Monde

L'affaire Henryk Siwiak: le dernier meurtre non résolu du 11 septembre 2001

Temps de lecture : 5 min

Alors que les États-Unis étaient sous le choc des attentats, Henryk Siwiak a été abattu dans un quartier malfamé de New York. Vingt-et-un an plus tard, l'enquête n'a pas avancé d'un pouce.

Le soir du 11 septembre 2001, alors qu'il se rendait sur son lieu de travail, Henryk Siwiak a commis deux erreurs fatales. | Maisa Borges via Pexels
Le soir du 11 septembre 2001, alors qu'il se rendait sur son lieu de travail, Henryk Siwiak a commis deux erreurs fatales. | Maisa Borges via Pexels

Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont coûté la vie à près de 3.000 personnes et marqué à jamais les États-Unis. De cette journée, le monde se souvient des avions de ligne s'écrasant sur les tours jumelles du World Trade Center, de leur effondrement, de l'immense nuage de poussière recouvrant Manhattan des jours durant, ou encore de la panique à Washington D.C.

Toute la lumière, ou presque, a été faite sur cette journée. Mais un mystère, indirectement lié aux attentats, demeure encore aujourd'hui: qui a tué Henryk Siwiak? Retour sur l'histoire du seul meurtre non résolu enregistré à New York ce jour-là.

L'effet papillon

Lorsqu'il quitte son domicile dans le Queens ce mardi matin de septembre 2001, Henryk s'attend à vivre un jour de travail comme les autres. Présent sur le sol américain depuis plusieurs mois après avoir émigré de Pologne, l'homme de 46 ans enchaîne les petits boulots à la Big Apple pour subvenir à ses besoins et transférer un peu d'argent à sa famille restée en Europe.

Pour lui, les États-Unis sont une terre promise où il est possible de réussir en partant de rien, à condition de ne pas avoir peur de suer à la tâche. La poursuite de ce rêve américain est la raison pour laquelle il ne supporte pas de rester chez lui à ne rien faire et se démène semaine après semaine pour signer des contrats.

Embauché depuis peu sur un chantier de construction au sud de Manhattan, il assiste ce jour-là en direct à l'événement qui va modifier le cours de l'histoire du monde occidental et oriental. Devant lui, les deux plus hautes tours du monde sont éventrées et un défilé de camions de pompiers et de voitures de police se presse dans le quartier du World Trade Center.

Dans les minutes qui suivent les impacts, le chantier sur lequel il travaille s'interrompt totalement à la suite de l'ordre d'évacuation de la zone par les forces de l'ordre. Les Twin Towers s'effondrent et le chaos s'empare de la ville. Choqué par ce qu'il vient de voir mais aussi très préoccupé par son avenir professionnel et financier, Henryk n'a qu'une seule idée en tête sur le chemin du retour: retrouver un travail dans les plus brefs délais.

Après avoir téléphoné à sa femme pour la rassurer et lui indiquer qu'il a pu rentrer à son domicile, il se lance en direction d'une agence d'intérim de Brooklyn très fréquentée par les Polonais du quartier. Il n'a plus de travail et est prêt à accepter n'importe quoi qui soit un tant soit peu rémunéré: sa survie en dépend. Un job d'homme de ménage dans un supermarché du coin lui est proposé, ce qui fera l'affaire en attendant mieux. Cette nouvelle mission débute le soir-même. Une bonne nouvelle, en apparence seulement…

Deux erreurs fatales

Henryk ne connaît pas le lieu où se trouve son nouvel employeur. Aidé de la personne qui le loge et d'un plan de métro de New York, il profite de l'après-midi pour préparer à l'avance son trajet, afin d'arriver à l'heure à son nouveau boulot. L'avenue Albany, à Brooklyn, sur laquelle se trouve le supermarché Pathmark où il doit officier, fait plusieurs kilomètres de long et le trajet qu'ils dessinent sur la carte conduit à son extrémité nord, tandis qu'Henryk doit se rendre à cinq kilomètres plus au sud. Sans le savoir, le travailleur polonais vient de mettre un premier clou sur son cercueil.

En milieu de soirée, il quitte sa chambre vêtu d'un treillis militaire et de bottes noires, pour rejoindre une station de transports en commun. Il descend à proximité du numéro 1 de l'avenue Albany, à l'opposé du 1525 où se situe la grande surface. Il est 23h30 et Henryk ne connaît pas les lieux. C'est à ce moment là qu'il va commettre une seconde erreur, fatale cette fois, en se dirigeant vers la mauvaise direction.

Il s'engouffre sur Decatur Street, une zone réputée pour être un coupe-gorge où la criminalité prospère, en particulier à la tombée de la nuit. Si le quartier de Manhattan est devenu plus sûr grâce à la politique de tolérance zéro instaurée par le maire républicain Rudy Giuliani, c'est loin d'être le cas des quartiers populaires environnants. Et Henryk Siwiak va en faire les frais.

Quelques minutes après le départ du métro, il s'effondre au niveau du numéro 119 de la rue Decatur, après avoir reçu une balle dans la poitrine. Elle a transpercé l'un de ses poumons. Autour de 23h45, son cœur cesse de battre. Le rêve américain vient de se transformer en cauchemar éternel.

Decatur Street est un coupe-gorge où la criminalité prospère, en particulier à la tombée de la nuit. | Capture d'écran via Google Street View

Un meurtre impuni

L'équipe de police qui se rend sur place après le meurtre n'est composée que d'un seul enquêteur. Les autres personnes sont des agents sans expérience dans ce type d'affaires. Déjà en sous-effectif en temps normal, les forces de l'ordre de ce coin de Brooklyn sont quasiment toutes mobilisées ce soir-là au World Trade Center pour assurer la sécurité des lieux et donner un coup de main aux pompiers.

Les policiers font le tour du quartier à la recherche de témoins et frappent aux portes des habitations à proximité de la scène de crime. Ils n'obtiennent que très peu d'informations: certains habitants disent avoir entendu des cris d'hommes et plusieurs coups de feu. Mais aucun nom, aucune description, aucune piste sérieuse à exploiter rapidement. Beaucoup ont préféré ne pas regarder par la fenêtre ou ne rien dire aux enquêteurs, par peur des représailles.

Les mois se suivent et se ressemblent. L'enquête patine et ne bénéficie pas de l'attention qu'elle aurait eue en temps normal. Tous les personnels de la ville ont pour mission de remettre Manhattan sur pied. La résolution du meurtre d'un discret immigrant polonais dans un quartier malfamé de New York est loin d'être une priorité en ces temps troublés, au grand dam de ses proches.

Une récompense de 10.000 dollars était promise pour tout renseignement menant au(x) meurtrier(s) de Henryk Siwiak. | New York City Police Department

Quelques pistes sont tout de même envisagées par les enquêteurs: un vol qui a mal tourné, ou une altercation avec les membres d'un gang local. La famille croit que la tenue militaire que portait Henryk, son teint mat et son anglais approximatif ont pu jouer un rôle, alors que la panique s'était emparée des États-Unis. Une chose semble certaine: il était au mauvais endroit au mauvais moment.

La mort d'Henryk Siwiak est le seul meurtre enregistré à New York le 11 septembre 2001, en dehors des victimes des attaques terroristes, et non résolu. Vingt-et-un an plus tard, l'enquête n'a pas avancé d'un pouce et les responsables n'ont toujours pas été identifiés. Le dernier mystère de cette journée tragique pourrait bien être celui-là.

Newsletters

On croyait le français de Louisiane mort, le voilà qui ressuscite

On croyait le français de Louisiane mort, le voilà qui ressuscite

Couramment parlé jusqu'au début du XXe siècle dans cet État américain, le français local a peu à peu disparu, avalé par la langue anglaise. Mais aujourd'hui, il est enseigné à 5.500 enfants et jouit à nouveau d'une certaine popularité.

De l'Afrique du Sud jusqu'à la Russie, embarquez pour la plus longue marche du monde

De l'Afrique du Sud jusqu'à la Russie, embarquez pour la plus longue marche du monde

22.000 kilomètres à pied, ça use les souliers.

États-Unis, Allemagne, Italie: les difficultés du pape François

États-Unis, Allemagne, Italie: les difficultés du pape François

L'ouverture prônée par le souverain pontife rencontre des oppositions à l'international laissant peu de marge de manœuvre, notamment sur la gestion de la question des agressions sexuelles.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio