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En Chine, les dissidents sont internés dans des hôpitaux psychiatriques

Temps de lecture : 3 min

Un plaignant trop insistant, un tweet trop incisif, un cours trop renseigné… En Chine, tous les prétextes sont bons pour se débarrasser de celles et ceux qui font désordre.

Sur cette photo d'archive de 1997, Wang Wanxing, un dissident chinois détenu près de treize ans dans un asile psychiatrique, porte un pyjama d'hôpital et souffre officiellement de «monomanie politique». Cette affection ne figure dans aucun manuel médical, mais cela n'a pas empêché les autorités chinoises de maintenir Wang en détention indéfinie pour avoir tenté de commémorer le massacre de la place Tiananmen. | AFP
Sur cette photo d'archive de 1997, Wang Wanxing, un dissident chinois détenu près de treize ans dans un asile psychiatrique, porte un pyjama d'hôpital et souffre officiellement de «monomanie politique». Cette affection ne figure dans aucun manuel médical, mais cela n'a pas empêché les autorités chinoises de maintenir Wang en détention indéfinie pour avoir tenté de commémorer le massacre de la place Tiananmen. | AFP

À partir des années 1950, la Chine s'est mise à utiliser l'internement psychiatrique comme outil de répression. Des dissidents et militants sont ainsi arrêtés, «soignés» de force, et torturés. Cette méthode, empruntée à l'Union soviétique au début de l'ère maoïste, s'est réduite après la révolution culturelle (1966-1976), avant d'être ravivée en 1988 avec la création des asiles dits «Ankang».

Ce réseau d'établissements psychiatriques était géré directement par le ministère de la Sécurité publique. En 2012 et 2013, des lois ont finalement été promulguées afin de protéger les droits des patients, et de mettre fin à ces pratiques arbitraires. De toute évidence, cela n'a pas fonctionné.

Des hôpitaux pour les indésirables

L'ONG Safeguard Defenders, basée à Madrid, le confirme dans un rapport publié le 16 août 2022. Les auteurs Yanxi Mou et Dinah Gardner ont recensé au moins quatre-vingt-dix-neuf victimes, mais ce nombre ne représenterait que «la face émergée de l'iceberg». Dans un entretien à Radio free Asia, Liu Feiyue, militant des droits humains et fondateur du groupe China right observer, dit quant à lui avoir suivi plus de trente cas de militants «qui ont été internés de force dans des établissements psychiatriques en 2015, à leur insu ou sans le consentement de leurs proches».

Parmi eux, on trouve Li Tiantian, qui ne portait aucune pathologie mentale. Cette jeune enseignante de la province de Hunan, au nord de Hong Kong, disparaît en 2021 après avoir défendu, en ligne, un professeur de journalisme qui encourageait ses élèves à enquêter sur le massacre de Nankin. La bataille éponyme opposant la Chine et le Japon en 1937 a été le théâtre de viols et de massacres. Avant de disparaître, Li a envoyé un message à l'un de ses amis pour lui dire que la police l'avait forcée à voir un psychiatre «pour violation de commentaire acceptable sur les réseaux sociaux».

Moins d'un quart des victimes recensées par l'ONG Safeguard Defenders sont des militants politiques. La plupart sont de simples lanceurs de pétition, ou des manifestants, qui ont un jour osé se plaindre contre des faits de corruption ou d'injustice. C'est le cas de Zeng Jiping, un retraité de plus de 70 ans, ancien soldat de la municipalité de Chongqing, arrêté et détenu pendant plus de vingt ans pour avoir lancé une pétition. Celle-ci avait pour objectif de pousser la police à enquêter sur un conflit entre voisins qui a dégénéré en une agression violente contre lui et sa femme.

Étouffer les affaires

Autre cas similaire: le père de Jiang Tianlu avait été battu à mort par un fonctionnaire en 2004, après avoir saisi les autorités pour dénoncer un accaparement foncier illégal. Son fils a alors tenté d'obtenir réparation, mais c'est l'inverse qui s'est produit. Les autorités chinoises l'ont envoyé à plusieurs reprises dans un Ankang. Depuis, Jiang Tianlu ne sait même plus s'il a été interné plus ou moins de sept fois. «Après avoir pris leurs médicaments, je me sentais engourdi et faible… Ils m'ont aussi donné une thérapie par électrochocs.»

Comme dans le cas de Jiang Tianlu, il est courant que certaines victimes soient incarcérées plusieurs fois. Ainsi, Gu Xianghong a été envoyée à l'asile à une vingtaine de reprises. «Une fois que quelqu'un a reçu un traitement obligatoire, il devient alors plus facile de persuader les médecins de l'hospitaliser à nouveau», précise le rapport de Safeguard Defender.

En outre, selon le rapport national du Département d'État américain sur les pratiques en matière de droits humains de 2014, entre 1998 et mai 2010, plus de 40.000 personnes ont été internées dans les hôpitaux d'Ankang. Pour être libérés, les prisonniers doivent faire la promesse au gouvernement local de renoncer à toute sorte d'activisme.

Dresser sa population

Un tweet publié en janvier 2021 par Dong Yaoqiong permet de découvrir la forme que revêt ce type de déclaration. La jeune femme, qui a fait un premier séjour en hôpital psychiatrique pour avoir jeté de l'encre sur un portrait de Xi Jinping, a dénoncé cette pratique de déclaration forcée, avant d'être renvoyée une seconde fois dans un Ankang. Elle n'a plus donné de nouvelles depuis. Mais en Chine, les auteurs de pétitions et les dissidents politiques ne sont pas les seuls à être enfermés arbitrairement.

Les Ouïghours, ethnie musulmane sunnite, minoritaire dans le pays mais majoritaire dans la province du Xinjiang, en sont massivement victimes, depuis une série d'attentats commis par des terroristes ouïghours. Selon un rapport de l'ONU, près d'un million d'entre eux sont toujours détenus dans des camps, où ils sont endoctrinés, torturés, et parfois tués. Pour pouvoir en sortir, ils devront chanter les louanges du Parti communiste chinois. Pendant ce temps, et contre toutes les preuves, Pékin préfère parler de simples «camps de formation ouverts».

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