales, les vitamines et minéraux, les additifs stimulants, les libérateurs de formaldéhyde et autres substances classées CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) et STOT (toxicité spécifique pour certains organes cibles). Une certification AFNOR sur les e-liquides en est un gage de conformité.

Pas neutre, mais pas loin

Lorsque l'utilisateur active son dispositif de vapotage, il fait monter la température de la résistance à près de 200°C, ce qui a pour effet de chauffer le e-liquide et d'entraîner sa vaporisation sans que cela ne produise de dégradation chimique. Le vapoteur aspire alors une vapeur constituée de fines gouttelettes et de gaz. Une partie est rejetée lors de l'expiration, et l'autre est assimilée par l'organisme.

Vapoter n'est ainsi pas exactement quelque chose de neutre pour notre corps –et c'est pour cela qu'il n'est pas recommandé aux non-fumeurs de s'y mettre. Mais les cigarettes électroniques représentent une baisse de toxicité de 95% par rapport au tabac, et il n'y a pas de dépôt sur les poumons semblables à ceux des goudrons.

Un bon brossage, des détartrages réguliers et une hydratation suffisante permettent de réduire les risques.

«Vapoter n'est pas pourvoyeur de maladies respiratoires chez les gens qui ont fumé», tranche Corinne Depagne, qui note cependant que la vapeur peut «être un peu irritante pour les voies respiratoires, à l'instar de la vapeur d'un sauna». Cette irritation peut parfois provoquer une toux, notamment au début.

La pneumologue fait remarquer que les ex-fumeurs sont généralement sujets à la toux pendant quelques semaines suivant l'arrêt du tabac. «Les produits nocifs contenus dans la fumée de tabac ont perturbé pendant longtemps le fonctionnement de votre organisme. Ils ont notamment modifié la structure intérieure de votre appareil respiratoire et paralysé votre système immunitaire», peut-on lire à ce sujet sur le site Tabac Info Service.

«Avec l'arrêt du tabac, votre organisme va retrouver progressivement son fonctionnement “normal”. [...] La toux prouve que les cils vibratiles qui tapissent votre gorge et les cellules qui tapissent vos bronches se remettent à faire leur travail et évacuent les déchets (ce qu'elles ne pouvaient plus faire lorsque vous fumiez)», affirme la suite de la page.

Risques limités

Pour minimiser encore davantage les risques, et notamment ceux d'irritation et de toux, il importe non seulement d'acheter des e-liquides de qualité et certifiés, mais aussi de veiller à changer régulièrement la résistance de son dispositif de vape afin qu'elle ne surchauffe pas et n'engendre pas de fuite de liquide. «Ne pas le faire revient à réutiliser continuellement la même éponge sale», insiste Charly Pairaud.

À ce jour, le seul effet délétère vraiment documenté de la vape est celui sur la sphère buccale avec un risque accru d'affections des gencives –le glycérol ayant tendance à assécher les muqueuses–, de dommages sur l'email et de caries. Un bon brossage, des détartrages réguliers et une hydratation suffisante permettent de réduire ces risques.

On ne saurait parler de «vapotage passif».

Certaines personnes peuvent également être allergiques au propylène glycol. Généralement, les individus concernés le savent déjà, car cette substance est présente dans certains aliments comme des émulsifiants ou des produits cosmétiques –elle est aussi utilisée pour faire de la «fausse fumée» dans les salles de spectacles. Dans le cadre de la vape, cette allergie se traduit par un gonflement des gencives, de l'urticaire ou encore des rougeurs. La solution est alors d'utiliser un e-liquide réduit en propylène glycol, ou en dernier lieu, contenant uniquement de la glycérine végétale.

Enfin, contrairement à la fumée de cigarette, la vapeur rejetée n'est visible que quinze à vingt secondes dans l'air; les gouttelettes qui la composent et qui ne contiennent pas toutes les substances toxiques de la clope s'évaporent très rapidement. Autrement dit, on ne saurait parler de «vapotage passif». En outre, le vapotage permet de dire adieu à cette immonde odeur de tabac froid qui persiste longtemps sur les cheveux et les vêtements, ainsi que dans les pièces ayant accueilli des fumeurs.

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