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Le bassin du Congo est-il le deuxième poumon vert de la planète?

Temps de lecture : 5 min

Comme l'Amazonie, cette forêt est de plus en plus menacée.

Le bassin du Congo a une influence sur les pluies jusqu'au Sahara. | Tom Fisk via Pexels
Le bassin du Congo a une influence sur les pluies jusqu'au Sahara. | Tom Fisk via Pexels

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Le Congo est-il le deuxième poumon vert de la planète?»

La réponse de Brian Gogarty:

Oui en effet. Quand on nous parle de «poumon vert», c'est généralement l'Amazonie qui nous vient à l'esprit. Mais on peut aussi évoquer le Congo, ou plus exactement le bassin du Congo. Cette grande forêt d'Afrique centrale compte parmi les plus riches écosystèmes de la planète, et mérite autant d'attention et de protection que la célèbre forêt amazonienne.

Mais tout d'abord, je tiens à revenir sur ce terme, «poumon vert». En gros, cela désigne couramment une vaste forêt tropicale qui émet beaucoup d'oxygène grâce à la photosynthèse. Néanmoins, précisions que les forêts (tropicales ou non) ne sont pas les principaux «poumons de la planète». Ce rôle revient aux mers et aux océans, qui fabriquent entre 50% et 85% de l'oxygène que nous respirons grâce au phytoplancton: des micro-organismes végétaux qui flottent à la surface de l'eau et dérivent au gré des courants. Maintenant que cela est dit, revenons à nos moutons.

Le bassin du Congo représente un cinquième de toutes les forêts tropicales du monde et contient plus de la moitié de la biodiversité d'Afrique, ainsi que 10% de la biodiversité mondiale. Sa surface forestière est variable. En effet, jusqu'à la sortie de la dernière période glaciaire (sortie qui a débuté il y a 18.000 ans), une grande partie du bassin du Congo était recouverte de savanes. À mesure que le climat est devenu plus chaud et plus humide, la forêt est revenue. Par endroits, elle continue de s'agrandir, là où l'humanité le permet.

L'utilité des gorilles et éléphants

Cette jungle relativement récente contient encore des espaces ouverts, probablement des restes d'anciennes savanes. C'est sans doute en raison de ce mélange d'habitats que le bassin du Congo abrite plus de grands mammifères que n'importe quelle autre forêt: éléphants, buffles, antilopes, léopards, hyènes, gorilles, chimpanzés et bonobos, pour ne citer qu'eux.

Les éléphants de forêt d'Afrique forment une sous-espèce différente des éléphants de savane. Ils sont plus petits pour mieux se déplacer dans la forêt dense, et leur ivoire est plus dur pour mieux abattre des arbres. Ils jouent un rôle essentiel dans la fertilisation et le renouvellement de la forêt: le déclin de leur population, dû au braconnage pour leur ivoire, est donc une menace pour l'écosystème entier.

Leur rôle est en effet double. D'une part, ils mangent les fruits des arbres et leurs déjections dispersent les graines, lesquelles sont enterrées par les scarabées bousiers, prêtes à germer. D'autre part, pour s'alimenter en sel minéraux contenus dans le sol, les éléphants abattent des arbres pour créer et entretenir des clairières, ce dont profitent aussi de nombreux animaux à la recherche de ces mêmes minéraux.

Les gorilles des plaines, qui peuplent aussi le bassin du Congo, jouent également un rôle capital dans le reboisement. Comme les éléphants, ils distribuent dans leurs déjections les graines des fruits qu'ils mangent. C'est notamment le cas sous les branches où ils nichent la nuit, souvent dans des zones où la canopée (haut des arbres) est la plus ouverte et a justement besoin d'être reboisée.

Les gorilles des plaines jouent un rôle capital dans le reboisement. | Postdlf via Wikimedia Commons

Les trois plus grandes forêts tropicales du monde sont situées en Amazonie, dans le bassin du Congo et en Asie du Sud-Est. En comparaison des deux autres, celle du bassin du Congo est encore relativement préservée et continue de bien jouer son rôle de puits de carbone.

En effet, son couvert forestier et ses tourbières séquestrent l'équivalent de dix années d'émissions mondiales de CO2. En revanche, la forêt d'Asie du Sud-Est émet désormais plus de CO2 qu'elle n'en absorbe à cause de la déforestation et des incendies, et il semble de plus en plus que c'est aussi le cas de l'Amazonie, pour les mêmes raisons.

Le bassin du Congo devient donc un bastion essentiel. Cette forêt joue un autre rôle important car elle a une influence sur les pluies jusqu'au Sahara. Ainsi, le bassin du Congo contribue à injecter dans l'atmosphère plus de la moitié des précipitations annuelles.

Impliquer les populations

Néanmoins, la forêt du bassin du Congo est à son tour de plus en plus menacée. Et il y a plusieurs causes à cela. Par exemple, la population humaine augmente. Or, ces gens ont besoin de terres pour se loger, planter leurs cultures, faire paître leur bétail… Cela se fait malheureusement au détriment des écosystèmes, qui sont surexploités ou remplacés par des villes, des terres agricoles, etc.

La culture sur brûlis, dont dépendent des millions de paysans, et le charbon de bois, qui reste pour beaucoup d'individus la seule source d'énergie, est aussi grandement responsable de la déforestation. Si on veut préserver la forêt sur le long terme, il faudra donc réussir à impliquer les populations locales dans ce processus.

Une autre cause importante provient de l'industrie forestière et extractive. En effet, le bassin du Congo est très riche en ressources naturelles: bois tropicaux, minerais, hydrocarbures… Or, ces ressources sont fréquemment exploitées de façon abusive et parfois même illégale. Il en résulte alors une déforestation de plus en plus intense.

Les entreprises forestières, source d'inquiétude pour les locaux

Ces entreprises forestières sont généralement étrangères, notamment asiatiques et occidentales, et leurs bénéfices ne sont pas toujours répartis équitablement avec les autorités locales. Mais elles utilisent des méthodes quelque peu différentes en fonction de leur nationalité, ce qui crée un taux de défrichement variable.

Prenons l'exemple de l'industrie forestière au Gabon. Dans ce pays, les concessions chinoises ont un taux de défrichement plus élevé que les concessions européennes, car elles exploitent un plus grand nombre d'essences de bois. De plus, l'Union européenne impose des normes de plus en plus strictes pour le secteur du bois afin de ne pas surexploiter les ressources.

La présence d'une société d'exploitation forestière, quelle que soit sa nationalité, constitue toujours une source de préoccupation pour les villageois locaux. Toutefois, ceux qui vivent près des concessions chinoises sont généralement davantage préoccupés par la rareté de la viande de brousse et le comportement agressif des éléphants, causés par la déforestation.

Les ravages de la déforestation

Quoi qu'il en soit, la déforestation a toujours des conséquences importantes, parce qu'elle libère d'énormes quantités de CO2 dans l'atmosphère, ce qui contribue grandement au réchauffement climatique, lequel constitue aussi une menace pour les arbres en rendant les nuits plus chaudes et en diminuant les précipitations.

De plus, cela rend les sols vulnérables à l'érosion. En effet, quand les arbres sont coupés, les parties les plus riches du sol ne sont plus retenues par les racines profondément ancrées dans la terre, et sont donc emportées par le vent et la pluie. Cela entraîne alors des glissements de terrain et, à terme, une désertification du sol.

Pour protéger les forêts, de nombreuses réserves naturelles ont été créées dans tout le bassin du Congo depuis les années 1990. Il y a maintenant 206 réserves occupant environ 15% des terres de la région, et cela ne fait qu'augmenter. Enfin, de plus en plus de zones forestières exploitées sont certifiées «gestion durable» grâce à des labels comme FSC.

Cela suffira-t-il à préserver durablement la forêt? C'est très dur à dire pour l'instant, mais il faudra probablement faire encore plus d'efforts. Ce sera sûrement difficile, mais bien possible.

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