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Joe Biden et les Démocrates reprennent du poil de la bête après avoir frôlé le K.-O.

Temps de lecture : 5 min

À l'approche des élections de mi-mandat, le président américain et son parti ont retrouvé un élan positif qui devrait leur permettre de tenir la dragée haute aux Républicains.

Joe Biden s'apprête à embarquer à bord d'Air Force One, le 26 août 2022. | Nicholas Kamm / AFP
Joe Biden s'apprête à embarquer à bord d'Air Force One, le 26 août 2022. | Nicholas Kamm / AFP

L'expression américaine «When it rains it pours» (qu'on peut traduire par «un malheur n'arrive jamais seul») aurait été parfaite pour décrire la situation dans laquelle se trouvait Joe Biden au début de l'été. Avec une inflation galopante, la remise en cause du droit des femmes, des spéculations autour de sa succession, un programme politique au point mort et le prolongement de la guerre en Ukraine, les orages se succédaient au dessus de la tête de celui qui, deux ans plus tôt, avait promis de reconstruire et apaiser l'Amérique.

Après une première année de mandat en partie saluée par les analystes malgré un enlisement dans les derniers mois et le retrait chaotique d'Afghanistan, le président démocrate n'imaginait probablement pas devoir faire face à cet enchaînement de crises intérieures et extérieures lorsqu'il a tourné la première page de l'année 2022. Parfois impuissant, parfois incompris, Joe Biden n'avait plus la main et apparaissait pris dans un tourbillon interminable, entraînant peu à peu son administration et sa majorité dans une impopularité record à cinq mois seulement d'élections de mi-mandat de la plus haute importance.

Mais après la pluie vient le beau temps. À la surprise générale, la situation s'inverse depuis quelques semaines. Le locataire de la Maison-Blanche et les siens reviennent en force et se repositionnent pour la prochaine échéance électorale. Si les météorologues maintiennent un indice de confiance peu élevé, le ciel de Washington se dégage peu à peu. Les nuages laissent maintenant place aux premiers rayons de soleil de l'année, et les visages jusqu'ici bien ternes des membres de la famille démocrate reprennent des couleurs.

Cela sera-t-il suffisant pour permettre au président de conserver sa majorité au Congrès? Pas certain, mais le raz-de-marée républicain annoncé depuis des mois devrait être bien moins important que prévu.

L'avortement, un sujet boulet pour les Républicains

La remise en cause par la Cour suprême de la protection du droit à l'avortement à l'échelle fédérale est sans aucun doute une victoire majeure pour le camp conservateur, qui s'est battu pendant près d'un demi-siècle pour le renversement du fameux arrêt Roe v. Wade. En renvoyant la balle aux États, la plus haute institution judiciaire du pays a créé de fait deux Amériques et mis plusieurs millions de femmes en difficulté. Surtout, elle a provoqué un vent de colère chez une grande partie de la population; bien que celui-ci ne se soit pas particulièrement manifesté dans la rue, il pourrait se faire sentir dans les urnes en novembre prochain.

Cette décision semble même être un véritable cadeau empoisonné pour le Parti républicain, dont la majorité des électeurs et élus ont célébré la nouvelle en juin dernier. C'est au Kansas, une terre ancrée à droite sur laquelle Donald Trump a gagné en 2016 et 2020, que cette possibilité s'est matérialisée pour la première fois le 2 août dernier. La population a été invitée à se prononcer par référendum sur une modification de la Constitution locale, qui aurait ouvert la voie à une restriction drastique du droit à l'avortement. Le résultat du vote a fait l'effet d'une bombe: en se prononçant contre à 59%, les habitants ont envoyé un signal clair à l'organe législatif de l'État contrôlé par les Républicains.

Tout s'est formidablement bien enchaîné pour Joe Biden et les Démocrates en cette fin juillet.

Surtout, il apparaît que le sujet a mobilisé l'électorat, ce qui a de quoi effrayer les analystes et candidats du Grand Old Party car c'est le signe que l'avortement pourrait bien être un formidable thème de campagne pour convaincre les indépendants, ô combien essentiels pour remporter une élection, de choisir les candidats démocrates le 3 novembre prochain. Alors si la bataille culturelle a bien été remportée par les conservateurs grâce à la Cour suprême, le prix politique à payer reste l'une des inconnues des prochaines élections. Et le Parti démocrate semble déterminer à faire grimper la facture.

Des victoires politiques significatives

Tout s'est formidablement bien enchaîné pour Joe Biden et les Démocrates en cette fin juillet, début août. Quelques jours avant le résultat encourageant en provenance du Kansas, le Congrès a adopté le CHIPS Act, une grande loi destinée à booster la production de semi-conducteurs aux États-Unis et à stimuler l'innovation, avec à la clé plus de 50 milliards de dollars (soit 50 milliards d'euros) d'investissements en direction de l'industrie de haute technologie américaine.

Dans la foulée, les États-Unis ont annoncé la mort du chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, à la suite d'une frappe de drone sur un appartement à Kaboul. Recherché depuis plus de dix ans, le successeur d'Oussama ben Laden était l'un des cerveaux des attentats du 11-Septembre, qui avaient fait près de 3.000 morts aux États-Unis. C'est ensuite le fruit d'une nouvelle victoire législative qui est venu se présenter sur le bureau du président: la signature d'une loi, le PACT Act, pour indemniser l'accès aux soins des anciens soldats exposés à des fumées toxiques.

Mais l'adoption par le Congrès d'un plan historique pour le climat et la santé, l'Inflation Reduction Act, voulu par Joe Biden depuis son entrée à la Maison-Blanche, constitue sans conteste le sommet de cette séquence et l'un des moments les plus marquants de sa présidence. Signée le 16 août, cette loi est une victoire extrêmement importante pour le camp démocrate à trois mois des élections intermédiaires. Surtout, elle replace les États-Unis au cœur de la lutte contre le réchauffement climatique avec près de 380 milliards de dollars d'investissements sur la décennie à venir, et devrait permettre à la première puissance mondiale de se rapprocher des engagements pris lors de la signature de l'accord de Paris.

La possibilité de conserver la majorité dans au moins une des deux chambres du Congrès s'est accrue ces deux derniers mois.

Enfin, pour clôturer l'été en beauté, une annulation partielle de la dette étudiante américaine a été décidée par la Maison-Blanche (10.000 dollars par emprunteur dont le revenu annuel ne dépasse pas 125.000 dollars), ainsi que le prolongement de la mise en pause du paiement de celle-ci jusqu'à janvier 2023. Une mesure qui devrait permettre à des millions d'Américains modestes de voir leur endettement se réduire d'un coup. Joe Biden l'avais promis durant la campagne, il l'a fait.

Le message envoyé aux électeurs est clair et pourrait se traduire ainsi: «Nous agissons tandis que nos adversaires s'enlisent dans les scandales, votez pour nous.»

Une éclaircie dans les sondages

Ces différentes victoires, combinées à une baisse continue des prix de l'essence et à un possible ralentissement de l'inflation, offrent une bouffée d'oxygène au locataire de la Maison-Blanche et à sa majorité. Malgré les risques de récession, le taux de chômage se maintient à un niveau historiquement bas, ce qui tend à rassurer les observateurs sur l'état de santé de l'économie américaine. La cote de popularité du président repart à la hausse après plusieurs mois de dégringolade, et vient de repasser au dessus de 40% selon l'agrégateur de sondages FiveThirtyEight.

Ce même institut, qui produit aussi des outils de prédiction pour les différentes élections nationales et notamment les élections de mi-mandat, permet de matérialiser cette bonne dynamique. La possibilité de conserver la majorité dans au moins une des deux chambres du Congrès s'est accrue au cours des deux derniers mois. Le modèle donne désormais 62% de chances aux Démocrates de maintenir ou accroître leur domination au Sénat, contre 50% à la fin du mois de juin.

À la Chambre des représentants, les chiffres s'améliorent aussi, mais restent trop faibles (21%) pour envisager aujourd'hui un retournement de situation. Reste que l'espoir est à nouveau présent; les sondeurs n'excluent désormais plus une surprise. De quoi remotiver les troupes après près d'un an de dépression.

Joe Biden pourra-t-il continuer de réformer le pays jusqu'en 2024? Rendez-vous début novembre pour le savoir.

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