Société

En matière de violences commises envers les femmes, nous avons lamentablement échoué

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Par paresse ou par complaisance, par aveuglement aussi, par commodité, nous avons eu tendance à fermer les yeux sur ces comportements déviants.

Ni un salaud, ni un monstre. | Jean-Luc Hauser via Wikimedia Commons
Ni un salaud, ni un monstre. | Jean-Luc Hauser via Wikimedia Commons

Sans me tromper, je peux affirmer que de ma vie je n'ai jamais giflé personne. Puis-je pour autant dire que jamais je ne le ferai? Certainement pas. Je sais trop combien en ce domaine, à n'importe quel moment, sous le poids des circonstances, n'importe qui, absolument n'importe qui, même le plus pacifique des individus, peut céder à l'appel de la violence.

D'aucune manière, je n'essaye de relativiser la gravité de la gifle donnée par Adrien Quatennens à son épouse. Tout passage à l'acte est toujours l'aveu d'un échec, le signe que notre système de défense patiemment bâti à travers le temps, a connu un raté. À un moment donné, au regard d'une situation bien particulière, nous n'avons pas su trouver en nous les forces nécessaires pour empêcher l'intolérable de se passer. Nous avons échoué. La colère nous a débordés sans que nous puissions lui opposer les vertus de la raison.

Nous avons disjoncté.

Cela peut arriver n'importe où. Lors d'une dispute avec son partenaire. Au travail. En voiture. Dans un stade. À tout instant de la vie quotidienne. Cette seconde où nous basculons dans une sorte de barbarie, de violence primitive. Cela ne devrait jamais arriver, cela arrive. J'ignore pourquoi Adrien Quatennens a commis cet acte ô combien répréhensible. Cela est au fond sans importance. Ce jour-là, en cette occasion, il a failli à lui-même.

La seule question qui mérite d'être posée est de savoir si collectivement, par une prise de conscience de la société tout entière, nous sommes capables de remédier à cette violence latente.

Autrement dit: en proclamant avec toute la force nécessaire que la violence vis-à-vis d'autrui, et notamment des femmes, n'a pas sa place dans notre société, cela suffira-t-il à l'éradiquer? Il est à craindre que non. Il est probable que gît en nous depuis l'aube de l'humanité une violence qui à tout moment peut ressurgir des profondeurs de notre moi primitif.

Tout le travail de la civilisation a été précisément de canaliser autant que possible cette violence, de l'encadrer afin de rendre possible la vie en société. Nous nous sommes donné des lois, nous avons érigé des interdits, bâti des tribunaux, construit des prisons.

Mais il faut bien reconnaître que si sur bien des aspects, nous avons progressé, quand il en vient aux violences commises envers les femmes, nous avons lamentablement échoué. Par paresse ou par complaisance, par aveuglement aussi, par commodité, nous avons eu tendance à fermer les yeux sur ces comportements déviants. Nous nous sommes habitués à cette violence domestique comme s'il s'agissait d'un invariant sur lequel nous n'aurions aucune prise.

Il se peut que cet invariant existe, qu'aussi longtemps nous hanterons cette terre, aussi longtemps cette violence perdurera. Cependant si nous voulons continuer à parfaire l'œuvre civilisationnelle –et en la matière nous n'avons pas le choix– il nous faut ériger la violence vis-à-vis des femmes comme un tabou absolu, une limite à ne jamais franchir. Par la force de la répétition, dès le plus jeune âge, à l'école, à l'université, au sein des entreprises, il faut parvenir à ce que cette violence devienne comme le plus grand des interdits. Que ce message s'inscrive au plus profond de nos consciences afin d'empêcher au maximum le passage à l'acte de se produire.

Qu'une fois levée, une main, par le travail obstiné de l'éducation, du message sans cesse dit et redit, demeure suspendue, paralysée par la force de l'interdit.

Je n'ai aucune sympathie particulière pour Quatennens. J'ai souvent –on me l'a assez reproché– attaqué sa formation politique. Je ne crois pas pour autant qu'il soit un salaud ou un monstre. Juste un homme ordinaire qui, confronté à ce qui a dû lui apparaître comme une trahison, a réagi de la pire des manières. Il appartient désormais à la justice et uniquement à elle de dire quelle sanction cette faute appelle.

Le reste, tout le reste, n'est que gesticulations politiques et partant sans grand intérêt.

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