Santé / Monde

Pourquoi la Chine a brusquement mis fin à sa politique zéro Covid

Temps de lecture : 8 min

En cessant brutalement ses drastiques contrôles sanitaires, Pékin a provoqué l'incompréhension. Alors que le nombre de cas explose dans le pays et que les Chinois recommencent à voyager, l'Occident renoue avec les tests dans les aéroports.

L'Italie a été le premier pays européen à décréter que les voyageurs venant de Chine seraient soumis à des contrôles sanitaires obligatoires. | Markus Winkler via Pexels
L'Italie a été le premier pays européen à décréter que les voyageurs venant de Chine seraient soumis à des contrôles sanitaires obligatoires. | Markus Winkler via Pexels

Pendant près de trois ans, les diplomates chinois en poste à l'étranger proclamaient que, dans leur pays, l'épidémie de Covid-19 était parfaitement contenue grâce à une vigilance sanitaire strictement organisée sous l'appellation de «politique zéro Covid». Cette fière affirmation a désormais perdu toute raison d'être.

Les dirigeants chinois ont subitement décidé, le 7 décembre, de supprimer les restrictions sanitaires et les nombreux contrôles anti-Covid qui rythmaient la vie de la population. Il n'y a pas eu, à Pékin, de véritable explication à ce revirement, d'autant plus surprenant que les cas de Covid-19 semblent actuellement se multiplier en Chine, principalement sous forme d'un sous-variant d'Omicron, BF.7.

Le 26 décembre, la commission nationale de la santé, qui dépend du Parti communiste chinois (PCC), a simplement précisé dans un communiqué que désormais, le terme officiel pour désigner le Covid-19 ne serait plus «pneumonie à nouveau coronavirus» mais «infection à nouveau coronavirus». Ce qui, apparemment, signifie qu'en Chine, on considère que la gravité de la pandémie a diminué.

En conséquence, les contraintes sanitaires sont en train de disparaître. Le même communiqué fait savoir que les personnes infectées par le virus n'auront plus à être mises en quarantaine et qu'on ne cherchera plus à identifier leurs contacts. D'autre part, il n'y aura plus, chaque mois, comme c'était le cas depuis trois ans, de mise à jour des régions désignées comme étant à haut risque en matière de Covid-19. Enfin, il est indiqué que «les mesures de contrôle de la maladie visant les voyageurs entrants et les marchandises importées vont être levées».

La fin des contraintes, une réponse à l'exaspération chinoise?

Tout cela a été accompagné, le 31 décembre, par un discours dans lequel le président Xi Jinping déclarait qu'en Chine, la «lutte contre le Covid-19 [était] entrée dans une nouvelle phase qui demande toujours un travail de tous les instants. Si chacun d'entre nous persévère dans l'effort, l'espoir est devant nous. Redoublons d'efforts, car la persévérance et la solidarité nous conduiront à la victoire.»

Ce nouveau comportement soudainement adopté à Pékin est peut-être avant tout une réponse à l'exaspération provoquée par la stricte discipline imposée par la «politique zéro Covid». Fin novembre et début décembre, des manifestations ont permis aux citoyens d'exprimer un véritable ras-le-bol à travers toute la Chine. À Shanghai, Pékin ou Canton, mais aussi à Wuhan, Xi'an, Chengdu et même à Lhassa, au Tibet, des habitants ont défilé pour demander l'arrêt des contrôles systématiques et généralisés.

La police a surveillé ces cortèges de manifestants sans véritablement intervenir. Même lorsqu'ils lançaient des slogans hostiles à Xi Jinping, le numéro un du Parti communiste, qu'ils présentaient comme étant à l'origine de tous les contrôles pratiqués en Chine.

Le PCC est toujours très attentif à de pareils «mouvements de masse», selon la terminologie officielle. Le complet secret sur les délibérations au sommet du parti ne permet pas de savoir si, début décembre, il y a eu à Pékin une confrontation entre ceux qui souhaitaient maintenir un maximum de contrôles sanitaires et ceux qui, au contraire, voulaient les supprimer. Mais s'il y a eu débat, ce sont les seconds qui l'ont emporté.

Une situation extrêmement tendue

D'autres considérations peuvent expliquer cette décision d'arrêter la surveillance sanitaire de la population. Les responsables de grandes entreprises chinoises ne pouvaient notamment que s'inquiéter des contrôles draconiens qui perduraient sur la population et qui avaient fini par coûter l'équivalent de 384 milliards de dollars (360 milliards d'euros) à l'économie du pays.

Surtout, il semble que depuis près de trois mois, avant donc la levée de la politique zéro Covid, la Chine connaît une montée en puissance des contaminations difficilement contrôlable. Le 24 décembre, 4.128 nouveaux cas de Covid-19 étaient officiellement recensés, mais de nombreux éléments laissent à penser que ce chiffre est considérablement minimisé.

Selon le journal Nikkei Asia,
«plus de 5.000 personnes meurent probablement du Covid-19
chaque jour en Chine».

Un site web de Hongkong, HK01, affirme notamment avoir eu accès au compte rendu d'une réunion de la commission nationale de la santé, où il aurait été dit que 18% de la population chinoise –soit 248 millions de personnes– auraient été contaminés entre le 1er et le 20 décembre 2022. Le journal Nikkei Asia estime quant à lui que «plus de 5.000 personnes meurent probablement du Covid-19 chaque jour en Chine».

Le 23 décembre, un responsable de la santé de Qingdao (province du Shandong) a de son côté révélé dans un bulletin municipal que quotidiennement, dans ce grand port de la mer de Chine, apparaissaient «entre 490.000 et 530.000» nouveaux cas de Covid. Le lendemain, l'article a été modifié et ces chiffres effacés. Mais des journaux chinois avaient déjà repris l'information alors qu'officiellement, seuls 31 nouveaux cas ont été enregistrés dans toute la province. Quelques jours plus tard, c'est dans celle du Zhejiang que, de la même façon, a été dévoilé que le cap du million de nouveaux cas quotidiens était désormais franchi.

Dans plusieurs autres villes, des annonces dans des journaux locaux montrent que la situation est particulièrement tendue. À Hangzhou (province du Zhejiang), la mairie demande ainsi «à des volontaires d'aider le centre municipal d'ambulances, soumis à une demande croissante».

À Canton (province du Guangdong), un établissement de pompes funèbres informe quant à lui qu'il ne peut pas procéder à des inhumations avant une quinzaine de jours «en raison d'une pression trop forte»: à l'évidence, les funérariums chinois ne peuvent actuellement plus gérer l'afflux de morts. Tandis que, concernant les malades, de nombreuses régions signalent que les pharmacies manquent de médicaments contre la fièvre et la douleur, ainsi que de kits de tests antigéniques.

Plus de chiffres, plus de soucis?

Voyant se profiler une telle situation, le gouvernement chinois et ses experts médicaux semblent être parvenus à la conclusion qu'il n'était plus possible de s'acharner à contrôler et à réduire le nombre exponentiel de cas de Covid-19 (37 millions de contaminations par jour, selon un chiffre actuellement évoqué). Et un grand nombre de malades s'entassent dans les hôpitaux submergés.

La commission nationale de la santé a aussi annoncé, dès le 25 décembre, qu'elle «ne publiera plus le bulletin quotidien d'information sur la pandémie», ajoutant que ne seraient désormais communiquées que «des informations pertinentes à titre de référence et d'utilité pour la recherche». Ce qui est en parfaite contradiction avec les appels des organisations internationales, qui demandent à la Chine des informations détaillées sur les conséquences du sous-variant d'Omicron BF.7.

Les affirmations officielles chinoises d'il y a quelques mois sont décidément très loin. En septembre, à New York, devant l'Assemblée générale de l'ONU, Pékin présentait pourtant la gestion du Covid-19 comme «un test majeur de la capacité de gouvernance des pays», dans lequel la Chine avait une longueur d'avance sur le reste du monde.

Voyages, voyages

Il est possible qu'aujourd'hui, l'objectif soit d'atteindre, par les contaminations, un taux d'immunité collective comparable à celui de certains pays occidentaux. Mais il y a, a priori, des différences de taille entre la Chine et l'Occident: d'une part, les vaccins chinois semblent avoir une efficacité limitée; d'autre part, seulement 40% de la population du pays est vaccinée. Et dans ce pourcentage, la population active est prioritaire, alors que les personnes âgées sont nettement minoritaires.

L'annonce du relâchement des mesures sanitaires contre le Covid-19 a en tout cas immédiatement provoqué des réactions en Chine. Une partie de l'opinion se demande –sans aller jusqu'à le dire trop ouvertement– si le gouvernement ne cherche pas à se débarrasser des personnes âgées, qui sont un poids pour une économie chinoise ralentie. Mais surtout, nombreux sont ceux qui envisagent de profiter du retour de la possibilité de voyager.

Puisque la quarantaine obligatoire pour ceux qui entrent dans le pays doit être supprimée le 8 janvier, quantité de Chinois réservent actuellement des voyages en avion vers l'Occident. Depuis trois ans, les rotations entre Roissy et la Chine se limitaient à une dizaine par semaine; il devrait y en avoir prochainement bien davantage. Dans l'autre sens, lorsque, sur un vol atterrissant en Chine, un passager était détecté positif au Covid, il était interdit à la compagnie aérienne qui l'avait transporté de revenir dans le pays pendant une durée variable. Ce qu'il se passera désormais en pareil cas n'est, pour l'instant, pas précisé.

En revanche, le risque grandement envisagé dans les capitales occidentales est que ces voyageurs venant de Chine transportent la maladie ou ses nouveaux variants. Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, considère que ces inquiétudes sont «compréhensibles» étant donné le manque d'informations fournies par Pékin.

Tests obligatoires et surveillance des sous-variants

Le 26 décembre, à l'aéroport de Milan, des tests ont montré que les passagers en provenance de Chine étaient pour près de la moitié infectés par le SARS-CoV-2. L'Italie a, dans la foulée, été le premier pays européen à décréter que les voyageurs venant de Chine seraient soumis à des contrôles sanitaires obligatoires. Les États-Unis, le Canada, l'Australie ont également annoncé dans les jours suivants que les voyageurs devraient désormais avoir été testés moins de quarante-huit heures avant leur départ. La même décision a été prise par le Japon et la Corée du Sud. Le Maroc est allé plus loin, en fermant ses frontières à toute personne venant de Chine, «quelle que soit sa nationalité».

Mardi 3 janvier, Mao Ning, l'une des
porte-parole du ministère chinois
des Affaires étrangères, a déclaré
que la Chine pourrait prendre
des «contre-mesures».

De son côté, l'Union européenne rencontre quelques difficultés à définir une position commune. Le 30 décembre, l'Allemagne a décidé de se contenter de mettre en place dans ses aéroports un «système de surveillance» de nouveaux variants qui pourraient arriver de Chine. Et lors d'une réunion à Bruxelles, la ministre autrichienne de la Santé s'est montrée particulièrement hostile à l'instauration de barrières excessives au retour des touristes chinois.

En revanche, après l'Italie donc, puis l'Espagne, la France a décidé le 1er janvier de pratiquer des tests de manière aléatoire sur les passagers de vols –directs ou avec escales– provenant de Chine. Si certains sont contaminés, ils seront «isolés». Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a estimé que ce genre de mesure était «injustifié» car, à la différence des Chinois, les Européens sont suffisamment immunisés et vaccinés.

La Chine dénonce des «pratiques inacceptables»

L'ensemble de ces réactions, très différentes face au fait que le sous-variant BF.7 pourrait se répandre hors de Chine, a amené Pékin à réagir. Mardi 3 janvier, Mao Ning, l'une des porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré que le pays pourrait prendre des «contre-mesures». Selon elle, les décisions qui ont été prises par plusieurs États n'ont «aucune base scientifique et certaines pratiques sont inacceptables». Ces propos ont poussé Élisabeth Borne, la Première ministre française, à répondre que son gouvernement est «dans son rôle en protégeant les Français».

Par la brutalité du retrait des contrôles, les autorités chinoises ont provoqué une forte incompréhension dans le monde, aggravée par une image de la Chine qui s'est détériorée à cause d'un régime politique ayant fortement refermé le pays sur lui-même, tout en s'emparant de pans entiers de l'économie mondiale. Ce qui alimente une nette méfiance à l'égard de sa politique sanitaire et des changements radicaux qu'elle vient d'y apporter.

Une réelle collaboration des autorités de Pékin avec l'Occident dans les domaines médicaux et sanitaires, ainsi que sur les comportements à adopter face au Covid-19 serait évidemment nécessaire. Mais le régime chinois ne semble pas être prêt à aller dans cette direction.

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