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Dans des enregistrements inédits, Louis Armstrong se confie sur les horreurs racistes qu'il a subies toute sa vie

Temps de lecture : 2 min

Restaurés et numérisés dans le cadre d'un documentaire, ils mettent en lumière la colère du géant du jazz, bien loin du personnage public que nous connaissons.

Louis Armstrong joue de la trompette dans sa loge avant un spectacle en 1947 dans un cabaret de jazz new-yorkais. | Eric SCHWAB / AFP
Louis Armstrong joue de la trompette dans sa loge avant un spectacle en 1947 dans un cabaret de jazz new-yorkais. | Eric SCHWAB / AFP

Il est un des musiciens les plus importants de l'histoire de la musique, mondialement connu notamment pour son titre «What a wonderful world». Mais pour Louis Armstrong, il semblerait que le monde n'ait pas été si merveilleux que ça.

Comme le raconte The Guardian, des journaux audio inédits du géant du jazz ont été restaurés et numérisés et mettent en lumière sa colère face aux préjugés racistes auxquels il a été confronté toute sa vie. Dans le cadre d'un documentaire réalisé par Sacha Jenkins, des milliers d'heures enregistrements audio ont été numérisés par une équipe de cinéastes qui ont eu un accès inédit à ces archives.

Sur ces bandes son, le chanteur afro-américain parle notamment de son enfance difficile et dit être «né sans rien». Il est né en Nouvelle-Orléans, dans le quartier pauvre de Jane Alley. Son père, un ouvrier d'usine, a abandonné le foyer peu de temps après la naissance du musicien, tandis que sa mère était une bonne à tout faire dans des familles blanches et devait se prostituer régulièrement pour s'en sortir. Louis Armstrong a principalement été élevé par sa grand-mère paternelle, Joséphine, qui était une ancienne esclave.

Il évoque surtout les horreurs du racisme et partage plusieurs souvenirs. Il se souvient notamment d'un soir où un «homme blanc», probablement un marin, est venu le voir après l'un de ses spectacles pour lui serrer la main et lui dire qu'il avait tous ses disques. «Il m'a dit, en me regardant droit dans les yeux: “tu sais, je n'aime pas les négros.” Et je lui ai répondu: “eh bien, j'admire ta putain de sincérité.” Il a repris: “Je n'aime pas les négros mais... tu es un enfoiré dont je suis complètement fou.”»

Plus loin dans l'enregistrement, Louis Armstrong déplore que la majorité des Blancs «n'aiment pas» les Noirs, mais qu'ils en ont toujours un «dont ils sont complètements fous», raconte The Guardian.

Sur une autre bande son, Louis Armstrong parle d'un membre de l'équipe de tournage du film La Ruelle du péché (Glory Alley) de Raoul Walsh dans lequel il a joué, et qui lui a manqué de respect. «Je n'ai pas apprécié, l'entend-on raconter sur l'enregistrement. Je vous montre juste ce que je traverse sans raison.»

Dans les années 1950 et 1960, dans une industrie de la musique dominée par les hommes d'affaires blancs, Armstrong raconte dans une autre cassette avoir confronté son manager pour s'être accaparé une grosse partie de ses revenus personnels: «Je lui ai dit, “il est possible que tu sois mon manager et que ce soit qui me booke dans les plus grands endroits du monde, mais quand je monte sur scène avec ces sifflements et que j'ai des ennuis, tu n'es pas capable de me sauver.»

Deux ans pour tout numériser

Louis Armstrong aurait acheté un magnétophone en décembre 1950 et à partir de là, a commencé à enregistrer ses réflexions de manière quasi quotidienne. Les enregistrements sont si nombreux qu'il a fallu environ deux ans aux réalisateurs du documentaire pour les restaurer, les numériser et les retranscrire.

«Parfois, c'est juste lui qui parle, et parfois ce sont d'autres personnes, comme sa femme ou des musiciens. C'était pour ses archives personnelles. Il explique sur les bandes vouloir préserver son histoire pour la postérité. Le plus souvent, sa personnalité publique était très différente de ce qu'il pensait réellement au fond de lui. Beaucoup de ses émotions intérieures transparaissent sur ces enregistrements», a expliqué au Guardian Justin Wilkes, co-producteur du long-métrage.

Seul un «petit groupe d'historiens du jazz» était au courant de ces archives selon le co-producteur. Elles sont actuellement détenues par la Louis Armstrong Educational Foundation, la maison musée de Louis Armstrong à New York.

Le documentaire Black & Blues: The Colorful Ballad of Louis Armstrong sera présenté au festival international du film de Toronto qui se tient jusqu'au 18 décembre et sera ensuite disponible sur Apple TV+ à compter du 28 octobre.

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