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Pouvoir accru de Xi Jinping, exfiltration de Hu Jintao: ce qu'il s'est passé au XXe congrès du PCC

Temps de lecture : 8 min

Sans surprise, le dirigeant chinois a été réélu à l'unanimité, samedi 22 octobre, pour un troisième mandat de secrétaire général, rompant avec une règle édictée en 1982.

Les membres du comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois Li Qiang, Zhao Leji, Wang Huning, Can Qi et Li Xi, suivent le président Xi Jinping à l'Assemblée nationale du peuple, à Pékin, le 23 octobre 2022. | Kevin Frayer / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP
Les membres du comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois Li Qiang, Zhao Leji, Wang Huning, Can Qi et Li Xi, suivent le président Xi Jinping à l'Assemblée nationale du peuple, à Pékin, le 23 octobre 2022. | Kevin Frayer / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP

«Osez-vous battre pour la victoire! Travaillez dur pour aller de l'avant!» Tels sont les mots prononcés par Xi Jinping samedi 22 octobre, à la fin du XXe congrès du Parti communiste chinois (PCC). Les votes unanimes des 203 membres du comité central venaient de confirmer, sans surprise, que le lendemain, il serait reconduit pour un troisième mandat de secrétaire général.

Pourra-t-il être à nouveau désigné à ce poste pour un quinquennat 2027-2032, et même au-delà? Ce n'est pas précisé, mais c'est probable. Pour l'instant, l'élection du 22 octobre lui permet de demeurer président de la Commission militaire centrale et donc d'être le commandant en chef de l'armée chinoise. Et en mars prochain, il est assuré d'être réélu président de la République populaire de Chine, lors de la réunion annuelle de l'Assemblée nationale populaire.

Li Qiang, un très probable
futur Premier ministre

En n'abandonnant pas son poste au bout de deux mandats de cinq ans, Xi Jinping, 69 ans, rompt avec une règle édictée en 1982. Deng Xiaoping et nombre de dirigeants qui l'entouraient ayant été écartés du pouvoir, humiliés et parfois emprisonnés pendant la révolution culturelle lancée par Mao Zedong (1966-1976), ils jugeaient essentiel d'empêcher que ne se reproduise un épisode de dirigisme absolu, comparable au maoïsme: le Grand Timonier avait en effet, jusqu'à sa mort en 1976, éliminé toutes les oppositions.

En modifiant la Constitution du parti en 2018 pour lui permettre de rester au pouvoir, Xi Jinping a donc officiellement mis fin aux précautions adoptées il y a quarante ans.

Dimanche 23 octobre, Xi Jinping s'est présenté devant la presse en compagnie des six personnages qui vont, à ses côtés, constituer la plus haute instance du régime en Chine: le comité permanent du bureau politique. Parmi ces six hauts dignitaires, il en est un qui remplacera Li Keqiang au poste de Premier ministre. Ce pourrait être Li Qiang, 63 ans, qui jusqu'ici était secrétaire du Parti communiste de Shanghai, ou Zhao Leji, 65 ans, qui, à la tête de la commission d'inspection disciplinaire, a dirigé la lutte contre la corruption.

Toutes ces affectations aux plus importants postes du PCC trouvent leurs racines formelles dans le rituel politique que constitue, tous les cinq ans, le congrès du Parti communiste. Du 16 au 22 octobre, 2.296 délégués, venus de toutes les régions de Chine, y ont participé, dont près d'un quart portaient des uniformes de l'armée.

Ceux qui ne représentaient pas Pékin étaient répartis dans de nombreux hôtels de la capitale. Chaque matin, des bus les ont amenés place Tian'anmen, tandis que les hauts responsables du parti arrivaient dans des automobiles noires, souvent de marque allemande, conduites par un chauffeur. Tous ces membres du congrès ont ensuite quotidiennement monté les marches de l'Assemblée nationale populaire, un bâtiment monumental dont la construction a commencé en 1959 avec des architectes russes, avant que les Chinois ne terminent les travaux seuls en raison de la brouille sino-soviétique de 1960.

Une humiliante exfiltration

Il est impossible de connaître le contenu précis des discussions qui ont lieu au cours des réunions à huis clos des congrès chinois. Mais, à l'évidence, l'objectif des dirigeants du PCC est de présenter aux délégués les positions de la Chine pour les cinq ans à venir. Des positions fixées, au nom du «centralisme démocratique», par la direction du parti.

Elles feront par la suite l'objet de séances d'information dans les cellules communistes installées dans toutes les villes, entreprises, régiments ou administrations. Au moment du congrès, il ne s'agit pas de laisser s'exprimer des contestations mais, au contraire, d'obtenir une unanimité sur toutes les politiques décidées.

Le 16 octobre, Xi Jinping avait déclaré qu'il avait dû «reprendre en main […] un Parti communiste affaibli et corrompu». De telles déclarations ont probablement déplu à Hu Jintao.

Tout est donc minutieusement mis en place et organisé. Et il est tout à fait inédit que le 22 octobre, alors qu'allait être annoncée la composition du nouveau comité central et que la presse chinoise et internationale était autorisée à assister à l'événement, le prédécesseur de Xi Jinping, Hu Jintao (2002-2012), assis à la gauche du président, ait été sorti de la tribune officielle.

Un garde est brusquement venu le soulever de sa chaise, alors qu'il n'avait visiblement aucune intention de se lever, avant qu'un deuxième homme n'arrive. Le dossier qu'il tentait d'emporter lui a également été retiré des mains. Hu Jintao a réussi à dire quelques mots à Xi Jinping, puis à donner une tape amicale sur l'épaule du Premier ministre Li Kejiang, avant d'être fermement entraîné vers les coulisses du congrès, tandis que les dirigeants assis à la table officielle préféraient ne pas regarder dans sa direction.

Cette scène a largement été filmée et photographiée par les journalistes présents dans la salle, y compris par la télévision chinoise, qui l'a retransmise en direct mais a toutefois évité de la rediffuser lors du journal télévisé de 19h. Dans la soirée, l'agence officielle Xinhua a expliqué que l'ancien dirigeant «ne se sentait pas bien» et que «son équipe, pour sa santé, l'a accompagné dans une salle adjacente pour se reposer», ajoutant: «Maintenant, il va beaucoup mieux.»

Ce genre d'affirmations ne peut expliquer le traitement qui a été réservé à Hu Jintao. Au premier jour du congrès, le 16 octobre, Xi Jinping l'avait aidé à s'asseoir à côté de lui. Mais le numéro un du PCC avait ensuite déclaré que lorsqu'il était arrivé au pouvoir en 2012, il avait dû «reprendre en main […] un Parti communiste affaibli et corrompu». De telles déclarations ont probablement déplu à Hu Jintao.

De plus, il devait savoir qu'aucun de ses proches n'avait été désigné pour occuper des fonctions importantes au sein du parti. Notamment Li Keqiang, qui va quitter le poste de Premier ministre sans recevoir d'autre affectation, même honorifique. Si Hu Jintao a exprimé son mécontentement sur ce point et peut-être également sur les orientations actuelles de Xi Jinping, il est possible que celui-ci ait décidé de lui répliquer de façon parfaitement humiliante.

Toute opposition à Xi enfreint
les statuts du parti

Après cette éviction brutale et spectaculaire d'un ancien numéro un, les 2.296 délégués du congrès ont voté à l'unanimité une phrase qui intègre à la charte du Parti communiste le «rôle central» de Xi Jinping, rôle qui devra «être défendu au sein du comité central du parti, et du parti dans son ensemble».

Sur un autre sujet, Taïwan, la position de Xi Jinping est immédiatement officialisée. Dans son discours à l'ouverture du congrès, il avait déclaré que la Chine «ne renoncerait jamais à l'usage de la force» et se réservait «la possibilité de prendre toutes les mesures nécessaires» pour réunifier la mère patrie. Le 22 octobre, le congrès a encore renforcé cette affirmation en indiquant que le PCC «s'oppose résolument aux séparatistes qui cherchent à obtenir l'indépendance de Taïwan». Toute opposition à Xi Jinping enfreint donc les statuts du Parti, le monde est prévenu.

Le gouvernement taïwanais n'a pas tardé à répondre, affirmant la nécessité que «la nouvelle direction du Parti communiste chinois renonce à son ancienne mentalité d'invasion» ​et résolve les différends «par des moyens pacifiques, équitables et réalistes».

L'objectif d'autonomie technologique

Ce XXe congrès marque un renforcement du pouvoir de Xi Jinping et de ceux qui lui sont proches. Il est loin d'un congrès comme celui de 1982, où Deng Xiaoping tenait essentiellement à lancer une politique de réforme et d'ouverture de la Chine. Depuis, tous les cinq ans, une volonté de développement économique a été affichée par le Parti communiste chinois, sur un marché libéralisé.

Résultat, en 2010, la Chine est devenue, derrière les États-Unis, la deuxième puissance économique au monde. Fort de cet acquis, Xi Jinping est visiblement passé à une autre phase de la modernisation chinoise, où cette dernière doit être conciliée avec la priorité de «maintenir la direction du Parti communiste».

L'objectif annoncé est un doublement du PIB d'ici à 2035, avant que le pays soit «au premier rang du monde» en 2049, année où sera célébré le centenaire de la République populaire de la Chine. Le secrétaire général n'a pas parlé des conséquences économiques de la politique zéro Covid, pas plus de la crise immobilière qui se propage dans le pays. Et il n'a pas abordé les difficultés qu'entraîneront, à terme, un endettement excessif de la population, ou encore une démographie chinoise vieillissante.

Xi Jinping n'a pas non plus cité le ralentissement actuel de l'économie, mais il a insisté pour que la demande intérieure stimule la croissance et pour que la Chine atteigne un haut niveau «d'autonomie technologique». Il est essentiel pour Xi Jinping que le pays parvienne à être moins dépendant des technologies occidentales. Dans ce but, une priorité va être mise sur l'éducation et la science. Sur ce point Xi Jinping a conclu: «Nous gagnerons résolument la bataille dans les technologies de base clés.»

En tout cas, aucun effort particulier n'a été fait pour donner de la Chine une image de grand pays pacifique. Le PCC semble considérer qu'une forme d'hostilité s'exprime désormais à l'égard du pays. Mais dimanche, devant la presse, Xi Jinping estimait que «tout comme la Chine ne peut se développer en s'isolant du monde, le monde a besoin de la Chine pour son développement».

«Destituez le dictateur Xi Jinping»

Les travaux de ce XXe congrès ont été largement couverts par les médias chinois. Mais le 13 octobre, tandis que la police de Pékin sécurisait la ville, un incident surprenant est survenu. À l'ouest de Pékin, sur le pont Sitong qui surplombe un boulevard périphérique très fréquenté, Peng Lifa, un manifestant, a déployé deux draps. Sur l'un était écrit: «Nous ne voulons pas de tests Covid, nous voulons manger; nous ne voulons pas de confinement, mais être libres, […] ne plus être des esclaves, mais être des citoyens.» Et sur l'autre: «Étudiants, travailleurs, peuple [...], destituez le dictateur Xi Jinping.»

Une pareille démonstration de liberté d'expression est rarissime en Chine. Des photos prises par les automobilistes et par des habitants du quartier ont largement été diffusées sur les réseaux sociaux chinois, avant que la police ne les censure en même temps qu'elle retirait les banderoles. Mais Peng Lifa avait également publié, sur le site Researchgate, un manifeste dans lequel il donnait son nom et ses coordonnées. Depuis, de nombreux internautes tentent de lui éviter des représailles et certains ont même lancé une cagnotte en ligne pour lui permettre de payer ses probables frais de justice.

De son côté, la police pékinoise indique que «rien d'anormal» ne s'est passé sur le pont Sitong tandis que, pendant toute la durée du XXe congrès du PC, il a été interdit aux commerçants de Pékin de vendre des bandes de tissu de plus de 2 mètres... Par ailleurs, ceux qui ont publié des photos des banderoles de Peng Lifa sur les réseaux sociaux chinois se plaignent désormais que leurs comptes soient bloqués. Quant à Peng Lifa lui-même, il a été arrêté et ses voisins ne l'ont pas revu.

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