Santé

La méthode en douze étapes des Alcooliques anonymes, adaptée à toutes les souffrances

Temps de lecture : 14 min

La difficulté à vivre traverse la plupart des alcooliques, toxicomanes et autres dépendants. C'est face à ce constat qu'interviennent les douze étapes, qui offrent la possibilité de donner un nouveau sens à sa vie, remplir un vide existentiel.

Julien Gangnet en est venu à penser que tout un chacun, dépendant ou non, alcoolique ou non, pouvait bénéficier de l'évolution spirituelle proposée par les douze étapes. | Wim Arys via Unsplash
Julien Gangnet en est venu à penser que tout un chacun, dépendant ou non, alcoolique ou non, pouvait bénéficier de l'évolution spirituelle proposée par les douze étapes. | Wim Arys via Unsplash

Julien Gangnet est scénariste. Né à Paris en 1969, il est issu d'un foyer déchiré, et a grandi auprès d'adultes maltraitants et toxicomanes. Jusqu'à lui-même chavirer dans les drogues dès son adolescence. Il devient abstinent à l'âge de 25 ans grâce au programme en douze étapes. Après plus de vingt-cinq années de présence dans différents groupes de parole d'anonymes, Julien Gangnet s'est aperçu que ces douze étapes pouvaient sans cesse muter au point d'aider, il en est convaincu, tout un chacun sur la voie d'un épanouissement intérieur, mais aussi familial, professionnel ou encore spirituel. Qui que l'on soit. Ce livre, Les 12 étapes – La méthode qui a transformé des millions de vie, paru le 24 novembre aux Éditions Goutte d'Or, est né du désir de partager ces étapes avec tous les gens dits «normaux» dont les souffrances n'ont pas toujours d'étiquette, ni d'appellation.

Nous publions ici le mot des éditeurs et l'introduction du livre.

«Je m'appelle James W... et je suis un alcoolique. Je m'appelle Louise D... et je suis une alcoolique. Extraordinaire litanie! Elle m'obsède tandis que j'écris ces lignes. Car elle a scandé sans répit la découverte peut-être la plus étonnante et la plus poignante qu'il m'ait été donné de faire au cours d'une existence consacrée pourtant à la recherche de l'exceptionnel.»

C'est ainsi que l'écrivain-journaliste Joseph Kessel décrit sa stupéfaction et son admiration pour «les miracles» qu'il observe dans son ouvrage intitulé Avec les alcooliques anonymes. Ce sentiment, nous l'avons aussi expérimenté, il y a trois ans. En 2019, un membre des Éditions Goutte d'Or, Johann Zarca, est devenu abstinent de tout produit pouvant altérer son état de conscience. Après deux décennies d'excès, du jour au lendemain, il n'a plus touché une goutte d'alcool ni de drogue ou psychotrope quelconque. Ce n'est pas ce virage à 180 degrés qui a été le plus surprenant, mais la découverte d'un étrange programme en douze étapes qui servait de base à son «rétablissement». Une méthode pour redonner du sens à sa vie, la promesse d'un éveil spirituel, d'une renaissance. À son époque, Kessel le résume ainsi: «[Les douze étapes] énumèrent les étapes spirituelles que l'alcoolique doit franchir successivement, s'il veut être sûr de sa résurrection physique et morale.»

Ce programme a été inventé dans les années 1930. En 1935, deux alcooliques invétérés, l'ancien trader Bill W. et le docteur Bob S., ont une révélation: ils s'aperçoivent qu'en évoquant leurs démons, en se confiant et en s'écoutant l'un l'autre, leur envie de boire s'estompait. Ils en concluent une idée simple et révolutionnaire: pour se soigner, un alcoolique doit en aider un autre. L'association dites des «Alcooliques anonymes» vient de naître. Aujourd'hui, l'association «AA» se déclare présente dans 180 pays. Et selon un sondage interne en date du 31 décembre 2020, elle dénombre 129.790 groupes de parole pour une estimation de 2.138.201 membres dans le monde.

En 1953, avec l'accord des AA, des dépendants aux drogues créent leur propre association adaptée à leur addiction: les Narcotiques anonymes (également appelés «NA»). Le succès est tout aussi remarquable. En 2016, un sondage indiquait leur présence dans 181 pays avec 67.000 groupes de parole.

Par souci d'indépendance, ces associations à but non lucratif refusent toute subvention publique ou privée, et subsistent uniquement grâce aux dons –modestes– de leurs membres. Le prosélytisme n'est pas de mise. Chacun est libre de se déclarer membre et la démarche de devenir abstinent lui incombe. La vie associative est gérée par les membres eux-mêmes, tous au service de l'intérêt du groupe, sans privilège ni statut particulier, afin d'éviter tout enjeu de pouvoir. De même, pour se prémunir de toute personnification, aucune de ces associations n'a de représentant identifié par le grand public. Néanmoins, certaines personnalités revendiquent parfois publiquement leur appartenance à une fraternité d'anonymes, ou fêtent leur nombre d'années d'abstinence (Naomi Campbell, Elton John, Jamie Lee Curtis, Eminem, Brad Pitt ou encore Danny Trejo).

L'anonymat de ces groupes permet à n'importe qui, quel que soit son statut social, de se confier à cœur ouvert dans des réunions –pouvant se tenir dans des locaux associatifs, des hôpitaux, des prisons, des églises et autres lieux de culte. La pandémie du Covid-19 a occasionné le déploiement des réunions sur la plateforme Zoom. En 2022, les Narcotiques anonymes de France ont également participé à l'une des premières réunions organisées dans l'univers parallèle du métavers. Enfin, ces associations rappellent qu'elles n'ont pas de compétences ni d'avis sur les questions médicales ou psychiatriques et ne sont rattachées à aucun groupe politique ou mouvement religieux.

Le néophyte peut se trouver troublé par quelques étrangetés, notamment l'utilisation récurrente de concepts spirituels comme «la puissance supérieure» ou «Dieu, tel que chacun le conçoit». Quand il prend connaissance de ce point, Joseph Kessel se dit d'abord que cette association doit être «une petite secte un peu bizarre, comme il en existe tant aux États-Unis». Le même Kessel, après s'être rendu aux États-Unis, avoir rencontré l'un des deux fondateurs et avoir écumé nombre de réunions, change rapidement son fusil d'épaule: «Adresse-toi à la Puissance supérieure –telle que tu la sens, disent les Alcoholics Anonymous. Jéhovah ou Allah, Jésus ou Bouddha, non seulement tu peux choisir à ta guise, mais encore tu es libre de voir ton Dieu selon ta conception. Tout ce qui importe, c'est que tu puisses croire à une Force qui te dépasse et à laquelle tu recours pour t'aider [...]. Et si, même dans ces conditions, ton esprit se refuse au sentiment divin, alors prends pour Puissance supérieure notre libre confrérie qui, par son expérience, le nombre de ses membres, la somme de ses souffrances, est à coup sûr plus sage que toi, humainement.»

En somme, peu importe que cette «puissance supérieure» s'apparente à un groupe de parole, à la nature, à la vie, à la fraternité humaine ou à un dieu, l'idée est de pouvoir proposer aux athées comme aux religieux une méthode qui les transcende et qui fonctionne. Certaines personnes butent sur ce point. D'autres, au sein des groupes de parole, militent pour une évolution des termes utilisés (comme cesser par exemple d'utiliser l'expression «Dieu tel que chacun le conçoit»), afin d'éviter d'effaroucher les réfractaires qui ne manquent pas dans un pays laïque comme la France.

«[...] les interventions standardisées des Alcooliques anonymes (en douze étapes) sont plus efficaces que d'autres traitements établis [...] pour augmenter l'abstinence.»
Cochrane France

Ceci étant, l'efficacité de la méthode parle pour elle. En mars 2020, aux États-Unis, une publication de l'organisation Cochrane (organisation indépendante à but non lucratif dont le sérieux est reconnu par l'OMS) a analysé vingt-sept études touchant 10.565 participants ayant eu des problèmes d'alcool. Résultat: quand les autres méthodes atteignent des taux de 15 à 25% d'abstinence, les Alcooliques anonymes atteignent des taux de 22 à 37%.

Cochrane France traduit ainsi la conclusion des auteurs américains de l'étude: «Il existe des données probantes de haute qualité indiquant que les interventions standardisées des Alcooliques anonymes (en douze étapes) sont plus efficaces que d'autres traitements établis, tels que les thérapies comportementales et cognitives, pour augmenter l'abstinence.» Comme le souligne Philippe Cavaroz, psychologue spécialiste des addictions, dans son ouvrage Revivre, 12 étapes pour sortir de l'addiction: «Le critère de vérité du programme est l'utilité. On ne retient que ce qui fonctionne.» Cette efficacité est telle que même dans une théocratie comme l'Iran, le programme des Narcotiques anonymes est toléré par les mollahs pour venir en aide aux nombreuses victimes de toxicomanie.

Au fil des ans, de nouveaux groupes ont adapté les douze étapes à leurs besoins spécifiques, faisant exploser leur diversité. Ainsi, en France, en plus des AA et des NA, on trouve les Anorexiques boulimiques anonymes, les Arts anonymes (blocages créatifs des artistes), les Codépendants affectifs anonymes, les Débiteurs anonymes (dysfonctionnements liés à l'argent et à l'endettement), les Dépendants affectifs et sexuels anonymes, les Émotifs anonymes, les Outre-mangeurs anonymes (troubles du comportement alimentaire), les Survivants de l'inceste anonymes, etc.

Aux États-Unis, ces groupes sont encore plus variés, on y trouve ainsi les Gamblers anonymes (dépendance au jeu), les Workaholiques anonymes (pour le travail compulsif), les Nicotine anonymes, les Online gaming anonyme ou encore les Racistes anonymes parmi beaucoup d'autres. Selon le docteur Robert Dupont, un spécialiste de la dépendance, «l'approche des douze étapes est en changement constant et se répand à grande vitesse. Elle est aussi très diverse et convient aux cultures et sous-cultures du monde entier. Elle s'adapte et elle est sensible à une grande diversité.»

La raison de cette adaptabilité est peut-être toute simple: il s'agit d'une œuvre collective. Quelle autre méthode spirituelle peut se vanter d'avoir été adoptée, sur près d'un siècle, par des catholiques, juifs, musulmans, animistes, athées ou encore par des personnes ne se préoccupant pas de leur croyance? Ce travail de groupe continue de faire évoluer ses propres textes afin de permettre à ses pratiquants «d'éliminer leurs défauts de caractère»; de «procéder sans crainte à un inventaire moral, approfondi de nous-mêmes» ou encore de «réparer nos torts envers les personnes que nous avions lésées, dans la mesure du possible».

Avant d'être éditeurs, nous sommes trois amis. Lorsque Johann a commencé à suivre le programme en douze étapes, cela nous a touchés et nous nous sommes passionnés avec lui pour cette méthode. Nous avons par la suite rencontré la personne qui lui a fait découvrir ce programme de rétablissement: un certain Julien Gangnet, lui-même utilisateur des douze étapes et abstinent depuis vingt-sept ans. Depuis tout ce temps, Julien Gangnet a fréquenté différents groupes de parole. Il en est venu à penser que tout un chacun, dépendant ou non, alcoolique ou non, pouvait bénéficier de l'évolution spirituelle proposée par les douze étapes.

Aussi, quand Julien nous a proposé d'écrire «les douze étapes pour tous» sous la forme d'un guide augmenté de nombreux témoignages, nous étions déjà convaincus que nombre de personnes pourraient tirer parti de cette sagesse offerte par des êtres humains rescapés de l'enfer.

Geoffrey Le Guilcher, Clara Tellier Savary et Johann Zarca

Introduction

À l'âge de 25 ans, pile au milieu des années 1990, alors que l'héroïne était en train de me tuer doucement, les douze étapes m'ont sauvé la vie.

Dès le début de mon adolescence, j'avais commencé à me droguer en consommant principalement du haschich tout en m'acharnant à «avoir l'air cool». En réalité, j'étais un enfant apeuré, traumatisé par ma vie familiale chaotique faite d'abandon et de violences psychologiques. Ballotté entre une mère alcoolique et toxicomane et un père humiliant et cruel, je ne m'étais jamais senti à ma place nulle part et ma scolarité avait volé en éclats dès le primaire.

À l'adolescence, je me suis acoquiné avec d'autres égarés, avec qui j'ai expérimenté des substances de plus en plus fortes, sans pour autant apaiser mes souffrances ou me sentir plus à l'aise dans les relations sociales. En proie à une forte anxiété et toujours partant pour me mettre en danger, je craignais moins d'ingurgiter une dose d'acide possiblement létale que de devoir adresser la parole à une fille. En dépit des drames familiaux et de mon échec scolaire, je persistais sur la voie de l'autodestruction.

À 17 ans, ma découverte de l'héroïne a été un coup de foudre. À la seconde où elle s'est répandue dans mon organisme, l'immense tristesse que je portais en moi depuis toujours a disparu. J'avais enfin trouvé ma terre promise, soulagé mes peurs et mon anxiété. Jusqu'à ce que l'effet du produit s'estompe.

Après les premiers émois, j'ai découvert la misère du manque et des combines minables. Et aussi la peur d'arrêter de consommer. La toxicomanie était un enfer, mais ma vie sans drogue n'avait jamais été particulièrement heureuse. De temps à autre, je tentais bien de décrocher. Quelques jours à la campagne pour autant d'heures de douleurs, tordu de crampes dans un bain de sueur aigre. Mais dès mon retour, livré à ma dépendance et sans solution pour m'en sortir, je sentais que consommer encore et encore était le seul moyen de rendre mon existence supportable. J'étais uniquement entouré de toxicomanes, donc une autre vie me semblait hors de portée. Le monde extérieur me terrorisait. L'unique proposition qui m'était faite –les traitements de substitution qui commençaient à se développer– ne m'attirait pas outre mesure. Sans réel espoir, je me pensais destiné à déchoir jusqu'à disparaître.

Je ne me souviens pas du moindre mot prononcé durant cette réunion mais je n'oublierai jamais la vibration, l'ambiance.

Un soir, dans Paris, le hasard a mis sur ma route un ancien partenaire de drogue, depuis longtemps perdu de vue. Il se tenait devant moi, se déclarant abstinent, alors que je l'avais laissé empêtré dans l'héroïne jusqu'au cou. Immédiatement, il m'a raconté comment il s'en était sorti, le programme, les réunions. Je ne l'écoutais qu'à moitié, sidéré par sa nouvelle apparence qui valait toutes les démonstrations. Dès le lendemain, je l'ai suivi dans une salle du Xe arrondissement. Entre ces murs défraîchis, quatre-vingt-dix minutes passées à écouter des inconnus raconter leur expérience ont bouleversé mon existence. J'ai su que la malédiction venait de prendre fin.

Je ne me souviens pas du moindre mot prononcé durant cette réunion mais je n'oublierai jamais la vibration, l'ambiance. Un assortiment de grands brûlés issus de toutes origines géographiques et sociales, dont chaque histoire ressemblait à la mienne. À ceci près que presque tous étaient sortis de la drogue.

Après la réunion, mon ancien partenaire m'a proposé la marche à suivre en ces termes: «Tout seul, tu es mort; si tu veux vivre, reste avec nous! Ne réfléchis pas trop, reviens demain et laisse-toi faire!» Qu'aurais-je pu répondre à ça? «Non merci, c'est sympa, votre truc d'illuminés, mais j'ai ma vie bien en main»? Rétrospectivement, je suis heureux d'avoir été brisé au point de ne plus avoir la force de retourner à la guerre contre moi-même.

J'étais donc d'accord pour me rendre en réunion et essayer de ne pas me défoncer pendant vingt-quatre heures. «Un jour à la fois», répète-t-on sans cesse. Mais travailler les étapes m'a d'abord semblé être une punition. Leur aspect scolaire me rappelait de mauvais souvenirs, mon identité de cancre me collait à la peau. Sauf que l'abstinence me mettait face à un fatras de peurs, de rancœurs, de culpabilité, de déni, de questions insolubles touchant à mon avenir. En pleine confusion, j'avais besoin d'un mode d'emploi. C'est exactement le rôle que se proposent de jouer les étapes.

Lorsque j'ai commencé à me rétablir, comme une grande majorité de gens avant moi, je pensais que mon unique problème résidait dans la drogue, son usage compulsif et tous les malheurs qui en découlaient. Autour de moi, les plus expérimentés m'ont vite détrompé, les produits n'étaient que l'arbre qui cachait la forêt. L'abus de drogues n'avait été que le moyen de mettre à distance les émotions intolérables, occasionnées par des événements traumatiques dressés sur mon parcours. Exprimé autrement, j'avais passé de longues années à me faire du mal pour... éviter de souffrir.

Une fois que nous sommes engagés sur le chemin du rétablissement, plus le temps nous éloigne de la toxicomanie, moins la drogue est évoquée. Elle ne devient pas anecdotique, mais elle n'est plus centrale. À présent, nous devons apprendre à vivre, à nous occuper de cette forêt autrefois cachée derrière l'arbre de la drogue. Aujourd'hui, mon urgence n'est plus de résister à une envie de «me défoncer»; en revanche, je dois régulièrement lutter contre des peurs ou des obsessions qui envahissent mes journées comme des marées noires. Cette difficulté à vivre traverse la plupart des alcooliques, toxicomanes et autres dépendants. C'est face à ce constat qu'interviennent les douze étapes. Elles offrent la possibilité de donner un nouveau sens à sa vie, remplir un vide existentiel. Vivre, enfin.

À mesure que les étapes m'aidaient à régler des difficultés bien plus vastes que ma toxicomanie, j'ai réalisé qu'elles pourraient être utiles à bien des gens autour de moi. Y compris des personnes qui n'avaient jamais consommé aucune drogue, mais qui étaient néanmoins empêtrées dans des schémas de vie destructeurs, toxiques ou jalonnés de tourments. Ceux qui souffrent sans avoir trouvé de solutions satisfaisantes à leur désarroi, les anxieux, les dépressifs, perdus dans un monde qui leur semble dépourvu de sens, les grands mélancoliques confrontés à un vide existentiel. En espérant qu'ils se sentent prêts à essayer une méthode spirituelle simple, humaine, souple et bienveillante. Qui a fait ses preuves.

Avec ce livre, je ne suis qu'un passeur désireux de transmettre ce qui m'a été généreusement offert. Je remercie du fond de mon cœur tous ceux et toutes celles, croisés au cours de mon rétablissement, qui ont contribué sans le savoir à son écriture, qui m'ont également secouru, relevé et même parfois bousculé. En révélant d'eux-mêmes ce que je ne voulais pas voir en moi.

Tous les concepts proposés dans ces pages ne sont que des suggestions, et non des injonctions à s'imposer avec brutalité, au risque de se décourager. Abordé avec douceur, le rétablissement est à la portée de tous.

La première étape des Alcooliques anonymes indique: «Nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool –que nous avions perdu la maîtrise de notre vie.» Les fraternités nées après les AA sont basées sur le même modèle («impuissants devant l'endettement compulsif»; «impuissants devant notre dépendance affective et sexuelle», etc.). La déclinaison des étapes contenue dans ce livre cherche à apaiser une souffrance plus générale et peut-être plus originelle que la dépendance à l'alcool, la drogue ou les jeux. Je me suis alors demandé: devant quoi nombre de personnes pourraient-elles admettre leur impuissance? Leur ego? Leurs émotions? Leur personnalité? Après réflexion, mon choix s'est arrêté sur le terme mental tel que le définit le Larousse.

Mental, adjectif. (Bas latin ecclésiastique mentalis, latin classique mens, mentis, esprit)
1. Relatif aux fonctions intellectuelles, au psychisme.
2. Qui se passe exclusivement dans l'esprit, intérieurement, sans s'exprimer ou se manifester extérieurement.

La première étape de ces douze étapes pour tous est donc la suivante: «Nous avons admis que nous étions impuissants devant notre mental –que nous avions perdu la maîtrise de notre vie.»

Si le terme «mental» vous rebute ou simplement ne vous convient pas, n'hésitez pas à le remplacer par le mot qui vous sied, tant qu'il définit quelque chose qui vous pousse à prendre des décisions irrationnelles, vous éloigne des autres, attise votre mal-être ou une estime dégradée de vous-même.

Adopter les étapes et les utiliser demande de la pratique et de l'assiduité. Lisez-les, emparez-vous-en et réfléchissez à leur application concrète dans tous les domaines de votre vie.

Vous trouverez dans ces pages une présentation détaillée de chaque étape, illustrée de témoignages anonymisés recueillis auprès de membres issus de divers programmes, afin d'en contextualiser la portée et la mise en œuvre. Vous trouverez dans ce livre des exercices pratiques, sous forme de questionnaires, pour vous guider et éclairer votre compréhension. Il n'y a pas de mauvaise réponse, néanmoins je vous recommande d'être le plus exhaustif possible. Afin de profiter pleinement des bienfaits de l'exercice, je vous suggère aussi de travailler ces questionnaires par écrit.

Une précision importante: les membres des programmes de rétablissement partagent habituellement leurs réponses avec leur parrain ou leur marraine, c'est-à-dire une personne, choisie librement et de façon non définitive, dont ils apprécient le parcours de rétablissement (à ce sujet, voir le chapitre sur l'étape 5). Mais les utilisateurs de ce livre peuvent le faire avec une personne de confiance, elle-même sur un chemin spirituel ou thérapeutique ou encore avec d'autres qui travaillent un programme en douze étapes, à l'aide de ce livre ou d'une fraternité reconnue, comme celles que j'évoque dans ces pages.

Avant de passer à la pratique, souvenez-vous que le rétablissement est un processus temporel, qui ne peut être hâté ni imposé. Chacun le comprend, l'adopte et le travaille à son rythme. L'ensemble des étapes ne peut –ni ne doit– être ingurgité en une seule fois. Tous les concepts proposés dans ces pages ne sont que des suggestions, et non des injonctions à s'imposer avec brutalité, au risque de se décourager. Abordé avec douceur, le rétablissement est à la portée de tous. Alors, offrez-vous un carnet spécialement consacré à cette démarche ou ouvrez un vieux cahier qui traîne dans un tiroir. Créez un nouveau document dans votre ordinateur ou une note sur votre smartphone. À vous de trouver ce qui vous convient. Le travail des étapes est un cadeau à vous-même, dont l'importance dépend de votre implication.

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