Société / Économie

La sobriété ou le bonheur des joies simples

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] La sobriété n'a rien de triste ou de morbide. C'est même tout le contraire.

La sobriété, c'est le retour à une existence vraie. | Alexander Grey via Unsplash
La sobriété, c'est le retour à une existence vraie. | Alexander Grey via Unsplash

Ce sera Stalingrad. Ou Verdun. L'apocalypse. Un hiver en enfer. Sans électricité, sans chauffage, sans rien. Vide, le frigo. Vide, l'estomac de nos enfants. Vide, notre compte en banque. Les jours heureux s'en sont enfuis et avec eux l'abondance d'hier. Que nous reste-t-il à espérer si ce n'est des journées sombres comme une inflation non maîtrisée où devant nos chaudières à l'arrêt, nous pleurerons sur nos vies défuntes? Sur notre pouvoir d'achat atone?

Ah notre pouvoir d'achat! C'est qu'en Occident, nous avons tant associé l'idée de plaisir à celui d'argent que ce dernier venant à manquer, c'est comme si nos vies n'avaient plus aucun sens. Grandeur et génie du capitalisme: nous convaincre que le bonheur ne saurait aller sans être associé d'une manière ou d'une autre à une certaine dépense d'argent. Et plus grosse et conséquente sera cette somme, et plus grande serait notre jouissance.

Or je tiens à rappeler ici que bien souvent les joies les plus simples sont souvent celles qui ne coûtent rien ou presque. Ainsi une promenade en forêt, seul ou accompagné, réserve-t-elle son lot d'émerveillement, de la contemplation de la nature au plaisir de se dégourdir les jambes au milieu d'une flore aussi riche que variée. De la vue d'un arbre dont les cimes se perdent dans l'immensité des cieux. D'un écureuil qui passe par là vous saluer avant de filer sans demander son reste. De mille et une choses qui témoignent toutes de la beauté de ce monde.

À ceux qui d'avance tremblent à l'idée de passer une soirée seuls avec eux-mêmes, dans un dénuement proche d'un prisonnier de guerre, je rappelle que la lecture n'est pas encore interdite en France. Vous imaginez un peu la somme de richesse contenue dans un livre, mettons au hasard Les Misérables de Victor Hugo (Pour une fois, n'y voyez aucune malice, c'est juste circonstantiel!) De l'acheter, si vous ne pouvez l'emprunter ou le lire en ligne, vous coûtera seulement quelques euros. À ce prix-là, vous passerez le plus grandiose des hivers auprès de personnages qui une fois rentrés dans votre vie ne vous quitteront plus jamais.

On me taxera de naïf, d'idéaliste, de vieux con, d'intellectuel borné mais je persiste et signe: les plus grands plaisirs de la vie ne se calculent pas à l'aune de la grosseur de notre portefeuille. En grande partie, ils concernent la vie de l'esprit, la palpitation de l'intelligence, l'attrait de la connaissance, l'enrichissement de soi, le questionnement infini, la fréquentation des arts, la vie au grand air, autant d'activités qui ne coûtent rien ou presque. Encore moins de nos jours où par le biais d'internet, c'est tout le savoir du monde qui s'invite chaque jour sur l'écran de nos ordinateurs.

Par pitié, qu'on ne me traite pas d'élitiste. Pour en revenir aux Misérables, il n'est nul besoin d'avoir un bac plus douze pour en apprécier la grandeur. La langue d'Hugo n'est pas celle de Proust: elle n'a rien d'affecté ou de compliqué, elle respire même la simplicité; elle se laisse lire sans difficulté et divertit autant qu'elle donne à réfléchir. Croyez-moi, tous les soirs, ce sera la fête à la maison, l'invitation du romanesque et ses rebondissements infinis pour un prix quasi nul.

Qu'on ne me traite pas non plus de privilégié. Si je ne vis pas dans la misère, je n'évolue pas non plus dans l'opulence, loin s'en faut. J'ai parfaitement conscience des difficultés à venir, de l'augmentation du coût de l'énergie, des efforts à consentir pour bientôt se chauffer correctement. Mais je demeure persuadé que nos plus grands malheurs viennent de notre appétence à acquérir des objets dont nous n'avons nul besoin. L'attrait de la nouveauté, l'obligation d'être dans le vent, la course à consommer toujours plus sont autant d'incitations à vivre au-dessus de ce que nous permettent nos finances.

La sobriété tant décriée ou tant redoutée n'a rien de triste ou de morbide. C'est même l'exact contraire. La sobriété, c'est le retour à une existence vraie où loin des mirages de la société de consommation, on en revient à appréhender l'existence dans sa simplicité originelle. Loin de toute cette obscénité, de cette pornographie du divertissement, de cet abêtissement généralisé qui concourt à notre appauvrisement intérieur.

Vivre une vie sobre, c'est mener une existence qui fuit le superflu pour se concentrer sur l'essentiel. Ce n'est pas vivre au rabais mais accorder de l'importance aux choses qui le méritent vraiment. Ce n'est même pas de l'ascétisme, juste une manière de vivre au plus près de ses besoins et de ses désirs. Non point ceux dictés par la société marchande mais ceux nés au plus profond de la vérité de nos âmes. C'est glorifier l'inattendu au profit de l'inessentiel. C'est permettre à l'esprit de réfléchir par lui-même au lieu de bêler avec la foule. C'est vivre pleinement, tel qu'on l'entend, loin du tintamarre décrété par quelques marchands du temps qui de votre bien-être se moquent éperduement.

Ou pour le dire autrement, c'est une certaine idée du bonheur décrite ainsi par Apollinaire:

Je souhaite dans ma maison:

Une femme ayant sa raison.

Un chat passant parmi les livres.

Des amis en toute saison

Sans lesquels je ne peux pas vivre

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