Politique / Sports

La mascotte des JO est la même que celle du RPR, est-ce vraiment un problème?

Temps de lecture : 3 min

Qu'il s'agisse ou non d'un hasard, force est de constater que la mascotte des Jeux de Paris ressemble fortement au bonnet phrygien anthropomorphique de l'ancien parti néogaulliste.

Difficile de penser que, dans le processus de sélection, personne n'ait vu que la Phryge était le clone d'une autre mascotte. | Capture d'écran RPR officiel via YouTube
Difficile de penser que, dans le processus de sélection, personne n'ait vu que la Phryge était le clone d'une autre mascotte. | Capture d'écran RPR officiel via YouTube

Les grands rendez-vous olympiques revêtent toujours une dimension –explicitement ou non– politique. Cette fois, il semble bien que le comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques (COJO) ait fait un clin d'œil involontaire ou inconscient à notre ancien président de la République, Jacques Chirac.

Les deux mascottes des Jeux olympiques (JO) 2024, répondant au nom de «Phryges», ont en tout cas immédiatement rappelé à certains une autre mascotte: celle du Rassemblement pour la République (RPR) de la grande époque, parti qui porta son ancien président au pouvoir.

Moqueries et polémiques

Depuis que les organisateurs des Jeux olympiques de 2024 ont dévoilé, lundi 14 novembre, les deux mascottes qui accompagneront les olympiades parisiennes, les Phryges ont fait couler beaucoup de salive et d'encre.

Parmi les mécontents, on trouve notamment le député européen Emmanuel Maurel, fondateur de la Gauche républicaine et socialiste, qui pointe dans un billet publié dans Marianne les lieux de fabrication des deux mascottes –92% de ces peluches seront fabriquées en Chine, 8% en Bretagne. La critique repose sur des faits objectifs: le choix du moindre coût de fabrication pour une maximisation des gains pour le comité d'organisation (16 euros de bénéfice sur un prix unitaire de 35 euros). D'autres ont trouvé une ressemblance certaine entre les Phryges et deux clitoris.

En prenant pour mascotte le bonnet phrygien, le COJO a en réalité fait un choix qui s'inscrit dans notre histoire nationale, mais qui est loin de ne parler qu'aux seuls Français. Si la Révolution française s'en est saisie c'est justement parce qu'issu de l'Antiquité, il s'adressait également, à l'époque, à l'humanité dans son ensemble. Et ce, même si le président du comité, Tony Estanguet, a expliqué avoir choisi un «symbole franco-français».

Des JO au bon vieux temps du RPR?

Dans le petit milieu des aficionados de feu le RPR, on a également reconnu des clones de ce qui fut la petite mascotte du parti néogaulliste pendant près de deux décennies. Clin d'œil délibéré? Coup de maître d'un créatif agent dormant d'un RPR maintenu dans les catacombes de la capitale? Audace teintée de canular passée sans coup férir auprès d'un COJO dénué de culture politico-graphique? Il est difficile de penser que, dans le processus de sélection, personne n'ait vu que la Phryge était le clone d'une autre mascotte.

Car, refondant le mouvement gaulliste en 1976, Jacques Chirac embrassa une symbolique républicaine qu'on avait déjà vue à maintes reprises dans la vie politique: le bonnet phrygien. Associé à la croix de Lorraine, ce dernier s'émancipa pour devenir progressivement un petit personnage, doté d'yeux (la cocarde), mais aussi de bras (tenant fréquemment un drapeau) et de jambes.

On trouve d'ailleurs encore, sur les sites d'enchères en ligne, des exemplaires de pin's mettant en mouvement le petit personnage. Ce qui est manifeste, c'est la totale identité graphique réunissant la mascotte des JO et le défunt logo du RPR.

Évidemment, en faisant du bonnet phrygien la mascotte des JO, le discours de Tony Estanguet était aussi prévisible qu'attendu. «Il incarne parfaitement bien la République française, assure le président du comité olympique. C'est un objet connu, qui fait sens en France, présent dans les mairies, dans l'art, sur les timbres.» Pour peu, le COJO aurait pu adopter l'hymne du RPR: «Ils vont chanter et exprimer/au monde entier leur liberté./c'est comme un virus dans le sang/qu'on a hérité du plus grand.»

Partant d'une louable intention, Tony Estanguet et le comité d'organisation des Jeux olympiques se retrouvent donc avec la sympathique mascotte du parti de Jacques Chirac. Nonobstant la question de la fabrication des peluches, ils pourraient peut-être remettre la main sur des stocks de goodies RPR invendus.

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