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XXe congrès du Parti communiste chinois: Xi Jinping à l'heure du bilan avant un troisième mandat

Temps de lecture : 7 min

S'il n'est pas sûr que le maintien au pouvoir du chef d'État soit du goût de tous, il est très improbable qu'une voix s'élève contre lui à l'occasion de cette vaste réunion politique s'ouvrant dimanche 16 octobre.

Le président Xi Jinping, lors du XIXe congrès du Parti communiste chinois, au Palais du peuple, à Pékin, le 18 octobre 2017. | Lintao Zhang / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP
Le président Xi Jinping, lors du XIXe congrès du Parti communiste chinois, au Palais du peuple, à Pékin, le 18 octobre 2017. | Lintao Zhang / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP

Au pouvoir depuis soixante-treize ans, le Parti communiste chinois (PCC) tient un congrès à Pékin tous les cinq ans. C'est ainsi ce dimanche 16 octobre que doit s'ouvrir la vingtième édition de cette vaste réunion politique, prévue pour durer une dizaine de jours. Mais il ne s'agira pas d'y débattre des orientations politiques et économiques: celles-ci sont déjà fixées.

Depuis près d'un semestre, certains dirigeants ont pu exprimer, avec prudence et au cours de délibérations le plus souvent secrètes, leurs points de vue sur le fonctionnement du parti et les actions qu'il pourrait mener. Peut-être que certaines de leurs remarques ont été retenues. En tout cas, la démarche était cette année facilitée par une possibilité de dialogue en ligne.

Cependant, pour l'essentiel, l'ordre du jour de ce congrès a été déterminé –au nom du principe marxiste de centralisme démocratique– par la direction du parti. La ligne que va suivre la Chine jusqu'au congrès suivant, prévu en 2027, a ainsi été mise au point par les vingt-deux membres du bureau politique, assistés de hauts fonctionnaires. Tout ce qu'ils proposent étant surveillé de près, arbitré et parfois initié par le secrétaire général Xi Jinping et ses équipes.

Sous Deng Xiaoping, une volonté d'ouverture et de modernisation

Il y a en Chine vingt-trois provinces, deux régions administratives spéciales et quatre grandes municipalités. Dans chacune de ces circonscriptions, des délégués ont été désignés pour aller siéger au congrès. Au total, 2.300 personnalités doivent se retrouver à Pékin, dans le vaste hémicycle du Palais du peuple, à l'ouest de la place Tian'anmen. Leur rôle va être d'approuver les décisions prises au sommet du parti, en assistant à des réunions en commission, où ce qui a été décidé sera détaillé. Le tout sera recensé dans un rapport qui, comme le veut la tradition, sera voté à une quasi-unanimité à la fin du congrès.

Ces réunions au sommet du parti unique chinois sont directement inspirées de ce qu'était le fonctionnement des institutions communistes en URSS. À l'époque du maoïsme, de 1949 à 1976, les congrès permettaient de fixer des décisions majoritaires au milieu de remous politiques constants. En 1973, pendant la révolution culturelle, la bande des Quatre, menée par Jiang Qing, l'épouse de Mao Zedong, a profité du Xe Congrès du PCC pour officialiser la ligne gauchiste qu'elle entendait imposer.

Mais en 1976, après la mort de Mao, les membres de la bande des Quatre sont renversés et emprisonnés. Deng Xiaoping s'empare alors du pouvoir et incarne une volonté chinoise d'ouverture et de modernisation. Cette ligne sera confirmée et amplifiée après la répression sanglante des manifestations de la place Tian'anmen en 1989.

Parallèlement, dès 1992, afin de limiter à l'avenir les risques de développement d'un pouvoir personnel, Deng Xiaoping impose une règle aux futurs dirigeants chinois: ils ne pourront rester au pouvoir plus de deux mandats de cinq ans. Jiang Zemin et Hu Jintao n'occuperont le poste de président de la République populaire de Chine que dix ans chacun, de 1993 à 2003 pour l'un, de 2003 à 2013 pour l'autre.

Xi Jinping le «crocodile»

En novembre 2012, Xi Jinping prend la tête du parti. Le monde découvre son physique massif qui évite tout geste brusque, et son regard vif qui prend le temps de jauger ses interlocuteurs. En avril 2011, vice-président, Xi Jinping avait rencontré Jean-Pierre Raffarin à Pékin. En sortant de l'entretien, cet observateur attentif de la politique chinoise, alors vice-président du Sénat, avait déclaré: «J'ai déjà vu des crocodiles en politique. Eh bien celui-ci en est un!»

Il semble alors à beaucoup que Xi Jinping va incarner, notamment en matière diplomatique, une politique plus ouverte que son prédécesseur, Hu Jintao. Devenu en 2007 l'un des neuf membres du comité permanent du PCC, désigné comme le futur secrétaire général, il s'exprimait le moins possible dans les médias chinois et encore moins devant des journalistes étrangers. Simplement, il semblait représenter un renouveau dans le personnel politique. Peng Liyuan, sa femme, une célèbre chanteuse de variétés chinoises, contribuait à cette image tandis que sa fille unique, Xi Mingze, née en 1992, faisait des études d'histoire de l'art –sous un pseudonyme– à l'université américaine de Harvard.

Durant son premier mandat, de 2012 à 2017, Xi Jinping pratique une forme d'autorité où se mêlent une prudence certaine et une forme de raidissement du pouvoir. Il commence par faire mettre Bo Xilai en résidence surveillée. Cet ancien ministre dirigeait la ville-province de Chongqing qui, avec ses 32 millions d'habitants, est l'agglomération la plus peuplée de Chine. Bo Xilai était alors un personnage puissant, capable d'exercer une forte influence et de faire de l'ombre à Xi Jinping. Mais l'assassinat d'un homme d'affaires britannique à Chongqing a permis de le mettre en cause et de l'éliminer de la scène politique chinoise.

Son mandat renouvelé en 2018, Xi Jinping annonce, au cours d'un comité central du PCC, qu'en 2023, après avoir été dix ans à la tête du pays, il se maintiendra pour au moins un troisième mandat présidentiel. Cette décision, qui nécessite un amendement dans la Constitution du parti, a été approuvée en mars 2018 par l'Assemblée nationale populaire et doit être entérinée par le XXe congrès.

S'il n'est pas sûr que ce maintien au pouvoir soit du goût de l'ensemble du parti, rien n'indique la formation de la moindre coalition d'opposants à Xi Jinping. De plus, il n'y a pas dans son bilan d'éléments qui pourraient être vivement dénoncés et servir de catalyseur à une opposition résolue. Ce serait différent si, par exemple, Xi Jinping avait mis à exécution sa menace d'attaque de Taïwan et que celle-ci avait échoué. Mais jusqu'ici, le numéro un chinois se garde d'engager une opération militaire qui pourrait ressembler à ce qu'a tenté la Russie en Ukraine.

Pluie de condamnations

À l'approche d'un congrès, les priorités de Xi Jinping se situent surtout sur la scène intérieure chinoise. Il faut en particulier faire le bilan des multiples campagnes anticorruption lancées depuis 2012. On estime que plus d'un million et demi de cadres du PCC ont été sanctionnés pour ce motif: il s'agit officiellement de punir les «tigres» et les «mouches», les grands et les petits corrompus. Ce qui donne à Xi Jinping l'avantage de maintenir sa popularité à un bon niveau dans la population chinoise. En même temps, elle consolide son pouvoir en touchant indistinctement des responsables de toutes sortes, administratifs ou économiques, à travers le pays.

Lai Xiaomin est l'un des cas de condamnation pour corruption les plus retentissants: président de Huarong, l'une des plus importantes sociétés publiques de gestion d'actifs, accusé d'avoir reçu l'équivalent de 215 millions d'euros de pots-de-vin, il a été exécuté en janvier 2021, après son jugement.

Récemment, lors de la préparation du XXe congrès, la répression s'est encore nettement accentuée. Des personnages puissants ont été arrêtés, jugés et condamnés. Ces deux derniers mois, l'ancien vice-ministre de la Sécurité publique Sun Lijun a été accusé de «n'avoir jamais eu d'idéal» et «d'avoir abusé de ses fonctions pour faire avancer des carrières et éviter la justice à des criminels». Il a été condamné à mort pour avoir reçu l'équivalent de 93 millions d'euros de commissions. Il bénéficie cependant d'une période de sursis de deux ans avant de purger une peine de prison à perpétuité. Trois hauts responsables de la police dans des provinces chinoises ont aussi été condamnés à de lourdes peines de prison pour «corruption» et pour avoir appartenu la «clique» de Sun Lijun.

Condamnation à mort avec sursis de deux ans également à l'encontre de Fu Zhenghua. Cet acteur important de la lutte contre la corruption a été ministre de la Justice entre 2018 et 2020. Il a été accusé d'avoir touché l'équivalent de 17 millions d'euros de dessous-de-table. Même peine pour Wang Like, qui dirigeait le département des affaires juridiques de la province du Jiangsu et qui a été accusé d'avoir détourné l'équivalent de 63 millions d'euros.

D'autres mises en cause de dirigeants nationaux ou provinciaux sont en cours. Une enquête a notamment été lancée contre Xiao Yaqing, ministre de l'Industrie et des Technologies de l'information jusqu'en juillet dernier. Il a été exclu du parti car soupçonné lui aussi de corruption.

Un congrès pour faire bloc

Dans un autre domaine, les autorités chinoises redoublent actuellement d'efforts pour assurer une sécurité totale autour du XXe congrès –il ne s'agirait pas que des manifestations ou autres actes considérés comme délictueux se produisent. Depuis juillet dernier, dans les grandes villes de Chine, la police a ainsi reçu l'ordre d'enquêter sur les «risques possibles pour la sécurité», notamment dans les transports publics. Plus de 70.000 «suspects criminels» ont été arrêtés sans que la moindre précision ne soit donnée sur les reproches qui leur sont faits.

Par ailleurs, une répression de trois mois a été annoncée le 2 septembre contre les «rumeurs et fausses informations sur internet». Celles qui concernent «les grandes réunions politiques» doivent notamment être éliminées «rapidement et strictement», a fait savoir l'administration centrale du cyberespace chinois.

Au-delà de toutes ces précautions, il est très probable que des oppositions existent face au pouvoir de Xi Jinping à l'intérieur du Parti communiste chinois. Et que celui-ci, selon les sujets et les périodes, s'appuie sur certains groupes de membres du PCC contre d'autres. Dans un pays aussi vaste, il y a certainement des dirigeants provinciaux qui n'apprécient pas les contrôles de Pékin ou qui ont été trop proches de leaders que Xi Jinping a écartés.

De plus, les critiques et les mécontentements existent forcément dans une structure de 90 millions de membres. Tout l'art de Xi Jinping consiste à gérer la diversité des oppositions, qui, en termes marxistes, relèvent de la «contradiction». En tout cas, il est fort probable qu'au congrès qui vient, tout sera fait à la fois par la direction du parti et par les délégués présents pour ne pas laisser apparaître de remous et au contraire, présenter une unanimité quasi totale.

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