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Insomniaques et fatigués, laissez tomber les applis de suivi du sommeil: elles ne vous aideront pas

Temps de lecture : 4 min

L'accent mis sur la nécessité de dormir suffisamment et sur la surveillance des habitudes nocturnes pourrait avoir un effet totalement paradoxal sur certains mauvais dormeurs.

L'attention accrue portée à l'optimisation de ces données biométriques risque d'entraîner des problèmes inattendus. | cottonbro via Pexels
L'attention accrue portée à l'optimisation de ces données biométriques risque d'entraîner des problèmes inattendus. | cottonbro via Pexels

Si vous avez souvent du mal à vous endormir ou à passer une nuit correcte, vous avez peut-être pensé à recourir à une application pour smartphone, un bracelet connecté ou un autre dispositif de suivi de sommeil pour tenter de résoudre le problème.

Cette tendance à l'autosurveillance a le vent en poupe. Elle pourrait cependant aboutir à un paradoxe, en mettant en place des schémas de stress et d'éveil qui exacerbent les problèmes de sommeil au lieu de les régler. Explications.

Qu'est-ce qu'une nuit «normale»?

La durée de sommeil nécessaire, ainsi que les préférences de coucher (précoce ou tardif) varient beaucoup d'une personne à l'autre. Certaines de ces différences sont liées à l'âge, mais aussi à des facteurs culturels, environnementaux ou comportementaux. D'autres sont, au moins en partie, d'origine génétique.

En plus de ces différences entre individus, tout un chacun est naturellement soumis à un degré assez élevé de fluctuation de la qualité du sommeil (tout en restant au sein de ce qui est considéré comme la norme) –elle n'est jamais exactement la même d'une nuit à l'autre, et cela ne nous surprend généralement pas. La plupart des adultes ont par ailleurs besoin d'environ huit heures de sommeil par vingt-quatre heures, mais certains se contentent de six heures quand d'autres doivent dormir neuf heures.

Les causes de cette variation «normale» ne sont pas encore bien comprises. Toujours est-il que certaines personnes qui considèrent que leur sommeil est, en quelque sorte, inadéquat s'inquiètent tellement de passer une bonne nuit qu'elles développent une sorte d'anxiété de performance, ce qui crée une angoisse au moment de dormir.

Comment fonctionnent les applications de suivi du sommeil?

La plupart des applications récentes de suivi du sommeil utilisent des données telles que le son, la fréquence cardiaque et le suivi des mouvements (lesquels sont censés indiquer la période durant laquelle l'utilisateur est couché ou levé) pour estimer ce qu'il se passe durant la nuit.

Nombre d'entre elles utilisent des données provenant de dispositifs portables, tels que la montre Apple Watch, pour donner une note à notre sommeil et proposer des graphiques montrant les modifications qui surviennent au fil de la nuit. Ces analyses peuvent être complétées par des questions sur la qualité du repos.

Les auteurs de ces applis prétendent qu'elles peuvent déterminer combien de temps un dormeur passe en sommeil léger, profond et paradoxal, caractérisé par des mouvements oculaires rapides (REM), ainsi que le nombre de fois où sa nuit est perturbée. Mais est-ce vraiment le cas?

Sont-elles précises?

Souvent, les sites web qui comparent les applications de sommeil pour déterminer lesquelles sont les plus performantes se contentent de lister et tester les fonctionnalités et les caractéristiques proposées, sans vérifier si les mesures réalisées sont aussi précises que leurs concepteurs le prétendent.

Or, bien que ces traceurs soient devenus relativement efficaces pour ce qui est de distinguer l'état de sommeil de l'état de veille, leur capacité à évaluer les différents stades de sommeil reste peu fiable et manque encore de cohérence.

L'utilisation de ces applications présente-t-elle des risques?

Il ne faut pas accorder trop d'importance à ces données, qui peuvent être imprécises. Et surtout, il faut éviter de se fixer des objectifs irréalistes, au risque de devenir trop anxieux. Il ne faut pas non plus d'emblée considérer qu'un sommeil non uniforme est problématique ni que les réveils nocturnes sont anormaux.

Jusqu'ici, seul un nombre restreint d'études a évalué la manière dont ces accessoires pourraient être efficacement utilisés pour susciter un changement de comportement positif en matière de santé du sommeil. Et les travaux qui ont été menés l'ont été sur de petits échantillons. L'enquête la plus récente, publiée en 2020, a révélé un léger effet positif quant à l'usage de tels dispositifs, mais cela concernait des volontaires en bonne santé n'ayant aucun problème de sommeil.

L'attention accrue portée à l'optimisation de ces données biométriques risque en revanche d'entraîner des problèmes inattendus, comme le fait de se focaliser sur le fait d'obtenir de bons chiffres. Ce phénomène est en train de devenir si courant qu'un nom a été forgé pour le désigner: l'orthosomnie.

Qu'est-ce que l'orthosomnie?

Décrite comme un phénomène anxieux qui touche les personnes obsédées par les résultats de leurs applications ou dispositifs de suivi de sommeil, l'orthosomnie n'est pas un trouble médical. Les connaissances actuelles ne reposent que sur de petites études de cas, portant sur peu de participants.

Les personnes souffrant d'orthosomnie ont tendance à penser que les dispositifs de suivi offrent des informations très précises. Elles font davantage confiance à ces données plutôt qu'à des tests plus objectifs, comme un examen complet du sommeil mené durant toute une nuit dans une clinique spécialisée (polysomnographie).

Cela peut les mener à adopter des comportements peu efficaces pour améliorer la qualité du sommeil (comme passer plus de temps au lit afin d'améliorer les données collectées, ce qui, paradoxalement, détériore la qualité et la quantité du repos).

Faut-il désinstaller ces applis?

Pour les personnes qui ont un bon sommeil et sont intéressées par le suivi de leurs données, ce type de dispositifs peut présenter un attrait certain. Dans ce contexte, ils sont dénués de risques. Cependant, si la qualité de votre repos vous préoccupe et constitue une source d'anxiété, vous n'êtes probablement pas le candidat idéal pour ce type de suivi.

Il faut surtout garder à l'esprit qu'aucun dispositif commercial n'égale votre propre cerveau quand il s'agit de vous faire comprendre que vous ne dormez pas suffisamment… Si vous demeurez alerte et capable de vous concentrer (sans la béquille de la caféine), si vous avez l'impression d'avoir une bonne qualité de vie au travail et à la maison, alors vous dormez probablement suffisamment!

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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