Société

Il y a beaucoup moins de tueurs en série depuis les années 1980

Temps de lecture : 3 min

Le décompte est édifiant, et les raisons potentielles nombreuses. Mais n'y a-t-il pas un problème de méthode?

Les estimations actuelles seraient-elles trop basses, ou celles du passé trop hautes? | Julius Drost via Unsplash
Les estimations actuelles seraient-elles trop basses, ou celles du passé trop hautes? | Julius Drost via Unsplash

Ted Bundy: entre 1974 et 1978. Jeffrey Dahmer: entre 1978 et 1991. John Wayne Gacy: entre 1972 et 1978. Les tueurs en série les plus célèbres de l'histoire des États-Unis (qui sont rarement les plus meurtriers) ont généralement frappé pour la première fois au cours des années 1970, pour terminer leur course au plus tard lors des années 1990.

Il y a eu des serial killers à toutes les époques et dans bien des pays, mais selon Discover Magazine, leur déclin s'est amorcé bien avant le début du XXIe siècle. Selon les chiffres, environ 770 tueurs en série auraient sévi dans le courant des années 1980 rien qu'aux États-Unis, contre moins de 670 au cours de nineties. Entre 2000 et 2010, le chiffre aurait chuté aux alentours de 400, et sur la période 2010-2016, le total dépasse à peine la centaine (il est encore un peu tôt pour tirer un bilan de la décennie entière).

Une autre statistique montre à quel point l'époque où les tueurs en série étaient les plus nombreux ou les plus prolifiques semble derrière nous: en 1987, 189 personnes auraient été victimes d'un serial killer, contre 30 en 2015. Et les experts ont bien évidemment leur petite idée sur le pourquoi de ce déclin fulgurant.

Discover Magazine commence par préciser que l'avènement des tueurs en série a coïncidé avec une augmentation générale du crime, et que la diminution de leur nombre est également allée de pair avec une baisse de la quantité d'affaires criminelles. Les tueurs ne seraient donc pas tout à fait une espèce à part.

Merci la génétique

Mais d'autres facteurs peuvent aider à comprendre pourquoi les serial killers sont presque une espèce en voie d'extinction. Les avancées de la police scientifique permettent par exemple d'attraper certains criminels bien plus rapidement grâce à leur empreinte génétique. Discover Magazine cite Joseph DeAngelo, le «tueur du Golden State», qui, après avoir tué douze femmes entre 1976 et 1986, a fini par être appréhendé en 2018 grâce à une recherche ADN. S'il avait sévi de nos jours, on peut imaginer qu'il aurait pu être arrêté en moins de quarante ans. Et qu'il aurait donc fait beaucoup moins de victimes.

Le fait que les criminels ayant tué une fois écopent de peines de prison plus longues fait aussi partie des raisons invoquées par les spécialistes, qui estiment qu'en restant derrière les barreaux plus longtemps, les individus ont moins de risques de récidiver, donc d'être finalement étiquetés comme des tueurs en série.

Le travail psy mené avec de potentiels tueurs en série porterait également ses fruits. Les jeunes gens ayant eu une enfance difficile, peuplée de traumatismes, sont suivi de façon plus attentive et plus régulière par des professionnels du milieu de la santé mentale. Ce qui peut à la fois permettre de désamorcer certaines situations de détresse et de détecter les cas les plus alarmants.

Pour James Alan Fox, criminologue, il y aurait également moins de victimes faciles à atteindre. Autrement dit, les cibles seraient globalement moins vulnérables. «Les gens ne font plus de stop», explique-t-il à titre d'illustration. «Ils ont les moyens de se débrouiller dans les situations d'urgence, en utilisant des téléphones. Il y a des caméras partout.» La prolifération des parents hélicoptères, qui surprotègent leurs enfants, est également évoquée: ils seraient bien moins nombreux à laisser par exemple leur progéniture sillonner seule toute la ville à vélo.

Autres prismes

D'autres observateurs voient les choses bien différemment. Ils affirment que les tueurs en série n'ont pas réellement disparu, mais que certains se sont transformés en tueurs de masse, à la manière de l'incel Elliot Rodger ou du terroriste d'extrême droite Anders Breivik. Mais cette version ne tient pas, les deux types de profils ne concordant pas réellement.

Il y a aussi la version pessimiste, selon laquelle le nombre de tueurs en série n'aurait pas chuté de façon aussi vertigineuse qu'on voudrait le croire. Un tiers des 15.000 meurtres commis chaque année aux États-Unis ne débouchant sur aucune arrestation, on peut en effet imaginer qu'une partie d'entre eux est l'œuvre de tueurs en série toujours dans la nature.

En outre, la quantité de serial killers observée dans les années 1980 pourrait en fait être bien plus basse qu'annoncée, en raison d'un manque certain de méthode et de rigueur. Par le passé, beaucoup de crimes non élucidés auraient été attribués à des tueurs en série sans que cela ait été réellement prouvé.

Selon les experts les plus pointus en la matière, qui compilent et analysent des données sur le sujet depuis des décennies, si on écrémait la liste des 770 tueurs en série listés durant les années 1980 en ne conservant que les dossiers bouclés proprement, on passerait en fait en-dessous des 200 serial killers. Ce qui changerait totalement la donne et la façon d'analyser les choses.

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