Société

La sobriété énergétique d'accord, par contre le col roulé c'est non, non et encore non!

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Si on cède sur le col roulé, la prochaine étape, ce sera quoi? Les moufles, les chaussettes montantes, le slip chauffant, les bonnets à couilles, le cache-nez, l'anorak, les protège-tibias obligatoires?

Autant mettre une cagoule et qu'on n'en parle plus. | Moses Janga via Unsplash
Autant mettre une cagoule et qu'on n'en parle plus. | Moses Janga via Unsplash

Que les choses soient bien claires, pour sauver la planète et survivre à l'hiver, être le plus sobre des citoyens de cette contrée, je suis prêt à tout. Prendre des douches glacées. Bouffer des burgers vegans. Vendre tous mes bitcoins. Voyager en char à voile, à dos de chameau, à pied s'il le faut. Me remettre à picoler pour réchauffer mon âme. Endurer les froids les plus tenaces, stoïque, à poil dans mon salon. Renoncer à mon confort bourgeois de laver mes vêtements une fois par semaine. Manger des lasagnes crues. Tondre mon chat pour récupérer sa fourrure et m'en servir de couvre-chef.

Tout, je suis prêt absolument à tout.

Par contre, entendons-nous bien, le col roulé tant vanté ces derniers temps, c'est non, nein, niet, no fucking way! Aucune envie de ressembler à un col de bouteille avec cette triple épaisseur de laine qui s'enroule autour de votre cou et vous donne l'air compassé d'un étudiant convoqué au grand oral de l'ENA. Le col roulé, c'est l'étoile jaune en pire, la certitude d'appartenir à une caste de privilégiés chez qui le mauvais goût va toujours de pair avec une certaine aisance financière, le tout mêlé à une sorte de condescendance benoîte, d'un air de marquer son territoire sans rien laisser paraître de ses intentions. Le col coulé, c'est le col Mao des gens bien nés. Il suffit de contempler Bruno Le Maire en porter un pour se rendre compte avec quelle aisance il le porte.

Moi, avec un col roulé, j'aurais l'air d'un séminariste anémié, ce qui ferait mauvais genre pour un juif de souche comme moi. Non mais franchement, vous me voyez aller dans la rue avec cet espèce de remontoir qui ressemble à un préservatif pour menton, une sorte de capuche endimanchée où disparaît toute la noblesse du cou, de cette glotte triomphante dont la moindre vibration a toujours provoqué chez la gent féminine des émois incontrôlables?

Autant mettre directement une cagoule et qu'on n'en parle plus. C'est très bien une cagoule. Cela protège les joues, le cou, le menton, le bout du nez et si vous rajoutez par dessus deux, trois épaisseurs d'écharpes, vous voilà paré pour les rigueurs de l'hiver. Vous pouvez même superposer un masque FFP2 sur le tout et de la sorte, mourir asphyxié, le cerveau congelé et les poumons crevés –un cadavre refroidi.

Parce que si on cède sur le col roulé, la prochaine étape, ce sera quoi? Les moufles obligatoires, les chaussettes montantes, le slip chauffant, les bonnets à couilles, le cache-nez, l'anorak, les protège-tibias, les chaussures de ski direct? C'est important, la dignité, tout de même. Je veux bien soutenir l'Ukraine dans son effort de guerre tant que je ne me mets pas à ressembler à un vague manchot, de ces créatures totalement déjantées qui déambulent le long de l'Antarctique comme des tortues sous acide.

Déjà qu'avec mon pathétique mètre soixante-dix, mon crâne dégarni, mes protubérances nasales plus que développées, je fais peine à voir... Mettez-moi un col roulé et à chaque passage devant un miroir, je me mettrai à hurler d'épouvante. Il faut être grand pour porter un col roulé, sans quoi vous ressemblez à une bite d'amarrage, une nuit d'hiver en rade de Brest ou au personnage du colonel Moutarde au Cluedo, une chose équivoque à mi-chemin entre une bouteille d'Orangina compressée et un manche de tournevis miniature.

Kafka dormait les fenêtres grand ouvertes; il n'en est pas mort que je sache. Enfin si, il est mort. De tuberculose, en plus. Mais bon, il faut bien mourir un jour, je suppose. De toutes les façons, je ne suis pas frileux. Au pire, si jamais les températures descendaient de trop, je resterais dans mon lit, nu comme un gland. Par ma fenêtre, je verrais aller et venir tous ces grands nigauds avec leur col roulé qui les empêche de respirer.

Pour aller pisser, tel César après une nuit de bamboche, je m'emmitouflerais dans mes draps et l'allure martiale, parmi les miaulements affolés du chat et les stalactites suspendues au plafond, au milieu de l'appartement frigorifié, je rejoindrais mon lieu d'aisance. J'agirais vite afin d'éviter que le gel n'emprisonne dans ses filets glacés mes testicules ratatinés et aussitôt la chose accomplie, retournerais retrouver la chaleur de ma couche.

Camarades, l'heure est grave. La planète se meurt et le col roulé est de retour. Bientôt, les rutabagas empliront nos assiettes. Le froid n'épargnera personne. Citadins comme ruraux, nous payerons cher le prix de nos excès énergétiques d'antan. Nous sommes foutus. Autant se pendre aujourd'hui.

Mais va te pendre quand ton cou se planque derrière la forteresse d'un col roulé! La corde n'a pas de prise. Elle ne tranchera rien si ce n'est ce qui restait d'espoir d'en finir.

Vraiment, à tous points de vue, nous vivons une époque épouvantable!

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