Société

Le monde est à la croisée des chemins

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Chaque nouvelle élection disputée aux quatre coins de la planète nous voit imaginer le pire.

La démocratie n'a jamais été aussi en danger. | Jonathan Simcoe via Unsplash
La démocratie n'a jamais été aussi en danger. | Jonathan Simcoe via Unsplash

Depuis quelques années maintenant, les démocraties sont l'objet d'attaques répétées qui les fragilisent de toutes parts. Le populisme, les réseaux sociaux, la tentation de l'autoritarisme, le complotisme, l'inquiétude généralisée face au devenir de la planète, l'uniformisation de nos pratiques culturelles, nos anxiétés petites et grandes sont autant de facteurs qui combinés les uns aux autres rendent leur avenir de plus en plus flou.

C'est comme si le monde dansait sur le fil incertain du temps, cerné par l'accumulation de dangers existentiels. Un seul faux pas, un relâchement coupable, une faiblesse dans la cuirasse de nos indignations, un retard à dénoncer l'inacceptable, une accoutumance trop déclarée à des comportements outranciers, et il en serait fini de nos existences pacifiques. La bête est là tout autour de nous, elle gronde, elle grince, elle mugit, il lui tarde d'entrer dans l'arène et d'asseoir sa domination.

Pour l'instant, nous parvenons à la garder à distance mais jusqu'à quand? De partout, le monde se fissure. La Russie avec sa guerre d'annexion aussi stupide que meurtrière marche dans les pas de l'Allemagne nazie, l'Italie se fiance avec une admiratrice de Mussolini, l'Amérique a perdu tout sens des convenances et, obèse de sa propre bêtise, songe à un retour de son pitre favori, Israël s'enfonce dans l'obscurantisme et la négation même de son message universel, et la France, patrie des droits de l'homme, n'en finit plus de faire les yeux doux à un Rassemblement national obsédé jusqu'à l'écœurement par la figure de l'étranger.

Rien ne va. L'inflation galope, le climat se dérègle, les inquiétudes se démultiplient à l'infini. Où va le monde? s'interroge-t-on un brin inquiet devant cette course effrénée vers les abîmes. Comme si plus rien n'avait vraiment de sens. Et jour après jour, en une sarabande folle, les réseaux sociaux avec leurs polémiques stériles, leurs haines fétides et leurs scandales bornés grignotent ce qui reste de raison à l'humanité.

Plus que jamais, nous sommes à la croisée des chemins, ce moment fatidique où se joue notre propre avenir. Ce qui hier était considéré comme acquis, nos libertés individuelles, notre pluralisme de pensée, notre désir de vivre dans l'harmonie et la paix, soudain, ne va plus de soi. On a des démangeaisons d'ailleurs, des goûts pour des régimes autoritaires qui proposent comme seule perspective une remise au pas, un retour à l'ordre moral, un rétablissement de valeurs dites chrétiennes, de cette chrétienté qui, loin de ses aspirations évangéliques, aura au fond passé la plupart de son existence à semer sur son passage chaos et désordre.

On a soif de sang, de revanche. Les élites, voilà le nouvel ennemi, la nouvelle classe à abattre. Les gouvernants, les décideurs, l'État et son corollaire de fonctionnaires corrompus. Qui affament les peuples. S'engraissent sur leur dos. Rient de leur malheur. Et dans ce grand chambardement où soudain chacun devient l'ennemi de l'autre, on sent renaître la folie des temps jadis quand la recherche d'un bouc émissaire galvanisait les foules, de Nuremberg à Berlin.

On n'en aura jamais fini avec l'histoire. On la croit enterrée à jamais, elle renaît de ses cendres pour mieux nous supplicier. L'éducation, la culture, ne nous protègent de rien. Tapis au fond de nos cœur comme au premier jour de l'humanité, nos désirs de mort, de destruction et de guerres demeurent intacts. Pour se sentir exister à nouveau, le sang doit couler, le désordre régner, la barbarie frapper à nos portes.

Nous retenons notre souffle. Chaque nouvelle élection disputée aux quatre coins de la planète nous voit imaginer le pire. On tremble pour le Brésil, pour l'Amérique, pour Israël, pour chacun de ces pays qui semblent prêts à se saborder pour mieux nous entraîner dans leur chute. Les résultats connus, on pousse un «ouf» de soulagement, un cri d'indignation, avant de regarder pleins d'angoisse la prochaine échéance. Une sorte de mise à mort sans cesse retardée qui, à force d'être déjouée, finit par acquérir un caractère inéluctable. La prochaine sera la bonne, se dit-on pour conjurer le sort, cette fatalité de l'histoire à nous entraîner dans les bas-fonds.

Pourtant, nous résistons. Nous luttons. Nous nous battons. Maladroitement. Parfois nous chutons. Le découragement nous saisit. La fatigue aussi. L'écœurement. Mais toujours, aux moments les plus cruciaux, nous trouvons encore en nous les forces pour surseoir à la tragédie. Reste à savoir combien de temps nous pourrons tenir ainsi, opposer encore et toujours le discours de la raison à la fièvre et aux assauts populistes.

Tenir, tenir bon, c'est là notre seule espérance.

Notre seul horizon.

Il n'y en a pas d'autre.

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