Monde

Amsterdam envisage d'interdire l'accès de ses cafés aux «touristes du cannabis»

Temps de lecture : 2 min

L'efficacité d'une telle mesure n'a pourtant pas encore été démontrée, malgré la mise en place de «weed pass» dans d'autres villes.

Deux personnes fument dans un coffee shop à Amsterdam, aux Pays-Bas. | Gabriele Stravinskaite via Unsplash
Deux personnes fument dans un coffee shop à Amsterdam, aux Pays-Bas. | Gabriele Stravinskaite via Unsplash

Les Néerlandais en ont marre des touristes défoncés qui affluent dans leurs coffee shops, célèbres pour proposer du cannabis en vente libre, aussi la maire écolo d'Amsterdam, Femke Halsema, cherche à interdire temporairement l'accès des non-résidents aux coffee shops de sa ville.

Avec la tombée des mesures contre le Covid-19, le Quartier rouge, centre historique de la capitale et haut lieu touristique notamment réputé pour son accès facile à la prostitution et aux drogues douces, a repris une activité foisonnante, au grand dam de certains riverains, et d'une partie de la municipalité.

Lutter contre le crime?

D'après une récente étude, sur les 166 coffee shops de la capitale néerlandaise, 100 ne répondent qu'aux besoins des touristes. Or la maire et les responsables locaux de la police et du parquet assurent que l'interdiction des coffee shops aux touristes est désormais une mesure nécessaire pour réduire la taille du secteur des drogues douces, lutter contre les nuisances touristiques, et s'attaquer à la criminalité liée aux drogues dures.

En avril, une proposition politique déposée par Femke Halsema pointait les coffee shops comme étant une «porte dérobée du crime», soulignant que si la possession et la consommation personnelle de cannabis est tolérée aux Pays-Bas, sa culture commerciale ne l'est pas, ce qui signifie que les coffee shops doivent s'approvisionner auprès de réseaux illégaux.

La loi i-critérium sur l'exception des résidents permet aux municipalités de décider si elles accordent ou non l'accès des coffee shops aux touristes, mais la maire d'Amsterdam n'est pas encore parvenue à remporter l'adhésion du conseil municipal, qui s'était réuni ce jeudi 29 septembre. Elle a toutefois reçu le soutien du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) de centre droit.

Els Iping, ancienne politicienne du parti travailliste (PvdA), impliquée dans le groupe de résidents Stop de Gekte («arrêtez la folie»), considère pour sa part que «les dealers viennent pour les touristes, et les touristes viennent pour les coffee shop», et qu'il faut mettre un terme à ce cycle.

Une mesure inefficace

D'après un rapport du Bond van Cannabis Detaillisten, un peu moins de la moitié des touristes viennent à Amsterdam pour le cannabis, et 24% d'entre eux continueraient d'y venir même s'il était interdit.

La politique du «weed pass» réservé aux résidents, déjà mise en place dans d'autres territoires, notamment dans la ville frontalière de Maastricht, est pourtant loin d'avoir présenté un franc succès en matière de lutte contre les drogues. Le Dr Ton Nabben, criminologue et chercheur spécialisé dans les drogues, relève ainsi que près de dix ans après son application, on a pu constater que cette mesure n'avait eu qu'un effet de «lit d'eau», de telle sorte que l'offre n'a fait que se déplacer ailleurs.

«Vous aurez une situation où vous arriverez à Schiphol [l'aéroport d'Amsterdam] et les dealers vous demanderont si vous voulez acheter quelque chose parce que vous ne pourrez pas aller dans un coffee shop», explique-t-il.

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