Santé

Lave ta teub: petit précis d'hygiène pénienne

Temps de lecture : 5 min

Et si on parlait de l'hygiène intime des détenteurs de pénis? Le sujet semble trivial, mais une bonne information permet d'éviter bien des désagréments.

Premier point, non négociable: le lavage, c'est tous les jours. | Deon Black via Pexels
Premier point, non négociable: le lavage, c'est tous les jours. | Deon Black via Pexels

Des graffitis sur les murs des toilettes publiques aux sculptures de maîtres, des chansons populaires à la littérature érotique, des blagues vaseuses aux ouvrages de psychologie, le pénis est partout. Sauf dans la salle de bains.

Force est de reconnaître que la question de l'hygiène intime masculine est un sujet peu abordé, avec pour conséquence des pratiques pour le moins aléatoires, parfois sources d'odeurs désagréables, d'infections et autres irritations. «Les patients n'ont généralement pas reçu d'éducation en matière d'hygiène intime et n'osent pas poser de questions», témoigne Patrick Papazian, médecin hospitalier en santé sexuelle à l'AP-HP.

Déflorons avec lui le sujet, sans fausse pudeur.

Le piège du prépuce

Premier point, non négociable: le lavage, c'est tous les jours, car «indispensable si on veut éviter les odeurs», explique Patrick Papazian. En cas de séance de sport réalisée à un autre moment que juste avant la toilette habituelle, un passage par la case douche est plus que recommandé.

Quand on dit lavage, on dit lavage complet: anus, périnée, plis inguinaux, poils du pubis et pénis. Pour ce dernier, les personnes non circoncises devront faire une petite manip' pour décalotter à fond, jusqu'à voir la base du gland –«C'est LA zone piège», signale le médecin. C'est en effet sous le prépuce que peut s'accumuler le smegma, ce dépôt blanchâtre naturel composé de cellules mortes et de sécrétions des glandes sébacées, qui peut dégager une certaine odeur et causer une irritation du gland.

Sinon, keep it simple: eau tiède, car la chaleur n'est pas agréable sur ces zones fragiles et sensibles, savon au pH neutre pour ne pas déséquilibrer le microbiote et éviter les allergies et les irritations. Tout cela vaut aussi pour les fans de bains, qui prendront soin d'éviter les bains trop chaud si tant est qu'ils sont soucieux de leur fertilité: «Les bains trop chauds, c'est presque une méthode de contraception», met en garde Patrick Papazian.

Le rinçage devra être minutieux, à l'instar du séchage: on n'essuie pas comme une brute et on s'assure qu'il n'y a plus aucune trace d'humidité, que ce soit au niveau du frein ou celui des plis de l'aine.

Une fois la toilette et le séchage effectués, pas besoin d'en rajouter: les déo et autres parfums, surtout s'ils contiennent de l'alcool, sont à proscrire, et le talc, qui bouche les pores, est aussi à éviter.

Pour les personnes qui souhaitent se raser intégralement, ou pour se rafraîchir un peu, elles peuvent utiliser une tondeuse avec sabot ou un rasoir –en prenant soin de ne pas utiliser la même lame que pour le visage. L'usage de mousse à raser est ok, mais là encore, le rinçage avec décalottage pour les pénis non circoncis et le séchage aux petits oignons sont de rigueur.

«Secouer avant de se rhabiller»

Ces moments de toilette où l'on est en solo avec ses parties intimes est le bon moment pour une auto-palpation. «Le cancer des testicules est le premier cancer chez les hommes jeunes, explique le médecin. Pris en charge précocement, il se soigne bien. Alors, il s'agit d'être vigilant à la moindre anomalie –grosseur, rugosité, douleur… et de consulter au moindre doute.»

Après le séchage, il s'agit de s'habiller. Là aussi, la simplicité est de mise et le coton à privilégier. Si les matières synthétiques, qui favorisent la transpiration, sont à proscrire, il en est de même pour les slips, boxers et caleçons trop serrés qui nuisent non seulement au confort, mais aussi à la fertilité. Le changement de sous-vêtement est quotidien –s'il fallait le rappeler. Et, à la piscine ou en bord de mer, on ne reste pas avec un maillot humide toute la journée.

Maintenant, la pause pipi. Si chez les personnes à vulve, le passage de papier toilette est dans les mœurs, ce n'est pas le cas pour les détenteurs de pénis, qui se retrouvent souvent avec quelques gouttes d'urine au fond du slip. On peut rêver mieux comme compagnon de journée. «C'est souvent lié à une forme d'impatience; il faut prendre le temps de bien finir sa miction et de secouer avant de se rhabiller», signale Patrick Papazian, qui ajoute: «Parfois, en vieillissant, et malgré ces précautions, il peut arriver de se retrouver avec quelques gouttes d'urine dans le slip. Il importe de consulter –plutôt que de glisser quelques feuilles de papier toilette en dépannage.»

Autre motif de consultation: le phimosis (lorsque l'on n'arrive pas à décalotter complètement le gland) et le paraphimosis (quand, au contraire, le prépuce reste rétracté vers l'arrière et qu'il ne parvient pas à recouvrir le gland). «Un petit geste chirurgical permet de résoudre le problème», rassure le médecin.

Lavement non obligatoire

Passons au chapitre des rapports sexuels. Pour ceux qui en portent, la bonne idée est d'anticiper un peu, de manière à avoir sous la main un petit stock de préservatifs adaptés. «Vous ne prendriez pas la première chaussure pour vous la mettre aux pieds. C'est pareil avec les préservatifs», remarque Patrick Papazian, qui recommande de prendre le temps de se demander «Quel est le préservatif que je préfère? Quel est celui qui me convient le mieux?» et de ne pas hésiter à prendre conseil dans des magasins spécialisés.

Ensuite, capote ou pas capote, une petite toilette ne mange pas de pain, si tant est que ça ne coupe pas les ardeurs non plus. Si certains peuvent aussi avoir envie de faire un lavement anal en vue d'un rapport réceptif, rien d'obligatoire: «Le rectum est autonettoyant et il est rare que des selles y restent», indique Patrick Papazian. Toutefois, si c'est une condition pour se sentir à l'aise, why not, en utilisant une poire à lavement et de l'eau, mais en ne mettant pas trop de pression: «Le risque est alors que de l'eau passe la barrière du rectum, entre dans le colon et y stagne un moment… pour ressortir mêlée de selles pendant l'acte», met en garde le médecin.

Après l'acte –«Le sexe, ce n'est pas sale», rappelle le médecin–, rien d'obligatoire. Reste qu'il est recommandé d'enlever par une toilette ce qui peut rester de lubrifiant aromatisé et autre substance utilisée, afin d'éviter qu'un contact prolongé ne provoque à terme des allergies. Idem s'il y a eu pénétration anale, afin d'éviter des perturbations du microbiote.

À noter: si des rougeurs au niveau du gland persistent après le rapport, on consulte, car il peut s'agir d'un eczéma ou d'une petite infection qu'il vaut mieux traiter.

Et puisque l'on parle de consultation médicale, une remarque encore: quel que soit le motif d'une éventuelle visite chez le docteur pour des rougeurs, douleurs, irritations, etc., le mieux est de jouer la carte de l'honnêteté et de signaler si l'on a utilisé des produits plus ou moins conventionnels pour prendre soin de ses parties intimes –ou du moins essayer de le faire.

Pour résumer, on retiendra que l'hygiène intime repose sur des préceptes assez simples, et que comme souvent en matière de toilette, le mieux est l'ennemi du bien.

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