Santé

Dose de rappel, vaccins bivalents, protection des enfants: le point sur la vaccination Covid en France

Temps de lecture : 7 min

Alors que le virus fait lui aussi sa rentrée, la cloche a sonné: c'est le moment de dresser un bilan d'étape.

Nous ne pouvons qu'enjoindre les personnes qui ne l'ont pas encore fait à recevoir leur dose de rappel. | CDC via Unsplash
Nous ne pouvons qu'enjoindre les personnes qui ne l'ont pas encore fait à recevoir leur dose de rappel. | CDC via Unsplash

Depuis quelques jours déjà, la courbe des cas rapportés de Covid-19 amorce une hausse. Associée à un taux de reproduction supérieur à 1, celle-ci est peut-être annonciatrice d'une huitième vague. Pourtant, en dehors de la vaccination, rien n'est fait en France pour éviter ce possible nouveau rebond: ni protocole spécifique dans les écoles, ni masques (FFP2) dans les lieux publics clos, ni protocoles d'aération et de ventilation des espaces fermés recevant du public.

On a l'impression que tout le monde a baissé les bras. 30.000 morts du Covid rapportés depuis le début de l'année ne suffisent même pas à retrousser ses manches; public, médias, autorités ont décidé de tourner la page de cette pandémie, lui reprochant presque de chercher à s'inviter dans une actualité bien assez riche aujourd'hui.

Afin de limiter la casse, c'est-à-dire de réduire les risques de Covid longs, d'hospitalisations et de décès, la vaccination complète reste une mesure essentielle promue par les pouvoirs publics, au moins chez les adultes.

Revenons d'abord sur les chiffres relatifs à la vaccination: ils sont loin d'être aussi négatifs que ce qui pouvait encore être craint il y a un peu plus d'un an. À ce jour, 94,6% des Français éligibles ont reçu au moins une dose de vaccin, 93,1% en ont reçu deux, 64,9% une dose de rappel supplémentaire (la troisième dose, donc).

Ces chiffres sont pour le moins révélateurs du fait que les antivax constituaient une minorité, certes bruyante, mais très peu représentative de la population et que les vaccino-hésitants, bien plus nombreux, ont vu au fil du temps leurs doutes se dissiper. Ces derniers auront probablement trouvé des réponses adéquates à leurs questions, avec notamment l'accumulation des preuves scientifiques sur l'efficacité du vaccin à protéger des formes graves de Covid.

Reste une certaine difficulté à faire en sorte que les personnes effectuent leurs doses de rappel. Peut-être est-ce le fruit d'une certaine lassitude? Le résultat de politiques excessivement rassuristes ayant tempéré les risques d'une infection alors que l'immunité vaccinale diminuait? Ou peut-être juste la crainte d'être à nouveau mis KO pendant deux jours comme lors des premières doses? Certains rapportent en effet des symptômes de réactogénicité liée au vaccin: une sorte de syndrome grippal assez costaud pouvant survenir le lendemain et le surlendemain de l'injection.

L'heure des rappels?

Pourtant, toutes les données dont nous disposons aujourd'hui rappellent la sécurité des vaccins et l'importance des doses de rappel pour éviter les hospitalisations –donc les cas graves, souvent lourds de conséquences et de séquelles– et les décès. En outre, et bien que l'étiologie et la sémiologie du Covid long restent encore à affiner, la vaccination semble avoir un effet protecteur contre ces syndromes post-infectieux, ce qui est un atout majeur. Cette pathologie semble en effet frapper au hasard les personnes contaminées; elle peut s'avérer fortement handicapante pendant des mois après l'infection –sinon davantage– et provoquer des atteintes durables de plusieurs organes.

Face à une nouvelle montée en puissance d'Omicron et de ses sous-variants, nous ne pouvons qu'enjoindre les personnes qui ne l'ont pas encore fait à recevoir leur dose de rappel –soit une troisième ou quatrième dose, parfois même cinquième pour les plus vulnérables. Le rapport entre bénéfices et risques de ces rappels est net.

Alors que l'arsenal vaccinal devrait être complété à l'automne par des vaccins bivalents, vous vous demandez peut-être s'il vaut mieux attendre la disponibilité de ces nouveaux vaccins pour votre dose de rappel. En toute franchise, cela nous semble difficile à dire pour le moment.

Ces vaccins bivalents que le Comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l'EMA vient de recommander d'utiliser sont des vaccins bivalents à ARN messager, c'est-à-dire qui ciblent à la fois les sous-variants d'Omicron, BA.1 ou BA.5 selon le type de vaccin, et la souche originelle de SARS-CoV-2, dite de Wuhan. L'idée est d'avoir un vaccin qui soit à la fois plus efficace contre les formes graves, mais aussi plus efficace contre les transmissions –on a bien vu cette seconde efficacité diminuer au fur et à mesure que des variants de la souche de Wuhan se sont développés.

Manque de recul

Si nous demeurons absolument vaccino-positifs et en faveur des doses de rappel, nous nous posons aujourd'hui quelques questions sur l'enthousiasme autour de ces nouveaux vaccins bivalents. Leur bonne tolérance a bien été évaluée, mais en revanche, le temps pressant, il n'a pas été décidé d'en évaluer l'efficacité par des essais cliniques. Pour justifier cela, les autorités brandissent un précédent, celui des vaccins contre la grippe, qui ne sont pas non plus testés dans la vie réelle avant d'être mis sur le marché. Mais on n'a pas le même recul avec le Covid que pour la grippe, et cet argument reste peu convaincant.

D'abord, nous posons une question d'ordre théorique. Différents articles ont qualifié Omicron et ses sous-variants de «variants furtifs», c'est-à-dire capables de passer sous les radars de l'immunité. Si Omicron est capable d'échapper à l'immunité acquise par l'infection et de ne laisser aucune trace de son passage dans notre machinerie immunitaire (nombreuses sont les personnes ayant été contaminées plusieurs fois avec ce variant), nous nous demandons comment l'immunité acquise par la vaccination bivalente pourra être protectrice.

Ces vaccins font le pari d'une persistance de la circulation d'Omicron alors qu'il n'est pas certain qu'il reste dominant dans les prochains mois.

Les seules données qu'apportent les fabricants portent sur des élévations d'anticorps neutralisants (pour le bivalent BA.1) et des essais sur les souris (pour le bivalent BA.5), ce qui nous semble encore un peu pauvre. Au risque de passer pour des Saint-Thomas, il est vrai que nous avons besoin de voir la théorie confrontée à des observations cliniques.

Vous vous dites que les autorités ont raison de faire un tel pari, car on court après les variants et le temps presse? Vous vous dites aussi que ça ne peut pas être moins efficace que les formulations vaccinales actuelles, pas très performantes pour empêcher les contaminations? Même sur ces points, nous exprimons quelques doutes.

Nous craignons en particulier que la réduction de la dose d'ARN messager contre la souche originelle fasse passer le vaccin sous le seuil d'efficacité clinique, laquelle, rappelons-le, n'a seulement pas été réévaluée pour ces vaccins bivalents. Alors que les États-Unis sont en train d'utiliser les vaccins en question à tour de bras, nous espérons avoir prochainement des réponses à nos interrogations et nous espérons que nos doutes seront levés sur ces points, puisque nous bénéficierons alors de leur expérience clinique.

Urgence pédiatrique

Ces vaccins bivalents font aussi le pari d'une persistance de la circulation d'Omicron en Europe alors qu'il n'est pas certain qu'il reste dominant dans les prochains mois. Souvenons-nous de l'irruption d'Omicron, qui a chassé en quelques semaines le variant Delta l'hiver dernier. Delta s'était pourtant installé depuis plusieurs mois et avait causé deux vagues en Europe. Difficile pour nous d'applaudir ces nouveaux vaccins bivalents avant d'avoir sous les yeux les résultats des données cliniques d'efficacité.

En revanche, nous ne pouvons que recommander à celles et ceux qui n'ont pas effectué leur dose de rappel de le faire rapidement, quelle que soit la formulation, monovalente ou bivalente. Si la tendance épidémiologique à la hausse se confirme et qu'une huitième vague automnale dont nous n'avons aucune idée de l'ampleur déferle sur le territoire, mieux vaudra être bien protégés.

Nous demandons aux pouvoirs publics de mettre en place une campagne d'information claire et engagée pour la vaccination des 5-11 ans.

L'autre urgence concerne les enfants (5-11 ans), insuffisamment vaccinés à ce jour. Il s'agit précisément de la tranche d'âge au sein de laquelle se fait la plus grande part des nouvelles contaminations en ce mois de septembre. Or, bien qu'éligibles depuis fin 2021 selon des avis positifs conjoints de la Haute autorité de santé (HAS) et du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale (COSV), les 5-11 ans ne sont vaccinés qu'à moins de 5%. Cette situation est pour le moins préoccupante, et la France est quasiment la lanterne rouge de l'Europe pour la vaccination des enfants alors que celle-ci présente un rapport entre bénéfices et risques plus que favorable. La Suisse est classée juste derrière en la matière.

Les études récentes montrent que si les enfants sont moins sujets aux formes graves, ceux qui ont été hospitalisés avaient été encore moins souvent vaccinés que la population du même âge. Pour autant, les enfants ne sont pas épargnés par les cas graves de syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique (PIMS) et par des myocardites sévères induites par l'infection au Covid-19. Ils ne sont pas non plus à l'abri du risque de Covid long.

Face à ces risques, la vaccination a démontré son efficacité, rendant inacceptable le fait de ne pas offrir une protection aux plus jeunes alors que l'on dispose d'un vaccin efficace et sûr. On peut attribuer cette hésitation vaccinale massive, centrée quasiment sur les seuls enfants, aux sociétés savantes de pédiatres francophones. C'est le fruit d'une longue tradition consistant, sans fondement scientifique solide, à prétendre –comme pour la varicelle ou autrefois la rougeole– qu'il serait préférable que les enfants construisent eux-mêmes leur immunité par l'infection naturelle plutôt que par la vaccination.

Aux États-Unis, l'activisme mené en faveur de la vaccination des enfants a permis d'atteindre une couverture beaucoup plus élevée, et nombreux sont les travaux qui quantifient aujourd'hui les bénéfices de cette vaccination Covid chez les enfants. Aujourd'hui et alors que l'automne pourrait être compliqué dans des établissements scolaires où le virus circule déjà, nous demandons aux pouvoirs publics de mettre en place une campagne d'information claire et engagée pour la vaccination des 5-11 ans. Protéger la santé et la scolarité des enfants sera l'un des défis qui attendra, en cette rentrée, Brigitte Autran et son nouveau Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires –qui tarde un peu à se mettre en place.

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