Santé

Soigne ta chatte: petit précis d'hygiène vulvaire

Temps de lecture : 5 min

Entre tabou et fantasmes, manque d'éducation et conseils douteux d'influenceuses, le b.a.-ba de l'hygiène intime féminine reste méconnu. Pourtant, les règles ne sont pas très compliquées. 

Au quotidien, on évite le décapage et on utilise un savon à pH neutre. | Timothy Meinberg via Unsplash
Au quotidien, on évite le décapage et on utilise un savon à pH neutre. | Timothy Meinberg via Unsplash

Aujourd'hui, l'hygiène intime est tiraillée entre deux aspects. D'un côté, la persistance des tabous qui entourent la zone périnéale. De l'autre, une volonté de libération de la vulve et des discours qui y ont trait, avec des rayons rose bonbon entiers dans les parapharmacies et des posts Instagram tous plus dangereux les uns que les autres –vous vous rappelez de la tendance «ail dans le vagin» pour lutter contre les mycoses?

Entre les deux, une zone floue, celle de toutes les personnes à vulve qui font ce qui leur semble le plus logique pour prendre soin de cette partie de leur anatomie. Selon une étude Edelman Intelligence pour Mylan parue en septembre 2019, 68% d'entre elles en réalisent la toilette au moins une fois par jour et 20% au moins une fois par semaine. Mais le font-elles correctement?

Nous avons échangé avec Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue et directeur médical de la plateforme Mia.co. «Il n'y a pas grand-chose à savoir, mais il faut bien le savoir», annonce-t-il d'emblée. Détaillons.

Toilettes et toilette

Premier point: le passage aux toilettes. Là, il s'agit simplement de s'essuyer d'avant en arrière, afin d'éviter de ramener des bactéries de l'anus vers l'urètre et le vagin, au risque de développer cystite et/ou vaginite. Pour le PQ, on évite les fioritures en le choisissant doux et non parfumé. Envie d'un peu de fraîcheur au cours de la journée avec des lingettes? «Pas de problème si ce sont des lingettes prévues à cet effet et à condition de se rincer en fin de journée», indique Gilbert Bou Jaoudé.

Ceci nous amène tout naturellement à la toilette. En dehors de la période des règles où on peut se laver deux fois par jour, celle-ci se fait une fois par jour, ni plus ni moins, et ce même si on ne prend pas une douche ou un bain quotidien (notre volonté de faire preuve de sobriété énergétique va-t-elle réhabiliter les bidets? Peut-être, pour le bien de nos chattes et de la planète). Et pour le timing? «Plutôt en fin de journée», conseille le médecin sans pour autant être définitif.

Parlons savon maintenant. L'idée est de miser sur la simplicité et de viser des produits adaptés et à pH neutre. «Le vagin a un pH à 3.5-4», explique Gilbert Bou Jaoudé. «Utiliser un savon à pH neutre permet de ne pas tuer les bonnes bactéries essentielles à la flore vaginale» et ainsi d'éviter mycoses et autres joyeusetés.

Dans le même ordre d'idées, il faut se garder de tout décapage, c'est-à-dire que l'on utilise sa main en douceur et que l'on évite les gants de toilette et autres fleurs de douche, qui abrasent et peuvent retirer les bonnes bactéries, voire créer des micro-lésions.

«Si vous voulez améliorer le goût et l'odeur de votre vulve, il suffit de consommer des fruits acidulés, et de limiter la viande et les aliments qui sentent le souffre, comme les oignons.»
Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue

Après avoir appliqué le savon, on rince en douceur et basta: pas la peine d'ouvrir les lèvres ou d'essayer de nettoyer au-delà de la vulve, car le vagin a un système d'autonettoyage très performant qu'il ne faut pas déréguler. Pour les accros au bain, c'est simple: on rince avec un jet d'eau léger –plus puissant, il a d'autres intérêts (wink wink), mais ce n'est pas le sujet.

Enfin, séchage obligatoire, mais toujours en douceur avec une serviette propre et en tamponnant délicatement. Et ensuite?

Ensuite, c'est tout. «Il faut éviter les déodorants ou les parfums pour la vulve», insiste Gilbert Bou Jaoudé. «Si vous voulez améliorer le goût et l'odeur de votre vulve, il suffit de consommer des fruits acidulés, et de limiter la viande et les aliments qui sentent le souffre, comme les oignons.» Tournée générale de groseilles, donc. (Notons que si l'odeur change vraiment et que les sécrétions ont une apparence inhabituelle, il vaut mieux consulter car cela peut être dû à une infection.) Éventuellement, si sécheresse ou picotements il y a, l'utilisation d'un lubrifiant ou d'une crème/lotion hydratante prévue à cet effet est possible.

Coton et serviettes

Après le lavage, parlons sous-vêtements: l'idéal est de privilégier le coton et de réserver le synthétique aux occasions spéciales. Idem pour dormir: coton et surtout, tenues un peu larges sont recommandées. Exit strings et leggings, bonjour shorties et pantalons comfy.

Venons-en aux protections. Pour ce qui est des protège-slips en dehors des menstruations, ils n'ont pas d'intérêt particulier, reviennent cher et ne sont pas des plus écologiques. Mais si c'est votre truc, changez-en dans la journée. Dans tous les cas, dès lors que les pertes changent d'aspect, qu'elles deviennent plus épaisses, jaunâtres ou verdâtres, on consulte.

Pour ce qui est des protections périodiques, on privilégie celles à usage externe –serviettes, culottes menstruelles…– aux tampons et autres cups susceptibles, même si c'est assez rare, de créer des infections voire des chocs toxiques. On mise sur la simplicité en évitant les produits parfumés et en privilégiant coton et gammes hypoallergéniques.

Ensuite, c'est bien connu, les chattes craignent l'eau froide –surtout à la mer ou à la piscine.

Après un bain de mer, avec une eau salée qui a tendance à assécher les muqueuses, on rince bien et on n'hésite pas à utiliser un lubrifiant une fois la zone bien séchée –rappelez-vous: laisser macérer, c'est ouvrir grand la porte (ou les lèvres) aux mycoses, car les champignons prospèrent dans les endroits sombres et humides.

De son côté, l'eau de la piscine, pleine de chlore à visée désinfectante, a tendance à décaper et à déséquilibrer la flore vaginale. Là aussi, rincer est nécessaire, quitte à se contorsionner un peu pour faire ça discrètement sous la douche.

Avant le sexe, lavage des mains obligatoire

Last but not least, abordons la question de l'hygiène intime autour des rapports sexuels. Si se laver intégralement avant n'a absolument rien de nécessaire –32% des femmes le font cependant–, le lavage des mains (et des sextoys, cela va sans dire) est quant à lui obligatoire pour les deux partenaires. Et le coupage ou limage des ongles est vivement recommandé, au risque de créer des micro-fissures ou micro-lésions durant les caresses.

Question caresses mais aussi pénétration, la seule règle est d'éviter de passer de l'anus au vagin, pour les mêmes raisons que l'on s'essuie d'avant en arrière. Alors oui au doigt dans le cul et à la sodomie, mais plutôt en fin de partie.

Enfin, s'il est conseillé d'uriner après les rapports afin d'éviter les cystites –59% des femmes le font–, pas besoin de foncer aux toilettes dès le rapport terminé: «Du moment que la personne urine dans les deux heures qui suivent, c'est bon, explique Gilbert Bou Jaoudé. Il n'est en revanche pas médicalement préconisé de se laver après un rapport sexuel, sauf si vous avez utilisé un lubrifiant parfumé» ou tout autre produit ou aliment susceptible d'agresser la muqueuse.

Pour résumer, en matière d'hygiène vulvaire: keep it simple et ne décapez pas.

Newsletters

Pourquoi le trajet domicile-travail vous fait (malgré tout) du bien

Pourquoi le trajet domicile-travail vous fait (malgré tout) du bien

Ce peut être un plus insoupçonné pour votre santé mentale.

Morsure de chauve-souris, fuite de laboratoire... Ce qu'on sait aujourd'hui de l'origine du Covid-19

Morsure de chauve-souris, fuite de laboratoire... Ce qu'on sait aujourd'hui de l'origine du Covid-19

Loin d'être un domaine réservé aux conspirationnistes, la recherche des origines de la pandémie met en lumière des failles dans notre système sanitaire.

Il faut cesser de parler de «pervers narcissique» à tort et à travers

Il faut cesser de parler de «pervers narcissique» à tort et à travers

Sur TikTok, nombre d'experts autoproclamés dressent le portrait-robot de la personne atteinte de TPN. Mais la réalité est un peu plus complexe que cela.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio