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La reine est morte, vive la princesse Charlotte

Temps de lecture : 2 min

En ce lundi 19 septembre où les journaux de tous les pays parlaient à l'unisson des «funérailles du siècle», je suis pour ma part passée par toutes les émotions possibles, environ huit fois par minute, soit 480 fois par heure.

Charlotte était déjà ma préférée de cette drôle de famille, car elle ressemblait tant à la reine. | Louison
Charlotte était déjà ma préférée de cette drôle de famille, car elle ressemblait tant à la reine. | Louison

Il y a deux choses pour lesquelles les Angliches sont fortiches: les fish and chips et les frissons.

Comme il était un peu tôt en cette fin de matinée de lundi pour la friture, j'ai opté pour la sépulture. Façon de parler: je n'ai pas postulé en intérim au service des pompes funèbres de Windsor et je n'ai pas l'intention de me mettre au jardinage. Toujours est-il qu'en ce lundi 19 septembre où les journaux de tous les pays parlaient à l'unisson des «funérailles du siècle», je suis pour ma part passée par toutes les émotions possibles, environ huit fois par minute, soit 480 fois par heure. Épuisant.

D'abord le déni bien sûr. Celui bien ancré en moi depuis le 8 septembre. Celui qui ne bouge pas de mon cerveau, malgré les dizaines de unes, de numéros spéciaux et de produits dérivés déjà en vente, parce que show must go on, surtout pour une Queen.

Ce déni, c'est celui d'une femme de 37 ans qui a fêté les 101 printemps de sa grand-mère la veille de la mort de la reine, et qui est totalement et farouchement opposée au principe de mort des femmes importantes dans sa vie, même symboliquement pour ce qui est d'Elizabeth. Nous avions un deal toutes les deux: elle devait vivre au moins aussi longtemps que la tortue Jonathan. Elle m'aura carottée de presque un siècle, cette coquine de Lilibet. Les reines ne sont pas terribles comme reptiles.

Est donc ensuite naturellement venu le règne de l'hystérie assumée et me voici un dernier lundi d'été, habillée d'une robe noire, à remettre des collants parce qu'il caille et parce que même mes jambes sont en deuil. Et me voici aussi un peu comme une gourde, habillée pour un enterrement (qui n'en est pas un d'ailleurs, puisqu'elle ne reposera pas sous terre) auquel je n'irai pas, pour la simple et bonne raison que je n'aime pas les enterrements. Et que je ne suis pas invitée, c'est vrai.

Charlotte et son chapeau sombre

Elle m'en aura fait faire des choses cette Elizabeth tout de même, comme me faire regarder une messe à la télévision, moi qui n'ai pas la télévision et qui ne suis jamais allée à la messe. À ce moment-là de la cérémonie, je l'avoue, les psaumes n'étant pas vraiment ma cup of tea , j'ai un peu décroché. Tout comme j'ai sombré dans un presque coma lorsque le joueur préféré de cornemuse de la reine s'est fait entendre dans Westminster. Un joueur préféré de cornemuse. Y a que les morts pour aussi bien maîtriser l'oxymore.

Et puis, le chagrin est revenu. D'abord ce God save the Couingue (je m'habitue doucement, laissez moi tranquille), ces larmes dans les yeux de Charles, la beauté de ces plans de caméra pris d'en haut, cercueil au centre, carrelage damier et foule de costumes tout autour. Cette vue d'en haut donnait l'impression de voir la scène avec les yeux de la reine, juste au-dessus, sûrement contente que tout soit bien aligné et que les dahlias sur son cercueil d'une tonne soient de la bonne teinte.

Et puis, il y a eu Charlotte. Charlotte, ses 7 ans, son âge de raison dont elle se souviendra bien je pense. Charlotte et sa petite robe noire, marchant près de son frère le futur futur roi. Charlotte et son chapeau sombre dans le monde des grands où on enterre les gens un peu trop souvent. Charlotte était déjà ma préférée de cette drôle de famille, car elle ressemblait tant à la reine. Je comprends aujourd'hui que Charlotte, même en deuil, nous a montré que si son arrière-grand-mère allait rejoindre son arrière grand-père pour pas mal de temps, elle incarnait la suite mais aussi tout ce qui l'avait précédée. Et personnellement, cela m'a rassurée, mieux, cela m'a consolée.

La reine me manque déjà, mais quelle joie de la retrouver dans la dignité de la petite Charlotte.

La reine est morte, vive la princesse Charlotte.

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