Société

Jusqu'à quand vous allez continuer à bouffer de la viande?

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] À chaque fois que nous nous abaissons à manger de la viande, nous abaissons en même temps notre degré d'humanité. Et nous aggravons le réchauffement climatique.

J'ignore ce qui pousse une personne à rentrer chez un boucher pour en ressortir avec un morceau de ce qui fût naguère un être tout aussi vivant que celui qui s'apprête à le manger. | Kyle Mackie via Unsplash
J'ignore ce qui pousse une personne à rentrer chez un boucher pour en ressortir avec un morceau de ce qui fût naguère un être tout aussi vivant que celui qui s'apprête à le manger. | Kyle Mackie via Unsplash

J'ignore ce qui pousse une personne normalement constituée à rentrer chez un boucher pour en ressortir avec un morceau de ce qui fût naguère une vache, un cochon, un veau, un mouton, un être tout aussi vivant que celui qui s'apprête à le manger. On dira la force de l'habitude, la continuation de pratiques ancestrales, la recherche d'un plaisir gustatif, la quête d'une nourriture roborative, autant d'explications dont aucune ne parviendra à justifier l'injustifiable: la mise à mort de milliards d'animaux innocents.

On le sait, manger de la viande est une aberration écologique. S'en priver contribuerait à améliorer d'une manière substantielle les conditions de la vie sur Terre en limitant le réchauffement climatique. Puisque exiger de baisser la vitesse sur les autoroutes semble être pour beaucoup une mesure équivalente à un crime contre l'humanité, on pourrait au minimum s'accorder pour réduire drastiquement notre consommation de viande.

Mais non, en la matière, rien ne se passe. On continue à nous entretenir sur les dangers encourus par l'humanité face à la menace climatique sans jamais vraiment remettre en cause le rôle joué par la consommation de viande. Comme s'il existait là une sorte de tabou ultime, un interdit insurpassable qui rendrait ce défi impossible à relever. Hors de la viande, point de salut! On a tellement sacralisé le rôti de boeuf ou le carré d'agneau que de s'en passer équivaudrait dans l'imaginaire populaire à priver les êtres humains de s'adonner aux joies de l'amour et du sexe.

Pourtant, qu'est-ce qu'un morceau de viande si ce n'est un bout de chair morte arrachée par la force à un animal qui ne demandait rien à personne? Se rend-on compte de l'immensité du crime, de cette pratique qui consiste à emmener une bête innocente à l'abattoir où après d'interminables souffrances, dans des conditions d'une barbarie absolue, on dépèce sa carcasse afin d'offrir à nous autres humains de quoi sustenter nos appétits?

Alors quoi, serions nous si peu humains que d'ôter la vie à un être sensible, à un animal qui à bien des égards nous ressemble, qui parfois même vit à nos côtés, à l'intérieur de nos maisons –quelle différence de fond entre un chat et un agneau?– nous laisse de marbre comme s'il s'agissait d'une quantité négligeable, d'une matière inerte dont il ne nous coûterait rien de nous débarrasser?

À chaque fois que nous nous abaissons à manger de la viande, nous abaissons en même temps notre degré d'humanité. Nous nous transformons en barbares qui forts de leur supériorité physique précipitent à la mort des entités vivantes, des êtres sensibles avec qui nous partageons pourtant la même appétence à exister, à jouer, à rêver, à dormir, à jouir de la vie. Avec qui nous partageons la même Terre.

Quand bien même ces considérations éthiques seraient battues en brèche par les idolâtres de la côte de bœuf, il faudrait encore associer sa consommation avec des impératifs écologiques qui pourtant ne nous laissent guère de choix. Chacun aura compris, même moi, que faute d'initiatives fortes, d'une manière inexorable, les conditions de la vie sur cette planète se dégraderont. Cesser de manger de la viande ferait de nous à la fois des personnes meilleures, plus morales, tout en amortissant les conséquences du dérèglement climatique.

Il manque à l'humanité un nouveau souffle, une nouvelle espérance, de ces grands défis qui lui ont permis de s'affranchir de conditions hostiles afin de bâtir des civilisations marquées de l'idée du progrès. L'arrêt de la consommation de viande marquerait un tournant dans notre évolution face à l'esprit de destruction qui menace de tout emporter sur son passage. Ce serait comme un nouveau départ, un pacte refondé entre nous et le vivant, la condition même de notre salut.

Il n'est nul besoin d'être un grand visionnaire pour réaliser que dans les siècles à venir, quand on viendra à étudier les aspects de notre époque, malgré ses réussites indéniables –l'amélioration substantielle de nos niveaux de vie– on s'interrogera un brin déconcerté et finalement scandalisé sur cette étrange habitude que nous avions à créer des usines dédiées au seul commerce de la mort, à promouvoir des façons d'être qui cherchaient par tous les moyens à allonger le plus longtemps possible notre espérance de vie tout en abrégeant celles de milliards d'autres.

Notre époque manque tellement d'idéal qu'elle est devenue une perpétuation d'un mode de vie qui va à l'encontre de nos intérêts fondamentaux. Elle détruit plus qu'elle ne crée. Elle s'enfonce dans l'illogisme et l'inconséquence. Elle désespère ceux destinés à prendre notre relève. Arrêter de manger de la viande ne réglera pas tous les problèmes. Mais au moins permettra-t-il de relever la tête.

Et d'entretenir l'espoir.

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