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Présidentielle 2024: Donald Trump touché mais pas (encore) coulé

Temps de lecture : 4 min

Alors que les Républicains sortent des élections de mi-mandat sans éclat, l'entrée dans la course à la présidentielle du milliardaire met le parti dans l'embarras.

Donald Trump a lancé officiellement sa candidature à la présidentielle américaine de 2024, le 15 novembre depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride. | Joe Raedle / Getty images North America / AFP
Donald Trump a lancé officiellement sa candidature à la présidentielle américaine de 2024, le 15 novembre depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride. | Joe Raedle / Getty images North America / AFP

Donnés perdants avant les élections de mi-mandat, les Démocrates ont réalisé un petit exploit le 8 novembre dernier en conservant la majorité au Sénat, en limitant le recul à la Chambre des représentants et en réalisant de bons résultats à l'échelon local.

Un joli coup politique qui met en grande difficulté le Parti républicain et Donald Trump. Ce dernier a vu bon nombre des candidats qu'il soutenait être défaits et se retrouve au centre des critiques à cause de sa ligne trop radicale, notamment son rapport à la démocratie, et des nombreux scandales associés à son nom.

Au sein du Grand Old Party, une tentative de recomposition est en cours pour préparer l'après-Trump et l'élection présidentielle 2024. Ron DeSantis, gouverneur de Floride réélu triomphalement avec près de 60% des voix, semble en pole position pour mener les conservateurs au cours des prochaines années. Ancien protégé du milliardaire devenu rival, trumpiste mais pas trop, apprécié des milieux d'affaires et des cadres du parti, l'élu de 45 ans coche suffisamment de cases pour représenter les couleurs de la droite américaine. Mais il trouvera sur sa route un ancien président blessé qui n'a pas dit son dernier mot, loin de là.

Trump 2024, un dernier tour de piste

«Pour rendre à nouveau l'Amérique grande et glorieuse, j'annonce ce soir être candidat à la présidence des États-Unis.» C'est par ces mots que Donald Trump a officialisé sa candidature à la prochaine présidentielle américaine, mardi 15 novembre depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride.

Malgré les mauvais résultats de ses poulains aux midterms, le leader du mouvement Make America Great Again n'a pas l'intention de rendre les armes et laisser sa place. Cette candidature n'est pas une surprise, tant les signaux ont été nombreux depuis son départ de la Maison-Blanche en janvier 2021. Elle met cependant dans l'embarras le Parti républicain, notamment ses cadres qui aimeraient bien tourner la page rapidement et laisser de côté un personnage en perte de vitesse, devenu bien trop encombrant depuis sa croisade contre les résultats de l'élection de novembre 2020 et l'attaque contre le Capitole qui en a découlé.

Mais fort d'un pactole de plusieurs dizaines de millions de dollars spécialement dédié à sa prochaine campagne, d'une base acquise à sa cause et d'une forte notoriété, l'ex-président a encore la main sur l'avenir de la grande famille conservatrice, au grand dam d'une partie de celle-ci, qui réalise qu'il n'est plus en capacité de créer de dynamique victorieuse.

Ce lancement de campagne, après une déroute électorale, n'a qu'un seul but: assurer sa survie politique. En procédant ainsi, Trump complique la tâche des institutions judiciaires, reste au centre de l'attention médiatique et tente de geler les critiques qui émanent de sa famille politique.

La carte maîtresse de Trump

Le 45e locataire de la Maison-Blanche envoie donc un message à tout l'écosystème de droite: ce sera avec lui ou contre lui, mais pas sans lui. En plus d'une crise, le Parti républicain risque bel et bien l'implosion. Une fois les midterms digérées, l'ancien président pourrait envisager de saborder le navire avant la fin du voyage s'il estime que l'establishment politique et médiatique conservateur poursuit sa manœuvre pour le faire tomber.

Ce lancement de campagne, après une déroute électorale, n'a qu'un seul but: assurer sa survie politique.

Sans attache pour l'institution, rien ne l'empêchera de dérouler sa vengeance en orientant le comportement électoral des millions d'Américains qui l'admirent et dont la mobilisation est essentielle pour maintenir à flot le Grand Old Party. Rien de tel pour provoquer des insomnies chez les cadres républicains, bien conscients eux aussi de leur dépendance à l'argent et aux voix de l'électorat trumpiste.

C'est pourquoi cette carte maîtresse, couplée à la stratégie du «seul contre tous» qu'il a pratiquée avec brio lors de sa première campagne en 2015, pourrait s'avérer payante en vue des primaires. Les oppositions internes seraient probablement contraintes de se rallier à sa cause ou au moins de s'effacer pour éviter la catastrophe. Si pour l'heure, il n'en est pas encore question, les semaines et mois prochains seront à suivre de près, malgré l'isolement relatif dans lequel se trouve le milliardaire: les menaces et l'incertitude ont toujours été deux composantes principales de la méthode Trump.

Un rival surestimé?

Pour pouvoir concourir à l'élection présidentielle, Donald Trump devra d'abord passer par la case primaires. Au sein du Parti républicain, plusieurs personnalités pourraient le défier: son ancien vice-président Mike Pence, sa plus fervente opposante Liz Cheney, ou encore la nouvelle star de la droite Ron DeSantis. Ce dernier est le plus à même de mettre en difficulté l'ancien président, après sa réélection au poste de gouverneur de Floride.

Plus jeune et plus policé, il possède de nombreux atouts et peut convaincre un grand nombre d'électeurs conservateurs ainsi qu'une partie des supporters de l'ancien président. Ces raisons poussent, à juste titre, les médias à ne parler que de lui ces derniers jours. Pour autant, n'est-il pas surestimé? La question se pose.

Ron DeSantis n'a jamais fait de campagne nationale et rien ne garantit, s'il gagne les primaires, qu'il puisse exporter son modèle, centré sur la dénonciation du «wokisme» et la «lutte contre l'endoctrinement des enfants», hors de Floride (qui est un État dynamique et sociologiquement particulier, puisque composé notamment d'une communauté latino marquée à droite et d'un grand nombre de personnes âgées).

Un électeur de l'Ohio ou de Pennsylvanie peut-il être convaincu par un candidat qui n'a pas un discours économique et social d'inspiration populiste comme pouvait l'avoir Donald Trump en 2016? Pas certain.

Comme le note Mathieu Gallard, directeur d'études à Ipsos France, le Parti républicain n'a aucune assurance en 2024 avec lui: «DeSantis serait-il capable de conduire aux urnes l'électorat antisystème que Trump a mobilisé en 2016 et surtout en 2020? Je n'en suis pas certain, son positionnement s'appuie un peu plus sur le conservatisme moral que Trump et un peu moins sur le populisme nativiste. Et puis, ils n'ont quand même pas le même style personnel. Une candidature DeSantis signifierait pour les Républicains un retour à leur coalition pré-2016, avec en conséquence une carte électorale qui leur redeviendrait structurellement défavorable.»

Donald Trump est touché, lâché par une partie de son camp et l'empire Murdoch, mais pas encore coulé. Il reste aujourd'hui le favori des primaires républicaines et a suffisamment d'atouts dans sa manche pour s'en sortir. Son but n'est plus vraiment de gagner la présidentielle, mais de survivre sur la scène politique jusqu'à novembre 2024. Et l'homme, blessé, pourrait être prêt à tout pour y parvenir. Jusqu'à scier la branche sur laquelle il est assis?

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