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Midterms 2022: que se passera-t-il si Joe Biden perd sa majorité en novembre?

Temps de lecture : 6 min

Malgré le retour en force du parti présidentiel dans les enquêtes d'opinion depuis le mois d'août, le Parti républicain est en mesure de ravir au moins l'une des deux chambres du Congrès le 8 novembre.

Historiquement défavorables au président en place, les élections de mi-mandat ne devraient pas échapper à la règle. | Element5 Digital via Pexels
Historiquement défavorables au président en place, les élections de mi-mandat ne devraient pas échapper à la règle. | Element5 Digital via Pexels

Le 8 novembre prochain, les États-Unis vont vivre une nouvelle grande journée électorale, avec le scrutin de mi-mandat 2022. Ce jour-là, les citoyens américains seront appelés aux urnes pour décider de la composition des deux chambres du Congrès qui détiennent le pouvoir législatif et dictent une grande partie de la politique du pays.

Au Sénat, dont les membres sont élus pour six ans, un tiers des sièges est renouvelé tous les deux ans, soit trente-cinq cette année, dont vingt-et-un détenus par le Parti républicain et quatorze par le Parti démocrate. À la Chambre des représentants, où les élus bénéficient d'un mandat de deux ans, la totalité des sièges est en jeu.

Historiquement défavorables au président en place, les midterms du mois prochain ne devraient pas échapper à la règle. Malgré le retour en force de Joe Biden et sa majorité depuis le mois d'août dans les enquêtes d'opinion, les Républicains sont en mesure de ravir au moins l'une des deux chambres aux Démocrates, si l'on en croit les différents agrégateurs de sondages. Quelles en seraient les conséquences?

Un blocage total ou partiel

La principale conséquence d'une reprise d'une des chambres du Congrès par l'opposition serait la mise sur pause des ambitions de la Maison-Blanche. Avec la polarisation accrue de la politique aux États-Unis et l'approche de la prochaine élection présidentielle en 2024, le Parti républicain pourrait être tenté de poursuivre sa stratégie de blocage permanent, notamment si la part des élus étiquetés trumpistes s'accroît.

Au cours des deux dernières années, Joe Biden n'a pu compter que sur sa courte majorité pour faire passer son plan de relance Covid-19 (American Rescue Plan) de 1.900 milliards de dollars, soit 1.600 milliards d'euros, et son plan climat historique (Inflation Reduction Act) de 550 milliards de dollars. Seule la loi de modernisation des infrastructures (Infrastructure Investment and Jobs Act) et celle visant à booster la production de semi-conducteurs (Chips Act) ont pu être adoptées, parfois de justesse, grâce à des ententes bipartisanes.

En cas de perte de majorité, les Démocrates ne pourront plus agir sur les droits sociaux, l'avortement, le mariage homosexuel ou encore le droit de vote. Tout un pan du programme Build Back Better de Joe Biden se retrouverait dans les cartons pour les deux prochaines années, en attendant une éventuelle reprise en main du Congrès par la gauche lors de prochaines élections, à moins d'accords a minima avec la nouvelle majorité.

Mais le pire scénario pour les Démocrates –une grande vague rouge à la Chambre des représentants et au Sénat offrant la possibilité aux Républicains de contourner le veto présidentiel pour mettre en place leur programme– n'arrivera pas.

Politique spectacle

Si les Démocrates deviennent minoritaires, le blocage législatif s'accompagnera probablement d'un triste spectacle politique. Plusieurs Républicains d'extrême droite proches de Donald Trump ont déjà prévenu qu'en cas de victoire, ils lanceraient tout un tas d'enquêtes sur plusieurs personnalités médiatiques, telles que le docteur Anthony Fauci, le M. Covid américain, ou Hunter Biden, le fils du président, et sur divers sujets tels que les origines du Covid-19 ou le retrait d'Afghanistan.

Les plus radicaux des radicaux, comme la représentante de Géorgie Marjorie Taylor Greene, proche de la mouvance complotiste Qanon, souhaitent même qu'une procédure de destitution soit enclenchée contre Joe Biden, sans réel motif. Tout ce show n'a qu'un seul objectif: satisfaire à tout prix la base la plus extrémiste du Parti républicain, quitte à polariser un peu plus la société américaine.

Seuls deux conservateurs ont accepté de participer à la commission d'enquête parlementaire, au prix d'un harcèlement continu.

Ce probable futur remue-ménage n'inquiète pas la Maison-Blanche. L'exécutif estime qu'une telle stratégie desservirait les conservateurs lors de l'élection présidentielle 2024 et renforcerait le camp démocrate.

«Cela pourrait faire bien auprès de la base, et cela va donner à Matt Gaetz [représentant de Floride, proche de Donald Trump, ndlr] et Marjorie Taylor Greene quelque chose de génial à dire sur leurs réseaux sociaux, mais cela ne convaincra pas les femmes des banlieues du Michigan, du Wisconsin et de la Pennsylvanie», confie un proche de l'administration Biden à Politico. Si l'on ajoute une nouvelle candidature de Donald Trump, l'image du Grand Old Party (GOP) pourrait se détériorer un peu plus.

Le clap de fin de la commission d'enquête parlementaire

Après la tentative de renversement de l'élection par Donald Trump et l'attaque contre le Capitole le 6 janvier 2021, la Chambre des représentants, contrôlée par les Démocrates, a mis sur pied une commission d'enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur cette période sombre.

De multiples auditions publiques et privées ont pu déterminer le rôle de l'ancien président lors de ces événements et conclure qu'il s'agissait bel et bien d'une tentative de coup d'État, dont il fut le principal moteur. Tous ses agissements et ceux de ses alliés ont pu être documentés et retracés, ce qui pourrait entraîner son inculpation par le ministère de la Justice pour entrave démocratique.

Seuls deux représentants conservateurs ont accepté de participer à cette commission, composée de neuf élus, au prix d'un harcèlement continu et de violentes attaques du camp «Make America Great Again».

Peu populaire auprès de l'électorat conservateur et trumpiste, cette commission sera démantelée en janvier prochain si les Républicains reprennent le contrôle de la Chambre en novembre, malgré la volonté de ses membres de poursuivre leur travail. Au courant de cette possibilité depuis le premier jour, ils ont toutefois déjà réalisé l'essentiel de l'enquête. Un rapport complet devrait donc être publié avant la fin d'année.

Un soutien à l'Ukraine
plus contesté?

Ces élections de mi-mandat seront également très scrutées du côté de Kiev, de Moscou et de Bruxelles, puisque c'est le Congrès qui a le pouvoir de débloquer les fonds nécessaires pour soutenir l'économie de l'Ukraine et la résistance armée.

Près de 65 milliards de dollars l'ont été jusqu'ici, ce qui a permis d'armer massivement le pays de Volodymyr Zelensky et de repousser les multiples offensives russes. Les trois paquets d'aides ont été approuvés très majoritairement dans les deux chambres. Pour le dernier, voté en septembre, seuls 57 représentants et 11 sénateurs républicains –sur un total de 535 élus au Congrès– ont voté contre.

Ce soutien devrait pouvoir se poursuivre si la frange plus classique du parti maintient son influence. Cependant, les mouvements proches de l'alt-right et des milieux conspirationnistes ne masquent absolument pas leur penchant pour le Kremlin depuis février dernier et le début de l'invasion de l'Ukraine, et feront pression pour réduire ou conditionner les montants si les candidats qu'ils soutiennent sont élus en nombre.

Ces derniers, comme Donald Trump, accusent régulièrement les Démocrates de dépenser trop pour l'Ukraine et d'être responsables du prolongement de la guerre, voire de celle-ci.

L'enjeu de la Cour suprême

La composition de la plus haute instance judiciaire américaine, la Cour suprême, dépend du président pour les nominations et du Sénat pour les confirmations. Lorsque le juge conservateur Antonin Scalia est mort en février 2016, les sénateurs républicains ont refusé d'auditionner le candidat-remplaçant nommé par Barack Obama et bloqué le processus jusqu'à l'élection, arguant qu'il était préférable de ne rien faire en pleine année électorale.

Cette nouvelle stratégie, sortie du chapeau du sénateur du Kentucky, Mitch McConnell, a permis de retarder l'échéance et offert l'opportunité à Donald Trump de procéder à la nomination après sa victoire sur Hillary Clinton, et donc de renforcer la domination conservatrice à la Cour suprême. Sans surprise, les Républicains l'ont abandonnée après le décès de la juge progressiste Ruth Bader Ginsburg, remplacée à quelques jours de l'élection présidentielle 2020.

La Maison-Blanche et les Démocrates pourraient une nouvelle fois connaître cette situation si un juge venait à mourir ou à démissionner, et qu'ils ne contrôlaient plus la chambre haute. Un problème qui se poserait aussi pour les confirmations de juges fédéraux, ô combien importants et puissants aux États-Unis.

Chantage à la dette

La dette sera vraisemblablement utilisée par le GOP pour exercer chantage et pression sur le Congrès. Plusieurs élus conservateurs souhaitent conditionner le relèvement du plafond de celle-ci à d'importantes coupes budgétaires dans les programmes sociaux. En cas d'échec dans les négociations, le gouvernement fédéral n'aurait plus les moyens de payer ses factures, ce qui entraînerait le premier défaut de paiement de l'histoire des États-Unis.

Militaires, retraités ou bénéficiaires d'aides sociales se verraient dès lors couper les vivres. Si le blocage venait à perdurer, faillites et licenciements pourraient intervenir à la chaîne. Un jeu dangereux qui plongerait le pays dans une grave crise économique.

Face au précipice, ressurgirait certainement l'idée folle de la création d'une pièce d'une valeur de 1.000 milliards de dollars par le Trésor américain et son stockage dans un coffre de la banque centrale (FED). Difficile, cependant, d'imaginer la suite de l'histoire tant tout cela serait inédit.

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