Parents & enfants / Société

Interdire les téléphones à l'école, est-ce vraiment une bonne idée?

Temps de lecture : 4 min

Il est nécessaire d'impliquer parents et élèves dans l'élaboration des règles concernant l'utilisation du portable dans le milieu scolaire.

Les enfants savent bien faire la part des choses entre ce qui relève ou non d'une utilisation appropriée du téléphone. | Yan Krukov via Pexels
Les enfants savent bien faire la part des choses entre ce qui relève ou non d'une utilisation appropriée du téléphone. | Yan Krukov via Pexels

Au Royaume-Uni, dès l'âge de 11 ans, la plupart des enfants possèdent un téléphone. En Chine, c'est à un âge encore plus précoce qu'ils en obtiennent un: 88% des élèves âgés de 6 ans à 8 ans auraient leur propre portable.

Ces téléphones, ils sont donc susceptibles de les emmener avec eux à l'école –encouragés en ce sens par leurs parents, qui y voient un intérêt pour leur sécurité. Cependant, les établissements scolaires peuvent les considérer comme des sources de distraction. En France, leur utilisation est interdite pendant les heures de cours et les récréations, au moins jusqu'au lycée. Ceci dit, une telle mesure est difficile à faire respecter, comme l'ont montré des recherches menées auprès d'enseignants chinois.

L'alternative serait de prendre acte, dans les règlements scolaires, de la présence désormais incontournable des smartphones dans nos vies quotidiennes. Nos travaux suggèrent ainsi que les élèves, même en primaire, ont la maturité nécessaire pour contribuer à la mise en place de telles politiques.

L'âge, un facteur important

Si certaines recherches (dont une menée en Espagne) ont mis en avant le fait que l'interdiction du téléphone portable pouvait améliorer les résultats scolaires des élèves, en particulier lorsque ces derniers sont issus de milieux défavorisés, ce constat ne se retrouve pas de manière systématique dans d'autres études.

Ces incohérences peuvent s'expliquer par le fait que ces recherches se sont focalisées sur des groupes d'âge différents, sans beaucoup tenir compte de la maturité des enfants et de leur motivation à l'école. Ce n'est pas anodin dans la mesure où, avec l'âge, les enfants peuvent apprendre à avoir recours à leur portable de manière plus appropriée.

On a par exemple observé que des élèves de 18 ans n'utilisaient leurs téléphones que pendant les interclasses, avant le début ou à la fin d'un cours, en attendant l'arrivée d'un prof. De plus, il s'agissait souvent d'une activité individuelle, ne perturbant pas l'apprentissage. Mais il semble peu probable que des adolescents plus jeunes, ou des enfants, se comportent de la même façon.

Des outils pédagogiques

D'autre part, plutôt que de considérer les téléphones mobiles comme des sources de distraction, on pourrait s'en servir pour encourager les élèves à s'engager dans leurs apprentissages.

Une initiative comme «Bring your own device», testée dans des établissements du secondaire en Nouvelle-Zélande, a permis de constater que les compétences numériques des élèves s'amélioraient lorsqu'ils étaient incités à prendre leurs propres smartphones et tablettes en cours. On note par ailleurs aussi, dans ce cadre, qu'il y a plus d'échanges au sein de la classe, mais aussi entre les élèves et leurs professeurs.

Au lieu d'interdire purement et simplement les téléphones, les écoles pourraient envisager des politiques intégrant un certain nombre de savoir-faire numériques et sensibilisant les jeunes aux risques des écrans et des réseaux sociaux.

Outre la réduction des distractions possibles dans les activités d'apprentissage, cela permettrait de favoriser de meilleurs usages au quotidien des smartphones, ce qui serait particulièrement précieux pour les enfants qui, par définition, ont plus de mal à réguler leur recours au numérique.

Ni parents ni enfants ne sont
pour l'interdiction totale

Il est important de prendre en considération les points de vue de toutes les personnes impliquées: les enseignants, chargés de mettre en œuvre la politique de l'établissement, les élèves auxquels ils s'adressent, et les parents, susceptibles d'influencer le respect des règles par leurs enfants.

Pour nos recherches, nous avons mené des entretiens en binôme avec des parents et leurs enfants de 10 ou 11 ans. D'abord, nous leur avons posé quelques questions sur la manière dont ils appréhendent les bénéfices et les risques des téléphones à l'école. Puis, nous leur avons présenté un panel de règlements scolaires pour qu'ils nous disent ce qu'ils en pensent.

Selon les résultats, parents comme enfants jugent que les téléphones sont importants pour rester en contact, tout en étant conscients de leurs risques dans le cadre scolaire, du harcèlement jusqu'aux accès à internet. Ni les uns ni les autres ne soutiennent une politique d'interdiction totale des portables.

«Préfet du téléphone»

Les enfants ont participé aux discussions avec beaucoup de maturité, surprenant parfois leurs parents par leur considération des risques. Ils savent bien faire la part des choses entre ce qui relève ou non d'une utilisation appropriée du téléphone.

De plus, en collaboration avec leurs parents, ils ont été capables de proposer des idées de règlements intérieurs et des solutions pour les faire respecter. Un duo parent/enfant a suggéré la présence d'un «préfet du téléphone», qui disposerait d'un téléphone mobile pour la classe, que les enfants et les parents pourraient utiliser pour se contacter pendant la journée si nécessaire.

L'implication des jeunes et de leurs parents dans l'élaboration des politiques d'établissement permet d'augmenter leur efficacité et même de réduire, de manière plus générale, les usages qui posent problème. La consultation des familles est par exemple déjà recommandée en Irlande en ce qui concerne les règlements en matière de téléphonie mobile.

Interdire totalement les téléphones à l'école pourrait, en somme, revenir à manquer une occasion d'engager et de former les nouvelles générations à un usage responsable des smartphones.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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