Société

Le refus d'Hugo Lloris de porter un brassard arc-en-ciel est une honte absolue

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Quand on est capitaine de l'équipe de France, on se doit d'incarner des valeurs comme celles d'universalité et de respect des minorités sexuelles.

Le respect s'arrête où commence la discrimination. | Jernej Furman via Flickr
Le respect s'arrête où commence la discrimination. | Jernej Furman via Flickr

Ainsi donc, Hugo Lloris, le capitaine de l'équipe de France de football, s'exprimant en conférence de presse, a dit son refus de porter un brassard arc-en-ciel durant toute la durée de la Coupe du monde. Raison invoquée: respecter le Qatar où –faut-il le rappeler– les rapports sexuels entre deux personnes de même sexe sont passibles d'une peine d'emprisonnement de un à trois ans. Il est vrai que porter un misérable bout de tissu bariolé des couleurs rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet, constituait un message d'une violence politique inouïe, à même de faire chavirer la société qatarie dans la décadence et le stupre!

Mais de qui se moque-t-on? De quel respect parle-t-on quand il s'agit de se faire complice de lois qui portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne? Qui discriminent et envoient en prison des individus dont la seule faute est d'éprouver des sentiments envers des personnes du même sexe que le leur? Qui les châtient comme si l'homosexualité était une faute, un délit, un crime, une abomination là où elle n'est qu'une inclinaison naturelle à préférer un sexe à un autre?

Que le Qatar ait sa propre vision du monde est une chose mais que la France, par l'intermédiaire de son équipe de football, se fasse complice de cet arbitraire, voilà qui ne manquera pas d'étonner et d'offusquer. De scandaliser même. Comment peut-on être à la fois la patrie des droits de l'homme et s'abaisser ainsi à une pareille compromission? Comment associer le message universel de la France, de l'égalité des citoyens devant la loi, avec ce renoncement symbolisé par ce refus imbécile de porter un innocent brassard?

À entendre Hugo Lloris, on a l'impression que demande lui avait été faite de s'adonner à quelques acrobaties sexuelles avec ses partenaires de jeu. De rouler, sous les yeux de l'assistance médusée, une pelle à Benzema ou de courir jusqu'au rond central mettre une main au cul de Mbappé. De se livrer à des actes qui par leur nature auraient pu choquer les dignitaires de l'État qatari.

J'aimerais bien qu'on m'explique en quoi porter un brassard aux couleurs de la cause LGBT+ porte atteinte à l'honneur du pays organisateur. En quoi est-ce manquer de respect que de vanter des initiatives visant à dire sa solidarité avec les membres d'une communauté frappée de discrimination à travers le monde? En quoi? Le respect s'arrête où commence le règne de la ségrégation.

Si l'on suit le raisonnement d'Hugo Lloris, la Coupe du monde se serait déroulée aux États-Unis au temps de l'esclavage, il aurait refusé de porter un brassard de couleur noire pour ne pas froisser les responsables de cette atrocité? Et en 1936 à Berlin, si d'aventure on avait demandé aux participants d'arborer un brassard avec une étoile de David dessus, il se serait abstenu sous prétexte que les Allemands étaient maîtres chez eux?

Il ne peut pas y avoir d'atermoiement quand on parle des droits fondamentaux de chacun, des orientations sexuelles des uns et des autres. Le devoir d'un étranger quand il se rend au Qatar est effectivement de respecter les coutumes locales, comme s'abstenir de boire de l'alcool en public ou s'habiller sans outrance. Mais en la matière, la criminalisation de l'homosexualité n'est pas affaire de coutumes ou de pratiques culturelles; c'est affaire d'atteinte aux libertés individuelles, à des notions universelles qui transcendent les particularismes, fussent-ils religieux, de chaque pays. D'autant plus que c'est le Qatar qui s'est porté volontaire pour organiser cette manifestation. À ce que je sache, personne ne l'a forcé.

Par cette initiative saugrenue, la France se trahit elle-même. Elle renie l'essence même de ce qui a contribué à sa grandeur. Elle va à l'encontre de son message universaliste. Elle se fourvoie et se range aux côtés des démocraties illibérales qui, des États-Unis à la Hongrie, entendent rogner les droits des minorités sexuelles. Surtout, au vu de tous, elle se déshonore pour se concilier les faveurs d'un pays versé dans des concepts d'un autre âge –la religion est ou devrait être un concept dynamique qui, au lieu de s'enfermer dans un rigorisme absolu, aurait tout avantage à épouser les avancées de la civilisation.

Encore une bonne raison pour boycotter cette mascarade de Coupe du monde!

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