Culture

«Les Enfants des autres», un film tout en nuances sur la place de la belle-mère

Temps de lecture : 3 min

Dans son dernier long métrage, présenté à la Mostra de Venise, Rebecca Zlotowski offre une représentation rare d'une expérience pourtant universelle.

Virginie Efira livre, comme à son habitude, une performance terrassante, capable de nous bouleverser en un simple regard. | Capture d'écran FilmsActu via YouTube
Virginie Efira livre, comme à son habitude, une performance terrassante, capable de nous bouleverser en un simple regard. | Capture d'écran FilmsActu via YouTube

Dans la fiction comme dans l'imaginaire collectif, la belle-mère n'a pas souvent le beau rôle. C'est la marâtre de Cendrillon, la belle-doche stridente qui perturbe le cocon familial et a le culot de donner des leçons aux parents sur la manière dont ils devraient éduquer leurs enfants.

Pourtant, on connaît tous une belle-mère –apparemment, il y en a même qui sont sympas. Et dans la vraie vie, c'est (rarement) une méchante caricaturale aux ongles crochus: juste une femme qui, en tombant amoureuse, a dû faire de la place, dans son quotidien, à des enfants qui n'étaient pas les siens. Avec Les Enfants des autres, présenté en compétition à la Mostra de Venise et qui sortira en salles le 21 septembre, Rebecca Zlotowski accorde enfin un peu de nuances à ce rôle si délicat endossé par tant de femmes.

Une délicatesse bouleversante

Virginie Efira, dont la liste de rôles césarisables ne cesse de s'allonger au fil des années, incarne Rachel, 40 ans et sans enfants. Alors que l'héroïne tombe amoureuse d'Ali (Roschdy Zem), elle rencontre aussi son adorable petite fille de 4 ans, Leila.

On pourrait s'attendre à une multitude d'affrontements classiques découlant de ce scénario: une rivalité entre Rachel et l'ex-femme d'Ali, Alice (Chiara Mastroianni); un agacement face à cet enfant qui n'est pas le sien; ou une multitude de disputes avec Ali, qui serait partagé entre ses responsabilités de père et d'amant.

Mais le film de Rebecca Zlotowski contourne ces écueils et, avec une délicatesse bouleversante, évite le conflit à chaque opportunité. Car le retentissement émotionnel de ce nouveau quotidien, pour tous les personnages, est déjà suffisamment riche et complexe.

Représentation rare

Dans le film, Rachel est enthousiaste à l'idée de rencontrer Leila, et immédiatement conquise par la petite fille. Elle s'entend également bien avec Alice, la mère de l'enfant. Ce qui ne veut pas dire que son nouveau rôle n'est pas un terrain miné. Rachel doit sans cesse s'adapter, et apprendre à endosser de nouvelles responsabilités (comme le simple fait de prévoir un goûter quand elle va chercher Leila au judo).

La pression qu'elle ressent est double: à la moindre erreur avec Leila, Rachel pourrait perdre Ali, et en cas de rupture avec Ali, elle perdrait aussi son lien avec Leila. Virginie Efira livre, comme à son habitude, une performance terrassante, capable de nous bouleverser en un simple regard. Tous les enjeux du film sont contenus dans les dialogues, subtils et organiques, où une simple phrase de Leila («Pourquoi Rachel elle est tout le temps là?») agit comme une déflagration.

Rebecca Zlotowski, dont la plume et le regard ne cessent de s'affiner à chaque nouveau film, offre au sujet une nuance et un intérêt si rares que, face à l'écran, on a l'impression de découvrir pour la première fois cette thématique pourtant universelle. C'est d'ailleurs pour corriger un vide dans les représentations fictives que la cinéaste a voulu faire son film.

Comme elle l'explique dans sa note d'intention, le personnage de la belle-mère est «traditionnellement un personnage secondaire, parfois juste une figurante, qui doit s'effacer lorsque l'histoire d'amour se termine. Pourquoi est-ce que cette femme, qui vit une expérience commune –une que j'ai moi-même vécue– n'a jamais été une héroïne de cinéma? Avec Les Enfants des autres, je voulais simplement faire le film que j'avais besoin de voir, en pensant que peut-être d'autres auraient besoin de le voir aussi.»

Materner sans avoir d'enfants

Elle ne croit pas si bien dire, et sa représentation de la belle-parentalité (ou du gynéco idéal, incarné par Frederick Wiseman) n'est pas le seul cadeau qu'elle nous fait. Rebecca Zlotowski traite avec la même finesse la nulliparité, cet état qu'on nous vend parfois, dans la fiction, comme une tare monstrueuse.

Même si la relation entre Rachel et Leila est au cœur du film, Les Enfants des autres est aussi un film sur l'ambiguïté du désir de maternité, et le deuil qu'il faut parfois faire des enfants que l'on n'aura jamais. Rachel est comblée par la vie qu'elle mène, elle est passionnée, entourée, aimée. Ce qui ne l'empêche pas de se questionner, alors qu'elle dépasse les 40 ans, sur la possibilité de plus en plus faible de faire un enfant.

Lorsqu'un collègue lui demande si ce serait la fin du monde de ne pas en avoir, elle lui répond, songeuse: «Non, c'est pas la fin du monde. Je suis même un peu fière d'appartenir au groupe de celles qui n'en ont pas. Et c'est pas comme si je pensais qu'il fallait en avoir pour être complète. Mais c'est quand même cette immense expérience collective, que tout le monde traverse, et à laquelle je n'ai pas accès.»

Que l'on ait un enfant ou non, Les Enfants des autres parvient à réveiller des questionnements intimes sur notre rapport à la parentalité. Son titre fait allusion à Leila, mais aussi à tous les autres enfants des autres que Rachel aime et aide à grandir: ses élèves, ses amis, sa sœur, son neveu. Face au film, on se prend ainsi à penser à notre propre mère et à toutes les personnes qui, sans nous avoir mis au monde, nous ont un jour materné.

Les Enfants des autres

de Rebecca Zlotowski

avec Virginie Efira, Roschdy Zem, Anne Berest

Durée: 1h43

Séances

Sortie le 21 septembre 2022

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