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Élections de mi-mandat: les Démocrates peuvent dire merci à la génération Z

Temps de lecture : 6 min

Si le parti de Joe Biden a limité les dégâts lors des midterms, c'est en partie grâce à la mobilisation des plus jeunes votants, pour qui le sujet du droit à l'avortement est déterminant.

Maxwell Frost le 15 octobre 2022 lors de la marche des fiertés d'Orlando. À 25 ans, il vient de remporter les midterms en Floride sous l'étiquette démocrate, et devient ainsi le premier représentant de la génération Z à entrer au Congrès. | Giorgio Viera / AFP
Maxwell Frost le 15 octobre 2022 lors de la marche des fiertés d'Orlando. À 25 ans, il vient de remporter les midterms en Floride sous l'étiquette démocrate, et devient ainsi le premier représentant de la génération Z à entrer au Congrès. | Giorgio Viera / AFP

Les élections de mi-mandat n'ont pas été pour les Démocrates la déroute qui était annoncée dans les sondages. La providentielle «vague rouge» qu'attendaient les Républicains pour reprendre le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants ressemble désormais plus à un naufrage pour ces derniers, qui devront se contenter de reprendre la Chambre des représentants avec une très faible majorité. Une grande partie de ce bilan peut être imputée aux plus jeunes votants, qui se sont déplacés en masse durant cette élection.

Les «gen-Z» (pour «génération Z»), qui appartiennent à la plus jeune génération en âge de voter, nés à la fin des années 1990 ou au début des années 2000, ont été déterminants durant ces élections. C'est grâce à eux que les Démocrates ont pu garder le Sénat et ont grandement limité la casse à la Chambre des représentants.

Une forte mobilisation dans les urnes

Circle, le centre d'information et de la recherche sur l'éducation civique et l'engagement politique de l'Université Tufts, estime que le taux de participation des votants âgés de 18 à 29 ans a atteint les 27% durant ces dernières élections. C'est le deuxième taux le plus élevé pour cette tranche d'âge des trente dernières années, dépassé uniquement par les 31% atteints lors des élections de mi-mandat de 2018. La participation était encore plus forte dans les États clés tels que la Géorgie, la Pennsylvanie, le Nevada et le New Hampshire, où elle tournait autour des 31%.

Le fait marquant de cette élection est que cette mobilisation des jeunes a en grande majorité favorisé les candidats démocrates. Circle observe ainsi que 63% des jeunes ayant voté l'ont fait pour un candidat démocrate, contre seulement 35% pour un candidat républicain. La tendance était encore une fois plus forte dans les États clés remportés par les Démocrates, où il est clair que le vote des jeunes a été décisif.

En Pennsylvanie, où le Démocrate John Fetterman a battu le Républicain Mehmet Öz et fait basculer un siège au Sénat (ce qui a permis au parti de garder la majorité), les plus jeunes ont voté pour Fetterman à 70%. En Géorgie, où l'élection sénatoriale ne se décidera qu'à l'issue d'un second tour en décembre, les jeunes ont favorisé le Démocrate Raphael Warnock à 59%, ce qui lui a permis de prendre une légère avance de 35.000 votes contre son opposant républicain Herschel Walker.

Un noyau de jeunes très actifs

Cette mobilisation s'explique par l'engagement politique profond d'une partie de cette génération, qui se mobilise pour encourager ses pairs à voter. C'est le cas d'Ashley Clark. Ashley a 20 ans et est étudiante en sciences politiques à l'Université Northeastern, à Boston. En plus de ses cours, elle est aussi la responsable du pôle politique de l'association Voters of Tomorrow, qu'elle présente comme une organisation «complètement gérée par des gen-Z ayant pour but d'encourager, de représenter et responsabiliser les gen-Z en politique».

L'organisation est présente dans vingt États et se concentre sur deux actions: soutenir les candidats «pro-démocratie, pro-justice et pro-jeunes» et s'assurer que le plus grand nombre de jeunes personnes se déplacent aux urnes.

«Quand nos leaders font ce que les jeunes attendent d'eux, en retour on fait ce qu'ils attendent de nous aux urnes.»
Ashley Clark, responsable du pôle politique de l'association Voters of Tomorrow

L'association a donc passé ces derniers mois à mobiliser cette génération sur tous les terrains possibles. Les militants ont envoyé plus de cinq millions de messages et passé des milliers de coups de fil aux plus jeunes votants dans les districts et États clés. Ils ont aussi fait du porte-à-porte pour aller à la rencontre de ces personnes. Enfin, ils ont organisé des campagnes de sensibilisation ou d'inscription sur les listes électorales sur les campus des universités.

Ashley se dit «très satisfaite» des actions menées par son association lors de ces élections et des résultats sur le taux de participation des jeunes. Elle a néanmoins conscience que cela n'est pas le seul facteur qui a joué sur politisation des gen-Z.

Défendre le droit à l'avortement

Plus encore que les actions associatives, la forte participation des jeunes est due au contexte politique général. Des études menées en interne par l'association montrent par exemple que la protection du droit à l'avortement est considérée comme la première priorité pour les jeunes votants. La décision de la Cour suprême d'annuler Roe v. Wade (1973), qui garantissait l'accès à l'avortement dans tout le pays, a ainsi joué un rôle important dans leur taux de participation. Si elle les a énervés, elle les a surtout encouragés à voter pour les candidats pro-choix ou pour la protection de l'avortement dans les États où la question a été posée par référendum lors de l'élection.

Pour Ashley, certaines actions du gouvernement et du Congrès démocrate ont aussi pesé. Des lois telles que celle instaurant un contrôle plus strict de la vente d'armes à feu passée en juin 2022, ou des décrets comme celui signé en août annulant une partie de la dette étudiante pour les Américains les plus pauvres, ont été largement saluées par son groupe d'âge. «Quand nos leaders font ce que les jeunes attendent d'eux, en retour on fait ce qu'ils attendent de nous aux urnes», analyse Ashley.

Il ne s'agit cependant pas pour les gen-Z de voter aveuglément pour chaque candidat démocrate qui leur serait présenté. Les candidats qui ont bénéficié le plus de leur participation sont ceux les plus à gauche du parti. De quoi conforter un peu plus les Démocrates dans leur virage à bâbord, amorcé depuis la candidature de Bernie Sanders à l'élection présidentielle de 2016 et confirmé par les différentes élections depuis.

Ashley estime que sa génération est lasse d'avoir vu «beaucoup de nos élus et de nos lois qui ne faisaient en fait que maintenir le statu quo». Elle développe: «Après avoir vécu autant de situations si graves durant notre jeunesse, telles que les attentats du 11-Septembre, la crise économique de 2008, les tueries de masse dans les écoles et la pandémie de Covid-19, nous voulons voir des changements concrets. Et ça commence par élire de nouvelles personnes qui sont en accord avec nos valeurs.»

Après ces élections de mi-mandat, l'aile gauche du parti sort renforcée. Le Congressional Progressive Caucus (CPC), le groupe de Démocrates qui rassemble les membres du Congrès les plus progressistes, comptera plus de cent élus durant la prochaine session parlementaire, dont onze qui siégeront pour la première fois. La présidente du groupe, la représentante de l'État de Washington Pramila Jayapal, a ainsi déclaré lors d'un rassemblement de syndicats que ce nouveau Congrès sera «plus progressiste qu'il ne l'a été depuis des décennies».

Un représentant gen-Z au Congrès

Loin de se contenter d'être de simples faiseurs de rois, cette génération veut maintenant aussi se faire entendre en envoyant directement ses membres la représenter à Washington. Pour être élu à la Chambre des représentants, il faut avoir au moins 25 ans. Or, c'est justement l'âge qu'atteigent aujourd'hui les premiers-nés de cette génération.

Parmi eux, un certain Maxwell Frost. Avec lui, pour la première fois, les gen-Z auront leur représentant au Congrès. Il a 25 ans et représente le dixième district de la Floride. Frost a commencé son engagement politique en tant qu'activiste dans la campagne de réélection de Barack Obama en 2012, alors qu'il n'avait que 15 ans. Il s'est ensuite engagé avec l'association Newtown Action Alliance, créée après la fusillade de Sandy Hook en 2012 et réclamant des actions contre les violences par armes à feu. Puis il est devenu un des dirigeants de l'association March for Our Lives, créée en 2018 par des lycéens de Parkland, en Floride, après qu'une fusillade dans leur lycée a fait dix-sept victimes.

Frost a annoncé sa candidature en août 2021. Il a gagné la primaire démocrate de son district face à des vétérans de la politique ayant plusieurs mandats d'expérience. Le 9 novembre dernier, il a été élu comme représentant avec plus de 59% des voix et deviendra le plus jeune membre du Congrès.

Quand Ashley parle de lui –«nous sommes fiers à Voters for Tomorrow d'avoir été l'une des premières organisations à soutenir sa candidature!»–, il est clair que Frost est maintenant devenu un symbole pour les jeunes et de ce qu'ils sont capables d'accomplir. Elle mentionne par ailleurs qu'elle est «plus qu'impatiente de voir encore plus de gen-Z devenir éligibles et se présenter aux prochaines élections, que ce soit au niveau des États ou au niveau fédéral».

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