Culture

De «White Noise» à «The Wonder», quatre films à voir sur Netflix

Temps de lecture : 4 min

Ces longs-métrages disponibles en exclusivité sur la plateforme attestent de sa bonne forme récente en matière de cinéma.

Florence Pugh dans The Wonder, de Sebastián Lelio. | Capture d'écran Netflix via YouTube
Florence Pugh dans The Wonder, de Sebastián Lelio. | Capture d'écran Netflix via YouTube

Par moments, l'onglet «films» du catalogue Netflix semble quasiment inutile, ne renfermant que des vieilleries déjà vues mille fois et des nouveautés pas franchement passionnantes. Autant profiter de la période actuelle, résultant sans doute de la volonté de la plateforme de maximiser ses chances dans la course aux Golden Globes et aux Oscars (spoiler, ça sent le roussi pour cette année).

Il y a actuellement sur Netflix un paquet de films de grande qualité, dont nos habitudes ancestrales nous poussent d'ailleurs à penser qu'on aurait adoré les voir sur grand écran. Mais à la maison, sous une couverture, c'est très bien aussi.

«The Wonder», l'antre de la folie

Florence Pugh ne serait-elle pas en train de devenir l'actrice la plus essentielle de sa génération? Au-delà de l'excellence dans Midsommar, impériale dans Don't worry darling –dont le tournage n'a vraisemblablement pas été une partie de plaisir pour elle–, elle étincelle une nouvelle fois dans The Wonder, nouvelle réalisation américaine du cinéaste chilien Sebastián Lelio après Désobéissance et Gloria Bell.

L'introduction, dont on ne dira rien, suffit à nous désarçonner. Et l'entrée dans le vif du sujet ne fera que renforcer la stupeur et l'inconfort. Nous voici en Irlande, au beau milieu du XIXe siècle, sur les pas d'une infirmière anglaise chargée de surveiller de près une adolescente qui prétend n'avoir absolument rien mangé depuis quatre mois et avoir survécu grâce à Dieu. Miracle ou manipulation? La suite ressemblera moins à un polar historique qu'à une réflexion sur le storytelling et la crédulité.

Dans son village, la jeune fille fait l'objet de toutes les fiertés, de toutes les fascinations. Dans le rôle de l'infirmière, Florence Pugh incarne (comme dans Midsommar et Don't worry darling) une figure cartésienne qui va se heurter à l'obscurantisme d'une société archaïque et bien décidée à la rester. Le film fait des étincelles, donnant autant d'occasions de frissonner d'émotion que de hurler sa colère (ce qui est permis parce qu'on est dans son salon, pas dans une salle de cinéma).

«Les lignes courbes de Dieu», l'infiltrée

S'il n'est peut-être pas l'héritier de Henri-Georges Clouzot et de David Fincher pour lequel on aurait voulu le faire passer, l'Espagnol Oriol Paulo est en tout cas un cinéaste que l'on prend plaisir à retrouver régulièrement. Quatre ans après son dernier film, Mirage, et après un passage par la case série avec Innocent (deux œuvres également disponibles sur Netflix), le cinéaste revient avec un film aux ambitions affichées.

Les lignes courbes de Dieu est en quelque sorte le film-miroir du Shutter Island de Martin Scorsese, adaptation d'un roman de Dennis Lehane. Les deux films, qu'on se gardera bien de spoiler, sont centrés sur une enquête menée dans un établissement psychiatrique. L'héroïne d'Oriol Paulo est une jeune femme riche, détective à ses heures, qui décide de se fondre dans la masse en se faisant passer pour une pensionnaire lambda. Et qui va bien vite s'en mordre les doigts.

Les deux heures trente-cinq de film sont pleinement justifiées, car deux arcs narratifs pour le moins denses y cohabitent: l'un porte sur l'investigation menée par l'héroïne autour d'une mort plus que suspecte, l'autre sur sa quête de liberté, une partie des médecins de l'institut où elle s'est infiltrée étant persuadés qu'elle est réellement malade. À défaut d'être profond, Les lignes courbes de Dieu est un divertissement solide, et c'est déjà une immense qualité.

«White Noise», capharnaüm

On est peut-être en train d'assister à l'explosion de Noah Baumbach. Jadis, le cinéaste né à Brooklyn était plutôt inconstant, alternant les films forts et les propositions anecdotiques (l'apogée de l'insignifiance ayant été atteint par While we're young en 2014). Après le particulièrement mémorable Marriage story, Baumbach livre un White Noise de très haute volée, ce qui semble indiquer qu'il a enfin trouvé le truc pour s'installer durablement au sommet.

Classique instantané, White Noise réussit l'exploit de mettre des images sur les mots pourtant inadaptables de Don DeLillo, auteur du roman (Bruit de fond) sur lequel Baumbach a basé son travail. C'est l'histoire d'une famille plus que recomposée (un couple pas si ancien, joué par Greta Gerwig et Adam Driver, et ses quatre beaux-enfants) qui, en 1984, va devoir faire face à une catastrophe chimique poussant la population locale à évacuer son domicile. Mais White Noise n'a rien d'un film catastrophe, en tout cas pas au sens où on l'entend habituellement.

L'événement permet d'emmener la satire et la noirceur aussi loin que souhaité, et de pousser dans ses retranchements cette famille riche en personnalités (et en cerveaux bien fournis mais peu armés face à la vraie vie). Parfois très drôle, visuellement très satisfaisant (les séquences de supermarché sont divines, en particulier celle qui clôt le film), White Noise se réinvente en permanence, pratiquant quasiment le coq-à-l'âne, mais sa façon maîtrisée de filmer l'entropie familiale conjugale est absolument jubilatoire. On a rarement vu un film représenter aussi parfaitement le gigantesque foutoir qu'est la vie.

«Glass Onion», second couteau

Casting aux petits oignons et direction artistique savoureuse: avec Rian Johnson, À couteaux tirés avait su appâter le chaland en lui promettant une séance de Cluedo grandeur nature, aux côtés du détective incarné avec élégance et drôlerie par un Daniel Craig qu'on n'attendait pas là. Bien que ludique, la dimension policière du film n'était finalement pas essentielle, provoquant une certaine déception –on voulait du whodunit cinq étoiles, on a récolté un récit sur la cupidité et la toxicité familiale.

Avec Glass Onion, au moins, nous voilà prévenus. Oui, il s'agira à nouveau pour Benoît Blanc (l'enquêteur joué par Craig) de mener une investigation compliquée au sein d'un groupe de personnages dont chacun semble avoir des choses à se reprocher. Non, l'intrigue alambiquée ne débouchera pas sur un feu d'artifices scénaristique avec twist final de génie. Ce qui intéresse Rian Johnson, qui écrit ces films (il y en aura un troisième) en solo, c'est le chemin, pas l'issue de celui-ci.

Ceci étant établi, on peut donc se concentrer sur les excellents dialogues, l'esthétique réussie, ce sens de la narration par lequel le cinéaste parvient à rendre passionnant le détail le plus anecdotique. Car les révélations finales ont somme toute peu d'intérêt, et c'est d'ailleurs en partie le propos que tient le film. Aux côtés de Daniel Craig, Janelle Monáe régale l'assemblée; quant au trop rare Edward Norton, il joue les Elon Musk avec un plaisir communicatif, contribuant à faire de ce Glass Onion un spectacle de choix –à défaut d'être un véritable polar.

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