Santé

Ascenseur, pharmacie, toilettes: où et quand faut-il porter un masque cet hiver?

Temps de lecture : 6 min

Alors qu'au Covid s'ajoute la ribambelle de virus respiratoires hivernaux, le masque demeure plus que nécessaire dans les lieux clos. Petit mode d'emploi pour se protéger et protéger les autres.

Dès lors que le masque n'est plus obligatoire dans les lieux publics clos, où faute de ventilation, les particules infectées ne sont pas évacuées, il revient à chacun et chacune de décider où et quand se masquer. | engin akyurt et Towfiqu barbhuiya via Unsplash – Montage Slate.fr
Dès lors que le masque n'est plus obligatoire dans les lieux publics clos, où faute de ventilation, les particules infectées ne sont pas évacuées, il revient à chacun et chacune de décider où et quand se masquer. | engin akyurt et Towfiqu barbhuiya via Unsplash – Montage Slate.fr

18h, ligne 9 du métro parisien. Dans la rame bondée, ça éternue, ça tousse et ça se mouche. Mais seuls quelques visages sont masqués. Pourtant, au 28 octobre, on relève en moyenne 43.605 cas positifs au Covid-19 chaque jour.

Non seulement le SARS-CoV-2 (dont on découvre jour après jour les conséquences à long terme même après des formes apparemment bénignes) circule toujours en force, mais à lui s'adjoignent d'autres virus respiratoires. Ils se transmettent par l'inspiration d'air contenant des particules virales contenues dans les gouttelettes et les aérosols et se répliquent dans les voies aériennes (cavité nasale, pharynx, larynx et arbre bronchique).

On pense aujourd'hui au virus respiratoire syncytial (VRS), responsable, avec le SARS-CoV-2, des brochiolites chez les tout-petits. Bronchiolites qui, selon le bulletin de Santé publique France du 26 octobre 2022, sont en très nette augmentation avec +43% de passages aux urgences et +41% d'hospitalisations. On pense également à tous les rhinovirus responsables de rhinites, rhinopharyngites et rhinosinusites ainsi qu'au virus de la grippe.

Un accessoire vite oublié

Pour autant, le port du masque, qui a pour fonction de filtrer les particules infectées et ainsi de protéger le porteur et son entourage, n'est pas entré dans nos habitudes: les derniers résultats de l'enquête CoviPrev parus le 6 octobre 2022 montrent un très large renoncement aux mesures barrières, et notamment au masque.

Ils notent que «depuis que le port du masque n'est plus obligatoire dans les lieux publics fermés, les répondants déclarent ne plus porter de masque ou le porter moins souvent: en extérieur pour 83% (vs 77% en mai), dans le cadre du travail pour 70% (vs 57% en mai), dans les lieux publics fermés pour 76% (vs 58% en mai), en présence de personnes âgées, fragiles ou vulnérables pour 58% (vs 44% en mai) et dans les transports en commun pour 61% (vs 23% en mai).»

En outre, interrogés sur leur intention de respecter les gestes barrières durant l'hiver qui vient, 52% des participants expliquent que s'ils ne portent pas de masques en cas de symptômes, ce serait «par oubli, on n'y pense pas forcément».

Dès lors que le masque n'est plus obligatoire dans les lieux publics clos, où faute de ventilation, les particules infectées ne sont pas évacuées, il revient à chacun et chacune de décider où et quand se masquer. Faisons le point.

Effort collectif

Commençons par une considération d'ordre collectif énoncée par le Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires (Covars) dans son rapport du 20 octobre. Il indique: «Les données de la littérature suggèrent que le port généralisé du masque dans la plupart des lieux publics avec une adhésion élevée pourrait permettre de réduire le nombre de reproduction R de l'ordre de 10%, voire 20%. Lorsque la croissance de l'épidémie est rapide (ex. R=1,5 ou 2), ce type de réduction de R pourrait être insuffisant pour stopper l'épidémie et faire passer R en dessous de 1. Néanmoins, un niveau de réduction de 10-20% peut ralentir la progression du virus dans la population, diminuer la taille du pic épidémique et donc réduire le stress sur le système de santé.»

C'est une considération intéressante, car elle souligne que l'effort collectif consistant à adopter cette mesure relativement simple qu'est le port du masque peut contribuer à réduire la propagation de l'épidémie de Covid-19. Elle pointe également le fait que c'est l'accumulation de mesures –selon le modèle de l'emmental– qui permet de limiter encore plus drastiquement la circulation virale.

Revenons à une échelle plus individuelle et posons-nous la question de quand porter le masque dans un contexte de forte circulation virale (tous virus respiratoires confondus) et où aucune mesure collective n'est prise pour améliorer la qualité de l'air –ni pour obliger au port du masque.

Le réflexe dès le moindre symptôme

Pour les experts avec qui nous avons échangé pour cet article, le b.a.-ba est de porter un masque –chirurgical ou encore mieux, FFP2, plus filtrant et qui semble mieux s'ajuster au visage– dès lors que l'on a des symptômes et ce, qu'importe si le virus circule beaucoup ou non: l'idée est ici de protéger les autres.

Jean-Michel Courty, professeur de physique à Sorbonne Université, explique: «Le masque assure une fonction de filtre. Par effet de diffusion, il est très efficace pour filtrer les plus petites particules et par effets d'inertie et d'interception, pour filtrer les plus grosses particules. Il est moins efficace pour filtrer les particules de taille moyenne –soit la taille des aérosols. Toutefois, même si ce n'est pas parfait, il permet de réduire le risque de transmission et la charge virale.»

Il ajoute: «Pour moi, la principale habitude à conserver est de porter un masque chirurgical dès lors que l'on a des symptômes, afin de protéger les autres. Il y a en effet une grosse dissymétrie entre celui qui émet et celui qui reçoit: celui qui émet produit des particules suffisamment grosses et pas encore dissoutes dans l'air. Le masque est efficace pour les filtrer.»

Protéger les personnes fragiles

Le Dr Michael Rochoy, médecin généraliste, partage son avis: «Dès lors que l'on est malade, il est évident qu'il faut réduire ses contacts et porter le masque.» Le fait que tous ces virus peuvent parfois être asymptomatiques mais non moins transmissibles font aller le médecin un peu plus loin dans ses recommandations a minima: «Il faut porter le masque même lorsque l'on n'a pas de symptômes dans tous les lieux clos et non aérés où l'on est potentiellement en contact avec des personnes malades et ou fragiles: cabinets médicaux, salles d'attente, hôpitaux, pharmacies…»

Sur cet aspect, il pourra également être pertinent de recommander le port du masque dès lors que l'on est en présence de nourrissons et tout-petits. Ces derniers ne sont pas vaccinés contre le Covid et n'ont pas encore eu le temps de développer leur système immunitaire, ce qui les rend plus vulnérables aux infections. En outre, le VRS est souvent asymptomatique ou très faiblement symptomatique chez les adultes.

Aujourd'hui, alors que la circulation virale est importante, ces recommandations devraient être élargies et le FFP2 préféré au masque chirurgical. Il ne s'agit pas seulement de protéger les autres, mais aussi de se protéger soi. Même si l'on ne s'estime pas à risque de forme grave, il y a au moins deux bénéfices à cela.

Penser aussi à soi

Le premier, c'est de se protéger soi-même. D'abord, de toutes les manières et tous virus confondus, c'est toujours une bonne idée de se prémunir d'une infection. Ensuite, parce que comme on l'a dit, le Covid-19 est plein de mauvaises surprises, avec le Covid long qui touche des personnes jusque-là en très bonne santé et ayant contracté une forme apparemment bénigne, mais gardant des séquelles cardiaques ou neurologiques.

Le second, c'est de contribuer à limiter la propagation du virus en évitant d'être soi-même vecteur. Cet acte solidaire et citoyen permet de soulager un peu le système de santé fortement encombré –qu'il s'agisse du cabinet de votre généraliste comme des urgences générales ou pédiatriques.

Quelles sont alors les situations les plus à risque? On pense bien sûr tout de suite aux transports en commun bondés, où l'air n'est pas renouvelé. On pense aussi à tous les lieux clos, que ce soit au travail ou lors des loisirs où le port du masque sera toujours très bienvenu dès lors qu'il est compatible avec l'activité –difficile de le recommander au restaurant ou dans les salles de sport, par exemple. Et on n'oubliera pas les écoles.

Sur ce point, Michael Rochoy tient à ajouter: «Il faut choisir: soit on investit dans des travaux et du matériel pour améliorer la qualité de l'air, soit on demande aux gens passant huit heures par jour dans les salles de classe de porter un masque. On ne peut pas ne rien faire et puis faire semblant de s'inquiéter de la surcharge du système de santé en ville et à l'hôpital à cause des viroses, Covid, VRS ou autres… On peut utiliser le masque comme un outil pour limiter les surcharges de services pédiatriques en effectifs insuffisants.»

Même dans l'ascenseur

Il existe d'autres situations particulièrement à risque. Olivier Moncorgé, virologue, explique: «On n'y pense pas toujours mais il y a aussi tous les espaces réduits non aérés, comme les ascenseurs ou certaines salles de réunion. Lorsque les gens en sortent, ils y laissent des particules en suspension potentiellement contaminantes.» On n'oubliera pas les toilettes, évidemment.

Tout en prônant le port du masque dans tous ces espaces, il convient de promouvoir, encore et toujours, l'aération, avec une bonne nouvelle liée à la baisse des températures, comme le développe Jean-Michel Courty: «Rappelons que la qualité de l'air est un aspect essentiel et qu'il est important de pouvoir le renouveler régulièrement en ouvrant les fenêtres. L'hiver, lorsqu'il fait froid dehors et chaud à l'intérieur, les échanges d'air sont plus rapides et il suffit d'ouvrir 5 minutes toutes les 30 minutes les fenêtres d'une salle de classe pour que l'air soit renouvelé.» Nous l'aurons compris: cet automne, le masque n'est pas que pour Halloween.

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