Sports / Monde

Il faut un boycott total de la Coupe du monde au Qatar

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Accepter d'aller au Qatar, c'est renoncer à toutes nos valeurs, en matière d'environnement et de droits des individus.

Une absurdité à tout point de vue. | Rhett Lewis via Unsplash
Une absurdité à tout point de vue. | Rhett Lewis via Unsplash

S'il existe un événement capable de résumer à lui tout seul la folie, l'absurdité et l'inconséquence de notre époque, c'est bien la prochaine Coupe du monde de football au Qatar. Le symbole de la corruption, de la gabegie et de l'omniprésence de l'argent qui permet de s'affranchir de toutes règles et d'accoucher d'une manifestation qui, si elle a lieu, représentera l'acmé d'une période où pourvu qu'on possède quelque fortune, on peut tout se permettre.

Cette Coupe du monde pue. Non pas parce que c'est le Qatar qui l'organise, mais parce qu'elle procède d'un ensemble de dysfonctionnements qui disent combien quand argent, jeux de pouvoir et trafic d'influence se retrouvent mêlés, ils débouchent sur des actions sidérantes de bêtise et de cynisme.

Oui, cette Coupe du monde pue. Elle empeste même. Qu'on ait pu s'imaginer qu'un pays grand comme un timbre-poste puisse organiser un événement d'une telle ampleur constitue déjà par son absence de diversité géographique comme culturelle une macabre plaisanterie. Mais que de surcroît, à aucun moment on ne réalise, par convenance ou ignorance, l'impossibilité de pratiquer un sport de haut niveau sous des latitudes pareilles, clame la totale incompétence des dirigeants à l'origine de cette décision.

Par incompétence, il faut bien sûr entendre le pouvoir engendré par l'argent, qui permet de rendre admissible ce qui ne l'est pas. Absolument rien ne prédisposait le Qatar à accueillir une Coupe du monde de football, à moins de penser qu'on puisse organiser un événement pareil sur une surface si exiguë que les stades où se dérouleront les rencontres se touchent ou presque –l'un des intérêts d'une Coupe du monde de football étant de pouvoir voyager de villes en villes, de régions en régions, autant de lieux à découvrir ou à visiter.

Car oui, sont sortis de terre six stades flambant neufs auxquels il faut rajouter la mise à niveau de deux déjà existants, le tout dans un périmètre qui ne dépasse pas les cinquante kilomètres. On n'est même plus dans l'absurde mais dans l'irrationnel, le grotesque, le foutage de gueule le plus magistral de l'histoire du sport. Stades situés en plein désert, ce qui nécessitera de les climatiser afin de permettre aux joueurs et spectateurs de rester en vie.

Se rend-on seulement compte de la géniale incohérence du projet, de sa parfaite incongruité? Quel besoin de construire autant de stades si la plupart sont voués à rester des vaisseaux fantômes égarés dans l'immensité de dunes désertiques? Quel intérêt pour l'éventuel supporter d'assister à une compétition où tout se déroule à proximité de Doha en une succession d'aller-retours, centres-villes-stades palpitants comme un épisode inédit de Julie Lescaut?

Et que dire des conditions de travail auxquelles ont dû faire face les malheureux ouvriers chargés de la construction des stades? Du nombre de morts? Des salaires de misère? Sans parler du coût écologique, de cette folie à devoir climatiser des stades au cœur de l'hiver, des indispensables et massifs déplacements en avion –difficile de se rendre au Qatar en train ou en voiture–, de toute cette dépense énergétique qui nous apparaît à l'heure où l'on nous parle de sobriété et de comportement responsable, comme un crachat adressé à l'ensemble de la planète.

Et ne parlons même pas du sort des femmes, des minorités, de l'intolérance partout omniprésente qui donne à cette contrée, pardon de le dire, l'aspect d'un royaume moyenâgeux –l'homosexualité y est passible d'une peine de prison de sept ans. Et pourtant, à l'heure où ces lignes s'écrivent, tout se passe comme si tout était absolument normal.

En France, on ne s'indigne pas ou si peu. On moque un entraîneur quand il parle ironiquement d'effectuer un déplacement en char à voile mais on n'hésite pas à envoyer son équipe nationale participer à un événement qui, à lui tout seul, consacre tous les maux de notre époque. Et bien évidemment, nos chers insoumis et autres écologistes si prompts à vilipender la pratique du barbecue ou le passage du Tour de France, cette fois se taisent –on se demande vraiment pourquoi…

Silence dans les rangs. (Il suffirait d'imaginer quelle eût été leur réaction si la compétition se déroulait en Amérique du Nord)

C'est de boycott qu'il faudrait parler. D'un boycott total. D'un refus de se prêter à cette mascarade. Au nom de l'humanité en péril. Alors oui, je sais bien, le gaz, les enjeux géopolitiques, le rôle trouble du Qatar dans les affaires de la nation, l'impensé du colonialisme, la nécessité de s'ouvrir à d'autres cultures, autant d'arguments avancés par les uns et les autres pour promouvoir cette manifestation, autant d'inepties racontées pour se voiler la face.

Jamais dans l'époque récente, on n'aura atteint un tel degré d'hypocrisie, un pareil amateurisme, une aussi grande désinvolture à nous prendre pour des pigeons.

La Coupe du monde au Qatar, c'est le plus grand bras d'honneur lancé à la face de ceux qui veulent encore croire à une humanité vertueuse capable de s'adapter aux défis du temps présent.

Il est encore temps de l'empêcher.

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