Sciences

Sonde kamikaze, astéroïde et survie de l'humanité: découvrez la mission DART de la NASA

Temps de lecture : 4 min

Ce lundi 26 septembre, un engin de l'agence américaine devrait s'écraser contre un corps céleste pour le faire dévier de sa trajectoire. Une opération d'une importance capitale.

La NASA espère que les 500 kilos de sa sonde, projetée à 25.000 km/h, seront suffisants pour dévier la trajectoire de sa cible. | NASA/Johns Hopkins APL via Wikimedia Commons
La NASA espère que les 500 kilos de sa sonde, projetée à 25.000 km/h, seront suffisants pour dévier la trajectoire de sa cible. | NASA/Johns Hopkins APL via Wikimedia Commons

La conquête spatiale et les expériences de la NASA fascinent toujours autant le commun des mortels. Le lancement de la mission Artemis –finalement reporté par deux fois à cause de problèmes techniques– en a une nouvelle fois été la preuve. Décomposée en trois étapes, elle devrait permettre à l'être humain de retourner sur la Lune au plus tôt en 2025, cinquante-trois ans après Apollo 17.

Présenté comme le grand projet spatial de l'année 2022, ce nouveau défi spatial a fait la couverture des journaux partout sur le globe et près de 400.000 personnes étaient attendues en Floride, autour du cap Canaveral, où se situe le Space Kennedy Center, pour assister à la deuxième tentative de décollage de la fusée. Une passion toujours intacte plus d'un demi-siècle après les premiers pas de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur le célèbre satellite de la Terre en 1969.

Anticiper plutôt que réagir

Si chacun d'entre nous a au moins une fois philosophé sur le sens de la vie et rêvé de toucher les étoiles en regardant le ciel en pleine nuit, nous sommes aussi bien conscients du danger que peut représenter l'espace pour l'espèce humaine. D'une part c'est un environnement étranger que nous connaissons peu, malgré les nombreuses découvertes scientifiques; d'autre part, il est composé de corps en mouvement capables de nous réduire à néant en un instant.

Ces éléments ne sont pas ignorés des scientifiques, bien au contraire et l'agence spatiale américaine a fait de la préservation de la Terre une priorité. Derrière le décor fait de strass et paillettes pour Artemis se joue une autre pièce, moins médiatique, mais peut-être plus importante pour l'être humain: la mission Double Asteroid Redirection Test (DART), dont le dénouement devrait intervenir lundi 26 septembre et qui a pour but de nous préparer à faire face au pire, à savoir l'approche d'un astéroïde meurtrier. Oublions donc Artemis un instant.

La probabilité d'une collision cataclysmique d'un astéroïde avec la Terre est très faible à court terme, mais suffisamment élevée à long terme pour intéresser la NASA. C'est pour parer à cette éventualité que le Congrès des États-Unis a accordé à son agence spatiale des moyens supplémentaires au début des années 1990, après qu'une comète a touché la planète Jupiter. Il s'agissait là du premier impact planétaire observable, en l'occurrence celui des vingt-et-un fragments de la comète Shoemaker-Levy 9.

En janvier 2016, un Bureau de coordination de la défense planétaire a même été créé à Washington D.C. pour rechercher et cataloguer les astéroïdes ou comètes du système solaire dont l'orbite autour du Soleil amène à se retrouver à une faible distance de l'orbite terrestre, et pour aider le gouvernement américain à faire face en cas d'impact potentiel.

Un impacteur lancé à 25.000 km/h

Au-delà de la recension de ces objets géocroiseurs, l'objectif de ces programmes de défense planétaire est de mettre au point une stratégie pour éviter les collisions. DART s'inscrit dans ce cadre et trouve racine dans un concept de mission de l'Agence spatiale européenne (ESA) datant de 2004, n'ayant pas abouti, dont l'objectif était de démontrer la possibilité de dévier un astéroïde grâce à un impacteur.

Faute de budget, le projet est d'abord resté dans les cartons. Il a toutefois été relancé une décennie plus tard, quand les deux agences ont décidé de s'associer pour la mission Asteroid Impact and Deflection Assessment (AIDA), qui prendra le nom DART en 2017, à la suite de l'annulation de la participation de l'ESA. Cette fois-ci, elle est menée jusqu'au bout: une sonde spatiale est lancée en novembre 2021.

Après un voyage d'un peu moins d'un an à travers l'espace, l'impacteur devrait ainsi s'écraser sur un corps en orbite autour de l'astéroïde Didymos ce 26 septembre. La NASA espère que les quelque 500 kilos de la sonde, projetée à plus de 25.000 km/h, seront suffisants pour modifier la trajectoire de ce dernier. Cette opération, qui ne présente aucun risque pour la Terre, est cruciale: c'est l'une des expériences les plus importantes pour (la survie de) l'humanité.

La réalité dépasse la fiction

L'impact dévastateur d'un astéroïde sur Terre, détruisant toute forme de vie, a beaucoup été l'objet de scénarios de films ou séries. On pense en premier lieu à Armageddon, de Michael Bay, sorti en 1998, dans lequel la NASA tente une mission de la dernière chance pour détruire le corps céleste avec des charges nucléaires et qui a connu un grand succès.

Plus récemment c'est Don't Look Up, d'Adam McKay qui a conquis le public en réussissant un parallèle entre le dérèglement climatique et la chute d'un astéroïde, sans fin heureuse cette fois. Mais c'est la première saison de la série Salvation, sortie en 2018, qui pourrait le plus se rapprocher de la mission DART. Les protagonistes décident en effet d'envoyer un propulseur gravitationnel capable de détourner le supposé astéroïde de sa course. Si les moyens employés sont quelque peu différents, l'objectif est le même: éviter la collision sans avoir recours à l'arme nucléaire.

La principale différence ici est que dans la réalité, l'agence spatiale la plus célèbre du monde anticipe. La NASA ne souhaite pas devoir agir au dernier au moment, en précipitation et sans expérience, en cas de scénario catastrophe. Tout l'intérêt de DART repose sur la prévoyance et l'anticipation. L'échec est permis et permettra même de faire avancer la recherche. Quant à la réussite, elle offrira un espoir et une première arme à l'espèce humaine.

Car la question n'est pas de savoir si une collision cataclysmique d'un astéroïde avec la Terre arrivera, mais quand celle-ci interviendra. Et si l'humanité existe encore à cette période, elle sera probablement bien obligée de se replonger dans cette première expérience de «défense planétaire» pour trouver une solution.

Disons-le clairement, cette mission est aussi voire plus importante qu'Artemis et sa sous-médiatisation est un mystère. Pour que notre espèce ne connaisse pas un jour le même destin que les dinosaures, souhaitons que DART soit un succès.

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