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Puisque le nouvel Instagram ne plaît à personne, peut-être serait-il temps de s'en éloigner

Temps de lecture : 5 min

L'application imite de plus en plus TikTok, même Kylie Jenner s'en plaint.

L'intérêt des réseaux sociaux, que ce soit sur le plan professionnel ou personnel, est indéniable. Mais pour beaucoup, ces applications dans leur version actuelle devraient être consommés avec la plus grande modération. | Solen Feyissa via Unsplash
L'intérêt des réseaux sociaux, que ce soit sur le plan professionnel ou personnel, est indéniable. Mais pour beaucoup, ces applications dans leur version actuelle devraient être consommés avec la plus grande modération. | Solen Feyissa via Unsplash

«Est-ce que ça craint vraiment maintenant Instagram C'est une question que m'a d'abord posée ma sœur, il y a un mois, et qui n'a pas tardé à se propager sur le net, jusqu'à faire les gros titres cette semaine suite à la déclaration de notre dilettante des réseaux sociaux, Kylie Jenner. «RENDEZ-NOUS L'ANCIEN INSTAGRAM», a plaidé la milliardaire dans une story tout en majuscules postée sur l'appli. «Je veux juste voir des photos sympas de mes amis», a-t-elle ajouté en plus petits caractères.

L'appli est en effet devenue quasi insupportable ces derniers temps, envahie par des vidéos «Reels», des annonces sponsorisées et d'étranges petites «publications suggérées» provenant de comptes inconnus. Bien que ces dernières soient générées par des algorithmes personnalisés, celles qui encombrent mon feed semblent totalement aléatoires: des myriades de blondes préparant des salades vegan, des mammifères en délire, des relookings spectaculaires de maisons totalement au-dessus de mes moyens dans des villes où je n'ai jamais mis les pieds. Celles et ceux qui veulent voir des «photos sympas» de leurs amis doivent d'abord se frayer un chemin dans ce dédale.

Bien sûr, ce changement est tactique, il marque la volonté d'Instagram de privilégier les vidéos et de fonctionner ainsi davantage comme son très populaire concurrent, TikTok. Jenner et les autres détracteurs de la nouvelle version ont raison: Instagram, ça craint maintenant.

L'époque où Instagram
s'appelait Burbn

Mais en fait, ce n'est pas nouveau. Durant les premiers mois de son existence en 2010, l'application s'appelait Burbn et son offre de services était un mix assez déroutant: on pouvait «s'enregistrer» à certains endroits, gagner des points en fréquentant d'autres utilisateurs et poster des photos de soi en leur compagnie. Les développeurs de l'application ont vite constaté que la plupart des gens utilisaient Burbn uniquement pour publier des photos, ils l'ont donc limitée à cette fonction (avec en plus quelques filtres pour rendre ces photos plus jolies) et l'on rebaptisée en combinant les termes «instant camera» et «telegram».

J'ai créé un compte à la fin de mes études à l'université et mon premier post a été une image de profil d'une horrible maison en pain d'épice que j'avais décorée. Je ne comprenais pas comment faire pivoter l'image (ou construire une maison en pain d'épice, apparemment) mais je m'en fichais pas mal. Le post a été liké par une seule personne. Une personne trop gentille.

Ces débuts ont probablement été l'âge d'or d'Instagram: peu d'enjeux, peu de participation. Je publiais des photos de mes amis, de mes chats et de quelques randonnées particulièrement pittoresques. Et je gratifiais de commentaires inoffensifs, comme «Tu me manques!» et «Trop mignon!» des photos du même style publiées par mes amis. À l'heure où Facebook était colonisé par les plans marketing multi-niveaux de mes camarades de lycée et les déclarations politiques douteuses de parents éloignés, mon cercle d'amis et moi nous sommes rabattus sur Instagram. L'application remplissait son objectif: nous permettre de garder le contact.

Instagram est devenu
un environnement plus toxique,
où on ne se contente plus de poster
des selfies et des mèmes.

Mais s'il existe un monde où une application populaire peut prospérer en remplissant une fonction unique et toute simple, ce n'est pas le nôtre. Instagram a bientôt été racheté par Meta (alors Facebook) pour la somme astronomique d'un milliard de dollars. Instagram a donné un verbe. Des start-up ont afflué pour aider les influenceurs à faire fructifier leurs posts –des personnes parfaitement ordinaires ont commencé à faire la publicité de vêtements et de maquillage à leurs amis, pour toucher progressivement un public considérable.

Puis l'algorithme s'est mis à récompenser les pommettes hautes, les peaux impeccables et les lèvres pulpeuses jusqu'à l'écœurement. Tout ceci a eu un effet radical: Instagram est devenu un environnement plus toxique, où on ne se contente plus de poster des selfies et des mèmes, mais où l'on peut nouer des relations parasociales avec des célébrités, alimenter ses complexes et voir des publicités pour des liftings pas chers.

Consommer avec
(grande) modération

Pour ma part, j'ai commencé à prendre mes distances bien avant qu'on en arrive là. Mon compte est privé, j'accepte uniquement les invitations de personnes que je connais (ou que je «connais» au sens large qu'a pris le terme à l'ère numérique). Je suis quelques compagnies de ballet pour être au courant des spectacles et quelques marques pour rester au courant des promotions (comment saurais-je sinon quand faire chauffer la carte bleue chez J. Crew?). Je suis une seule influenceuse de fitness et uniquement parce que je fais vraiment les exercices qu'elle propose (et, je reconnais, son bébé est trop chou). J'ai mis en place un petit système pour garder le contrôle: je n'ai pas l'appli sur l'écran d'accueil de mon téléphone, donc quand je me connecte, c'est une décision délibérée, que je prends généralement quand je dois faire la queue.

Je ne suis pas pour autant une ascète de l'Internet, et je vois l'intérêt des réseaux sociaux, sur le plan professionnel et personnel. Mais je sais que pour moi, les réseaux sociaux dans leur version actuelle doivent être consommés avec la plus grande modération. J'ai dû arrêter de suivre Emily Ratajkowski, par exemple, parce que faire la queue chez Walgreens avec une prescription pour un gel anti-acnéique en regardant des photos de ses abdos en béton et de ses vacances sur des plages privées me rendait amère. Cela n'a rien à voir avec @EmRata (qui est probablement adorable) et tout à voir avec moi, mais bon. Dans mes mauvais moments, j'ai même parfois du mal à trouver l'énergie de me réjouir pour les personnes que j'aime vraiment.

Ce peu de temps que je consacre à l'appli –quelques minutes par semaine à faire défiler le fil d'actualité et à parcourir les stories de mes amis– est suffisant pour savoir qui se fiance et qui achète un maison; qui a un bébé et qui sort un livre (et qui, hypothèse peu probable, a un bébé et sort un livre en même temps). J'ai appris à éviter de consulter l'appli si je ne suis pas d'humeur à commenter leurs bonnes nouvelles en cliquant sur le cœur.

Je ne suis pas un cas isolé. Selena Gomez, qui est l'une des célébrités les plus suivies sur Instagram –par définition, l'une des plus attractives visuellement–, explique que pendant plusieurs années, le côté envahissant de l'application l'a incitée à se déconnecter: «J'en avais assez de voir la vie des autres. Après cette décision, je me suis sentie instantanément libérée.» (On suppose qu'elle a maintenant une équipe qui alimente son fil d'actualité).

À qui s'adresse l'application désormais? Que Kylie Jenner elle-même soit véritablement agacée ou non par la nouvelle interface utilisateur, elle a une raison plus évidente de vouloir qu'Instagram privilégie les «photos sympas». Elle et ses sœurs ont longtemps utilisé la plate-forme pour vendre leurs produits et leurs images (qui sont, en un sens, aussi des produits). Leur inaptitude à maîtriser la nouvelle forme de vidéos brèves promue par Instagram risque de diminuer leur influence. Mais cette influence pourrait rester malgré tout assez forte pour leur permettre d'arriver à leurs fins: dans les jours qui ont suivi le post de Jenner, l'action de la société a chuté de 3%.

Dans une vidéo habilement consensuelle, le directeur d'Instagram Adam Mosseri a promis qu'il restait «engagé» envers les utilisateurs. Mais il y a longtemps que la mauvaise version de l'application a gagné. C'est peut-être aujourd'hui les utilisateurs qui devraient rompre leur engagement à l'égard d'Instagram.

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