Sciences

La toxine du vomi de porc, clé du mystère d'une météorite martienne

Temps de lecture : 2 min

Une énigme vieille d'un siècle vient d'être résolue.

Les porcs ont été considérablement touchés par la propriété vomitive de cette toxine. | Kameron Kincade via Unsplash
Les porcs ont été considérablement touchés par la propriété vomitive de cette toxine. | Kameron Kincade via Unsplash

En 1929, la météorite Lafayette, roche martienne tombée sur Terre, était retrouvée dans un tiroir de l'Université Purdue, dans l'Indiana (États-Unis). Mais que faisait-elle ici? Personne n'en avait la moindre idée... jusqu'à ce qu'une scientifique de Glasgow (Écosse) établisse, près de cent ans plus tard, un lien étroit avec une toxine faisant vomir les cochons. La BBC revient sur la résolution d'un mystère vieux d'un siècle.

Selon une théorie, la météorite martienne aurait été apportée par un étudiant noir (précision d'importance) qui l'aurait vue atterrir dans un étang alors qu'il était en train de pêcher. Mais rien ne semblait confirmer cette hypothèse avant que Áine O'Brien, géochimiste à l'Université de Glasgow, ne débute des recherches après avoir reçu en 2020 une partie de la météorite se trouvant au Musée d'histoire naturelle de Londres.

À l'origine, l'objectif de l'expérience était d'effectuer une spectrométrie de masse pour obtenir des preuves concernant la possibilité d'une vie sur Mars. Mais il en a été tout autrement: «Nous nous sommes retrouvés avec une liste de centaines de composés chimiques différents. La plupart avait un nom très long et ennuyeux mais l'un d'entre eux a particulièrement retenu mon attention: la vomitoxine.»

O'Brien a par la suite découvert que ce composé était présent dans un champignon qui contamine les cultures céréalières comme le maïs, le blé et l'avoine. Or, en ingérant ces aliments à certains moments précis, des porcs avaient été considérablement touchés par la propriété vomitive de cette toxine.

L'enquête a véritablement débuté lorsque la géochimiste a mentionné la vomitoxine à son superviseur. «Il a suggéré que ce champignon pouvait affecter les cultures dans l'Indiana. Et il s'est avéré qu'il s'agissait d'un phénomène massif là-bas. C'est comme ça qu'est née cette investigation», raconte-t-elle.

De Glasgow à l'Indiana

Les archives concernant la prévalence du champignon dans le comté de Tippecanoe, dans l'Indiana, ont vite révélé qu'il avait provoqué des baisses significatives des rendements des cultures en 1919 et en 1927, les plus fortes jamais enregistrées dans les vingt années précédant 1931, date à laquelle Lafayette a été identifiée comme étant une météorite martienne.

Il ne restait plus qu'à savoir comment et par qui Lafayette avait été retrouvée. Et tout semblait concorder avec la théorie de l'étudiant.

Tout d'abord, les équipes se sont rapidement rendu compte que la poussière des cultures touchées avait pu transporter la vomitoxine dans les cours d'eau environnants. La météorite martienne avait donc pu être contaminée en tombant dans un étang, comme l'insinuait l'histoire.

Mais à quelle période? Lors de leur descente dans l'atmosphère terrestre, les météorites s'échauffent et provoquent une traînée de feu dans le ciel. L'équipe de recherche a alors répertorié les observations de boules de feu dans le sud du Michigan et le nord de l'Indiana. Bingo: un événement de ce type avait été signalé en 1919 et un second en 1927. Tout semblait coïncider.

En revanche, le mystère autour de l'identité de l'étudiant planait toujours. Au vu de l'état impeccable de la roche, les scientifiques en avaient déduit que cette dernière avait été ramassée peu de temps après sa chute, ce qui signifiait que l'individu était sur les bancs de l'université en 1919 ou 1927. Selon les annuaires des étudiants noirs inscrits à l'époque, quatre noms seulement y figuraient: Julius Lee Morgan, Clinton Edward Shaw, Hermanze Edwin Fauntleroy et Clyde Silance. Impossible, cependant, d'aller plus loin dans l'enquête –à l'heure actuelle, du moins.

«Cet échantillon de météorite nous a permis d'apprendre de nombreuses informations sur Mars. Donc, rien que pour cela, l'étudiant mérite le crédit, n'est-ce pas?», questionne Áine O'Brien. Même si l'identité de cet homme ne sera probablement jamais connue, la géochimiste est heureuse d'avoir pu comprendre comment cette météorite avait pu atterrir dans un tiroir.

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