Santé

Hier encore, j'avais 20 ans, aujourd'hui 55, c'est quoi ce scandale?!

Temps de lecture : 4 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] La carte Vermeil n'est plus très loin. La mort non plus. Bon anniversaire quand même, ducon!

Jusqu'ici, ma vie a été un naufrage absolu. | Gaelle Marcel via Unsplash
Jusqu'ici, ma vie a été un naufrage absolu. | Gaelle Marcel via Unsplash

Cette fois, la fête est définitivement finie. 55 balais aujourd'hui. Même en l'écrivant, je n'arrive pas à y croire: il ne peut s'agir de moi. Ce doit être une erreur, une grossière et colossale erreur. Je devrais porter plainte. Comment puis-je admettre que moi, oui moi, qui hier encore galopais insouciant sur les terrains de foot de mon enfance, j'en sois déjà arrivé aux portes de la vieillesse, réduit à compter avec effroi les maigres années qui me restent à vivre?

Si c'est une blague, elle doit être de très mauvais goût, une plaisanterie macabre qui à dire vrai ne m'amuse guère. 55 ans. Il y a encore un siècle, à cet âge, je serais déjà probablement mort ou sur le point de l'être. Même aujourd'hui, que puis-je espérer si ce n'est un rab d'une poignée d'années, une vingtaine, trente au grand maximum, autrement dit, trois fois rien? En fait, je dois être déjà mort mais personne ne m'a encore prévenu. C'est la seule explication qui vaille.

J'avoue, je suis choqué. Comment l'être que je suis peut-il accepter l'idée même d'être devenu un individu si âgé? Bientôt, je pourrai prétendre à une carte Vermeil. Dans les statistiques, on me catégorisera comme senior. Quand autour de moi –enfin si d'ici là je ne suis pas devenu tout à fait sourd– j'entendrai parler de retraite, de fin de vie, de suicide assisté, de soins à domicile, de fardeau pour la société, de péril pour la jeunesse, c'est de moi dont on parlera. Impensable.

Déjà l'autre jour, prévenant, mon médecin m'a conseillé de me faire vacciner contre la grippe. J'ai failli lui en coller une. Et pourquoi pas des suppositoires contre l'arthrite aussi? Si je suis arrivé à un âge où je ne peux pas affronter l'arrivée d'une grippe sans l'aide d'un vaccin, autant me piquer tout de suite. J'appréhende le jour où un petit con, du haut de ses 13 ans, dans un bus bondé, se lèvera de son siège pour obséquieusement me laisser sa place. Je ne le supporterai pas. Je me défenestrerai direct.

Heureusement que je n'ai pas eu d'enfants! À cette heure, je pourrais être grand-père. Vision cauchemardesque sur laquelle je ne veux pas m'étendre; c'est au-dessus de mes forces. Mais déjà quand on me demande mon âge, à la mairie, à la banque, lors d'un dîner, au milieu d'une orgie, en écoutant ma réponse, je sens dans le regard de mon interlocuteur poindre comme un début de commisération, l'idée que pour moi la fin du chemin n'est désormais plus très loin –une affaire d'années.

Moi qui me croyais immortel, je me découvre fragile comme un oisillon sans défense. J'ai beau être en relative bonne santé, j'arrive dans ces territoires incertains où sans crier gare, d'une seconde à l'autre, on peut passer de vie à trépas. Une crise cardiaque est si vite arrivée. Une artère qui se bouche. Un AVC. N'importe quoi. Un cancer foudroyant. Je suis en sursis. Certes je l'étais avant –nous le sommes tous, n'est-ce pas?– mais c'était une vague possibilité, une très lointaine éventualité, devenue avec l'empilement des années une chose plausible voire certaine –un jour, je crèverai.

Maintenant, quand j'apprends qu'untel a succombé à une crise cardiaque à l'aĝe de 62 ans, je sursaute d'effroi –lui, c'est moi, moi c'est lui. Tout juste si je n'appelle pas les pompes funèbres pour convenir en toute urgence d'un rendez-vous. Quid de mes capacités cognitives? Sont-elles déjà sur le déclin? Suis-je déjà gâteux au point d'être incapable de m'en rendre compte? Devrais-je commencer à solliciter ma mémoire afin de lutter contre son érosion? M'abonner au Figaro et remplir chaque matin ma grille de mots croisés? M'exercer au calcul mental? Tâcher de me souvenir comment se nommait mon institutrice ou citer un par un les glorieux joueurs stéphanois qui ont participé à la finale de Glasgow?

En toute logique, je devrais aussi rédiger mon testament mais fort heureusement, de ce côté-là, je n'ai aucun souci à me faire: ne jouissant d'aucun bien, je n'ai rien à léguer, absolument rien. Ni voiture, ni maison, ni actions boursières, ni boutons de manchette, ni montre en or, ni yacht. Rien. Le néant. Le plat pays. Autant dire que ma vie a été un sinistre échec. Cinquante-cinq années au compteur et absolument rien à déclarer. Comment ai-je pu être aussi improductif, aussi pathétique, un misérable avorton sans résidence secondaire, sans crédit à rembourser, sans maîtresse à entretenir? À se demander si j'ai réellement vécu.

Sans enfant ni patrimoine, c'est comme si ma vie n'avait pas vraiment existé. Oh j'ai bien écrit quelques romans mais franchement, hormis mes éditeurs et une poignée de lecteurs, qui s'en soucie vraiment? Quant à ces chroniques dont celle-ci, elles existent seulement par le biais de quelques lobbys qui ont conditionné leur aide financière à ma présence parmi la rédaction de ce journal. Sans quoi, j'écrirais aujourd'hui des réclames pour vanter les atouts d'une crème hémorroïdaire ou d'une bombe anti-moustiques.

Il faut en convenir. Jusqu'à aujourd'hui, ma vie a été un naufrage absolu. Au moins le Titanic aura accompli quelques centaines de milles avant de sombrer tandis que moi, c'est comme si j'étais resté à quai depuis le jour de ma naissance: je n'ai jamais gagné la haute mer, j'ai coulé à pic en rejoignant les fonds marins où gisent les incapables de mon espèce.

55 ans.

Une éternité.

Un souffle.

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