Politique / Monde

La fin de la guerre en Ukraine passera par la fin de Poutine

Temps de lecture : 5 min

Puisqu'il n'est plus question de négociations de paix à ce stade, la seule manière pour la guerre de s'arrêter sera de façon brusque et dans une violence extrême.

Vladimir Poutine au Kremlin, entouré des dirigeants désignés des quatre régions d'Ukraine annexées par la Russie (Kherson, Zaporijia, Donetsk, Louhansk), le 30 septembre 2022. | Grigory Sysoyev / Sputnik / AFP
Vladimir Poutine au Kremlin, entouré des dirigeants désignés des quatre régions d'Ukraine annexées par la Russie (Kherson, Zaporijia, Donetsk, Louhansk), le 30 septembre 2022. | Grigory Sysoyev / Sputnik / AFP

Elon Musk a une voiture pour sauver l'environnement, un plan pour coloniser Mars et une liste de neuf livres qu'il faut absolument lire toutes affaires cessantes. Il est donc parfaitement logique qu'il ait également une solution pour arrêter la guerre entre la Russie et l'Ukraine.

Son plan de paix –l'Ukraine déclare sa neutralité dans la nouvelle fracture est-ouest, la Russie garde la Crimée et l'ONU supervise de nouvelles élections dans le Donbass pour décider si son peuple veut être ukrainien ou russe– a été largement tourné en dérision, et à juste titre. Je le dis alors que j'ai esquissé une proposition singulièrement du même ordre en mars dernier dans un article publié sur Slate.com et intitulé «Comment mettre fin à la guerre en Ukraine».

Un plan pour la paix dépassé

La différence, c'est que j'ai écrit ma chronique moins de deux mois après que Poutine a lancé son invasion. À l'époque, le sort de Kiev était encore incertain, les Russes venaient juste de commencer à bombarder les civils et les deux camps organisaient encore des pourparlers (clairement bidon). C'était bien avant la retraite humiliante de la Russie, avant la contre-offensive de l'Ukraine, avant que Poutine ne mette les bouchées doubles (ou triples) dans son discours sur sa volonté de rayer l'Ukraine de la carte, et avant sa décision «d'annexer» certaines parties du Donbass après une série de faux référendums.

Mon plan en demandait aussi un peu plus de la part de Poutine. Par exemple, qu'il commence par retirer toutes ses troupes, pas seulement pour les ramener aux frontières de la Russie mais jusqu'aux bases d'où elles avaient été mobilisées des mois avant le déclenchement de la guerre. Enfin, je considérais ce plan, en mars déjà, comme un arrangement que les deux camps pourraient accepter avec réticence s'ils étaient totalement épuisés et ne voyaient pas l'intérêt de continuer à se battre.

Sept mois plus tard, la situation est évidemment bien différente. L'Ukraine est en train de regagner du terrain, l'armée russe est en plein désarroi et aucun des deux camps n'a la moindre intention d'abandonner.

En bref, une idée qui aurait pu sembler raisonnable aux tout débuts de la guerre est devenue clairement grotesque aujourd'hui –équivalente à une reddition du point de vue de l'Ukraine et irréalisable en outre, puisque Poutine ne permettrait jamais que se tienne un véritable référendum sur un territoire qu'il a déjà «annexé». Et aucune élection crédible ne serait possible sur un territoire où les combats font encore rage (le plan de Musk ne requiert pas comme condition préalable que les Russes se retirent).

Alors, si la proposition de Musk n'apporte pas la paix dans l'Est slave, quelle direction va prendre cette guerre? Existe-t-il une bretelle de sortie possible, une feuille de route de la trêve, dans un avenir proche? Probablement pas.

Aucun accord envisageable

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a la victoire en ligne de mire –ce qui n'est peut-être pas déraisonnable– tandis que Poutine espère que l'OTAN –dont l'aide est essentielle aux progrès militaires et à la survie économique de l'Ukraine– finira par se lasser et fera pression pour imposer une trêve, surtout dans la perspective de l'arrivée de l'hiver, alors que l'interruption des livraisons de pétrole et de gaz russes rendra la vie trop chère et trop froide.

En d'autres termes, au moins pour les quelques prochains mois, aucun accord négocié n'est envisageable. La seule manière pour la guerre de s'arrêter sera de façon brusque et dans une violence extrême.

Il est possible, bien que très peu probable, que l'armée russe, gonflée de plus de 100.000 soldats fraîchement mobilisés, enfonce les lignes ukrainiennes, même en accusant d'énormes pertes au passage –une occurrence où la quantité prendrait le pas sur la qualité.

Qui fomenterait un coup d'État?

Ce qui est plus probable, c'est que l'Ukraine, avec l'aide des armes et des renseignements occidentaux, continue à perturber les défenses russes malgré la mobilisation de Poutine, coupe ses lignes d'approvisionnement et éparpille façon puzzle ses recrues toutes neuves, mal entraînées et aux équipements indigents. Dans ce scénario, l'armée russe tombe en pièces et les Ukrainiens se taillent un chemin à travers des obstacles désorganisés jusqu'à la frontière.

Mais Poutine n'est pas du genre à reculer, et encore moins à se rendre. En outre, il a bien trop investi dans cette guerre, faisant monter les enjeux, passant d'«opération militaire spéciale» visant à faire cesser un «génocide» dans la région orientale du Donbass en Ukraine, à une guerre sainte contre des néonazis et l'impérialisme occidental. Il est possible qu'il regrette de ne pas avoir revu ses objectifs de guerre à la baisse il y a sept mois, à l'époque où il était possible de conclure un accord qu'il aurait pu faire passer pour un genre de victoire. Mais c'est trop tard maintenant. Ce sera tout ou rien.

Ce qui signifie que la manière la plus propre et la plus rapide de se sortir de cette guerre passe peut-être par la fin de Poutine, politiquement ou littéralement.

Compte tenu des tensions croissantes et des dissensions à l'intérieur de l'armée russe, cela a le plus de chances de se produire sous la forme d'un coup d'État. La suite dépendra en grande partie de qui fomente le complot. Ce pourrait être des bellicistes qui tenteraient de mettre en avant un projet plus efficace et efficient pour remettre la main sur le grand Empire russe.

Ou des «réalistes», qui reconnaissent que le seul moyen pour la Russie de retrouver son statut de puissance mondiale, que ce soit en tant qu'alliée de la Chine ou intégrée dans l'économie mondiale, est de saborder l'ère Poutine et reconnaître qu'il s'agit d'une énorme erreur, mettre un terme à la guerre, rouvrir l'économie et demander aux technocrates en exil de revenir.

Personne n'a le moindre ascendant sur Poutine

Une telle réalité est-elle possible? Je l'ignore. Au cours de ses vingt années de règne, Poutine a réussi à créer une structure de pouvoir monocratique comme aucun dirigeant russe ne l'avait fait avant lui depuis les tsars.

Même les dirigeants soviétiques devaient s'accommoder d'un Politburo; celui de Staline ne servait que de façade, mais celui de Nikita Khrouchtchev l'a évincé après avoir critiqué ses diverses «intrigues insensées», notamment la dangereuse crise des missiles de Cuba.

En revanche, personne n'a le moindre ascendant sur Poutine, pas même pour de faux. Les personnes de son entourage qui s'aventurent à ne serait-ce qu'émettre une critique se voient obligées de vendre leurs actifs pour rien, ou finissent par tomber dans les escaliers, quand elles ne sautent pas par la fenêtre.

En bref, le moyen le plus rapide d'arriver à la paix, à ce stade, est de s'assurer que l'Ukraine continue d'exercer sa pression, accélère ses progressions et sème la confusion dans l'armée russe.

Pour l'instant, les propagandistes de Moscou reprochent à divers généraux ou officiers des renseignements les échecs sur le champ de bataille. Au bout d'un moment, ils vont se retrouver à court de boucs émissaires. Et leur regard de reproche pourrait se retourner, d'abord avec hésitation, puis avec une férocité croissante, vers l'homme qui, au Kremlin, se trouve réellement aux manettes.

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