Santé / Société

Le sentiment de «compter pour les autres» est important pour l'estime de soi

Temps de lecture : 2 min

Depuis une trentaine d’années, des psychologues théorisent ce concept de «compter», d'«avoir de l'importance» et ses conséquences en matière de dépression, de pensées suicidaires ou d’autres maladies mentales. 

«Il n'existe pas d'autres constructions qui permettent de comprendre le besoin qu'ont les gens de se sentir valorisés et considérés par les autres comme importants.» | Jeswin Thomas via Pexels 
«Il n'existe pas d'autres constructions qui permettent de comprendre le besoin qu'ont les gens de se sentir valorisés et considérés par les autres comme importants.» | Jeswin Thomas via Pexels 

Aux États-Unis, le slogan de la ligne téléphonique nationale de prévention du suicide est «Tu comptes» («You matter»), l'expression Black Lives Matter attire l'attention sur le racisme en réaffirmant l'idée que «La vie des Noirs compte». Pas étonnant donc que Francine Russo se soit intéressée à cette idée de «compter pour les autres» pour la revue Scientific American.

À mesure que la psychologie et la sociologie théorisent ce concept de «compter pour les autres», un consensus s'établit: «Il n'existe pas d'autres constructions qui permettent de comprendre le besoin qu'ont les gens de se sentir valorisés et considérés par les autres comme important», explique Gordon Flett, auteur d'un livre consacré au sujet. Le fait de compter peut être recoupé avec l'estime de soi, le soutien social, le sentiment d'appartenance mais il reste différent.

Depuis les années 1980, les sociologues et psychologues essaient de créer des échelles de mesure et s'accordent sur trois points clés cruciaux:

  • La conscience: est-ce que les autres font attention à vous ou passent à côté de vous?
  • L'importance: est-ce que les autres s'intéressent véritablement à votre bien-être?
  • La confiance: est-ce que des personnes viennent vous demander de l'aide ou des conseils?

Pour Gordon Flett, c'est un sentiment qui peut être réévalué en thérapie: «les personnes peuvent apprendre à nouer des relations aux autres de manière à cultiver le fait de compter».

Aussi, selon le psychologue, ce sentiment s'inscrit dès l'enfance et c'est en partie pour cela que «le fait d'avoir des parents négligents est si destructeur». En 2009, une étude relevait que les adolescents qui avaient le sentiment de moins compter dans leur famille adoptaient davantage de comportements antisocial, agressif ou autodestructeur. On le vérifie facilement sur des forums internet où des adolescents qui évoquent des idées suicidaires invoquent une fois sur deux le fait de ne pas compter pour les autres.

Au fondement

Ce sentiment de compter vient à la fois des relations personnelles que l'on entretient à l'autre mais aussi de sa situation professionnelle et de sa place au sein d'une communauté. Et cela peut avoir des conséquences importantes. Dans un sondage national auprès d'infirmières américaines, celles qui revendiquaient un sentiment élevé de compter auprès des autres étaient moins susceptibles de faire un burnout. Elles évoquaient aussi bien ce sentiment avec leurs patients que leur place auprès de leurs collègues.

On apprend aussi dans l'article de Scientific American qu'il y a des différences genrées dans l'appréciation de ce sentiment. Les femmes témoignent d'un niveau plus élevé d'impression de compter pour les autres que les hommes. Ceux-ci auraient plutôt tendance à se sentir important en fonction de leur statut social et professionnel et les femmes en fonction de leur rapport aux autres –de leur rôle de mère ou d'amie.

Un lien fort a été établi entre le fait de compter pour les autres et les pensées suicidaires et même meurtrières. Plusieurs études ont montré que les personnes qui commettent une tuerie de masse dans une école présentent un déficit important de ce sentiment.

Ce concept est donc au coeur des programmes de la ligne d'écoute de prévention contre le suicide aux États-Unis: les écoutants sont briefés afin d'aiguiller les appelants vers une amélioration de ce sentiment. Parfois, peut-on lire dans Scientific American, «pour un enfant abusé ou négligé, un adulte qui leur accorde de l'attention –un proche, un professeur ou un coach sportif– peut provoquer un changement majeur. Une fois qu'il pense compter pour quelqu'un, il ne peut plus dire qu'il ne compte pour personne.»


Si vous avez des idées suicidaires, appelez Suicide Écoute au 01 45 39 40 00, ou consultez leur site, Suicide Écoute.

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