Culture

«Le ressort culturel, l'utilisation du beau, permet une transmission»

Temps de lecture : 3 min

Julie Plus, fondatrice de Wipplay, a reçu cette année le prix 100 femmes de Culture.

Tanguy au musée. | © Marie Meyer @Wipplay
Tanguy au musée. | © Marie Meyer @Wipplay

Chaque année depuis 2018, l'association 100 femmes de Culture organise un prix du même nom pour récompenser des dirigeantes, écrivaines, entrepreneuses, metteuses en scène ou personnalités féminines du secteur de la culture et de la création. Le but est de saluer des parcours et des actions, mais aussi de créer un réseau entre ces femmes, parfois méconnues du grand public.

C'est le cas de Julie Plus, lauréate 2022 du prix 100 femmes de Culture. Elle est la fondatrice de Wipplay, un site de vente et un réseau social consacré à la photographie.

Slate.fr: Quelle a été votre réaction en apprenant que vous alliez recevoir ce prix?

Julie Plus: Ç'a été une vraie surprise car je n'ai pas le sentiment d'être une femme de culture. D'ailleurs, j'ai d'abord pensé à une erreur. Certes, à titre personnel, je suis une amatrice de danse, de théâtre, etc. Mais recevoir ce prix aux côtés de directrices de musée, de cinéastes ou d'écrivaines m'a étonnée. Ceci dit, la vocation de Wipplay, que j'ai créé il y dix ans, est bien de s'adresser à la part culturelle qui sommeille en chacun de nous. Ce prix récompense donc aussi un modèle d'entreprise.

Julie Plus. | © O.Ezratty

Quel est le projet et le fonctionnement de Wipplay?

Le projet part d'un constat: tout le monde se raconte en images aujourd'hui. Ma fille adolescente me disait justement l'autre jour avoir «parlé par photos» avec une amie. J'ai voulu saisir ce véhicule conversationnel qu'est la photographie. Concrètement, nous avons une communauté de quelque 75.000 personnes –des étudiants en école d'art, des amateurs d'images, d'anciens photographes professionnels, etc.– à qui on adresse des sujets auxquels ils doivent répondre en images. Ces sujets sont parfois complexes, ils peuvent par exemple toucher aux sciences, au droit, à l'environnement. Ainsi, comment illustrer la raison d'État? Pas évident…

Le public participant, que nous avons préalablement délimité au sein de notre communauté, fait un premier rendu d'images. Puis nous convoquons des experts, comme des philosophes, des sociologues, des juristes, etc. pour qu'ils apportent leurs réflexions sur le thème en question. Nous transmettons ensuite ces éléments de compréhension aux photographes participants afin qu'ils nourrissent leurs réflexions. Les photographes nous envoient alors une deuxième salve de propositions, souvent très différentes de la première. Si nous recevons généralement des illustrations très littérales au premier envoi, celles du second sont beaucoup plus poussées, réfléchies, et surtout hors des idées reçues.

À la fin de l'opération, nous réunissons un jury qui choisit les meilleures images en fonction des expertises de métier de chacun. Un climatologue n'optera généralement pas pour le même cliché qu'un photographe professionnel. Cette sélection donne ensuite lieu à de grandes expositions à ciel ouvert, sur les grilles de musées, devant l'Hôtel de ville de Paris, ou encore devant la Comédie française, comme en ce moment. Nous ne sommes évidemment pas cantonnés à Paris: nous avons exposé à Toulouse, Beauvais, Beyrouth…

Quelle est la visée de ces expositions?

Ce sont des expositions apprenantes. Elles ne sont pas décoratives, elles nourrissent un projet pédagogique. Toute la démarche de Wipplay est collective, elle repose sur l'intelligence émotionnelle des gens et leur capacité à échanger. Lorsqu'on veut expliquer un sujet complexe, on est au bout du modèle descendant, on n'y arrive pas en étant prescriptif. Au contraire, le ressort culturel, l'utilisation du beau, permet une transmission. Avec les expositions à ciel ouvert, on va chercher un dernier public: les passants, qui vont apprendre quelque chose sans même être venus le chercher.

Cette distinction «100 femmes de Culture» peut aussi permettre de tisser un réseau professionnel féminin. C'est quelque chose dont les femmes ont besoin dans leur carrière?

Je suis mitigée sur le sujet. À la soirée de remise des prix, où il n'y avait quasiment que des femmes, je me suis fait cette réflexion: «Tiens, je ne me suis jamais retrouvée avec autant de femmes autour de moi.» C'était extrêmement sympathique, l'ambiance était très bonne, détendue, je n'avais pas envie de bouder mon plaisir. Après, à situation professionnelle égale, est-ce que j'aurais plus envie d'aider une femme qu'un homme? Je ne sais pas.

En revanche, j'ai pu constater lors de mon parcours qu'il y avait un way of doing business féminin, quelque chose de différent dans la façon de travailler, y compris en équipe lorsque celle-ci est majoritairement féminine.

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