Société / Économie

Flexibilité, sens, équilibre de vie: voici à quoi pourrait ressembler le travail de demain

Temps de lecture : 3 min

Selon un panel de responsables des ressources humaines, les compétences en gestion de l'incertitude devraient notamment monter en puissance, alors que les organisations deviendront plus flexibles.

La crise sanitaire a engendré de nouvelles pratiques de travail dans tous les secteurs d'activité, notamment avec le développement du travail à distance. | charlesdeluvio via Unsplash
La crise sanitaire a engendré de nouvelles pratiques de travail dans tous les secteurs d'activité, notamment avec le développement du travail à distance. | charlesdeluvio via Unsplash

Une étude du cabinet One Point publiée en 2022 souligne qu'un actif sur deux a déjà entrepris, pensé ou pense actuellement à une reconversion. Autre chiffre de cette étude: pour 93% des personnes interrogées, les actifs changeront de nombreuses fois de métier au cours de leur carrière. Dans la presse se multiplient les articles et témoignages concernant les changements d'emploi, de mode de vie, etc., avec en caisse de résonance le phénomène de «grande démission» observable aux États-Unis.

Ce phénomène traduit une transformation sociétale profonde, avec une évolution des pratiques de travail, notamment le développement du travail à distance, la crise sanitaire agissant comme un catalyseur dans l'ensemble des secteurs d'activité. Cette transformation repose également sur le développement des technologies de l'information et de la communication (TIC), qui ont engendré de nouvelles formes de travail déspatialisées et de nouveaux modes de gestion qui ont déjà été étudiés auparavant, mais souvent sous l'angle du travail à distance.

De la flexibilité et du sens

C'est dans ce contexte que le cabinet Obea et l'École de management Léonard de Vinci ont décidé de lancer, en 2022, une chaire sur les nouvelles expériences du travail (NEXT), qui a pour objectif d'identifier les conséquences des changements de fonds au niveau des pratiques de travail des individus et des modes d'organisation au sein des entreprises. L'objectif de cette chaire est également d'analyser les innovations managériales, les agencements des espaces de travail et le rôle des TIC en tant qu'artefact de structuration des pratiques de travail.

Une étude a d'abord été réalisée auprès d'un panel représentatif de 49 responsables des ressources humaines (DRH), issus d'entreprises de toutes tailles et de tous les secteurs, à partir d'un questionnaire en ligne, diffusé en parallèle d'un hackathon avec des étudiants sur le thème «Le travail en 2030: dans la peau d'un DRH».

Dans la synthèse publiée, plusieurs tendances se dégagent. À la question «Quand vous pensez au travail de demain, quels mots vous viennent spontanément à l'esprit?», les réponses sont orientées vers l'organisation du travail avec les notions «d'hybride, de flexibilité et de sens». Les deux premiers concepts sont très liés au travail à distance (notamment le télétravail), qui est étudié depuis de nombreuses années, mais dont la part était dans les faits restée marginale jusque-là.

La notion «hybride» témoigne du fait que le travail à distance n'est pas opposé au travail en présentiel et que la vraie problématique porte sur la répartition et l'encastrement organisationnel des deux modalités au sein d'une même organisation.

En effet, le travail à distance n'est pas forcément la reproduction des tâches d'un travail en présentiel et pose les questions, au-delà de ses modalités (nombre de jours, lieux, etc.), de l'éligibilité des profils et de la coordination du travail, tout en maintenant du sens et de l'engagement pour les collaborateurs.

L'un des faits marquants est que l'on est passé d'un modèle où la norme était «travail en présentiel majoritaire/travail à distance minoritaire» à un modèle plus équilibré entre les deux modalités d'organisation (souvent on retrouve une norme de deux à trois jours de télétravail dans les organisations). Or, même si le travail en présentiel reste prédominant, le déplacement du curseur entre les deux modalités engendre des effets très importants au sein des organisations.

Concernant la question «Selon vous, quelles sont les évolutions du travail de demain les plus positives?», on retrouve trois dimensions assez marquées, mais pas si éloignées des préoccupations des étudiants: le développement des compétences en continu, l'équilibre de vie et les aspects de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de développement durable (DD).

Dans le cadre de l'étude, la question des conséquences négatives a également été posée: «Quelles sont vos craintes éventuelles lorsque vous imaginez le travail de demain?» Sans surprise, avec le développement du travail à distance et la multiplication des outils, on retrouve des facteurs comme la surconnexion, la surcharge informationnelle et l'isolement des collaborateurs.

L'une des thématiques de la chaire sera d'étudier comment les TIC peuvent, en tant qu'artefact, contribuer à structurer les pratiques de travail et à encastrer les modalités de travail à distance et de travail en présentiel. La désynchronisation des espaces-temps et des lieux s'est accentuée et engendre de nombreuses problématiques managériales, avec également des pratiques et attentes inter-générationnelles très différentes au sein des organisations.

Une incertitude croissante

Enfin, une dernière partie de l'étude concernait les qualités et compétences principales à mettre en œuvre dans le travail de demain. Les trois premiers facteurs cités (gérer l'incertitude, l'agilité et l'intelligence émotionnelle) peuvent être mis en perspective par rapport aux questions précédentes, à une difficulté croissante de savoir de quoi demain sera fait et une incertitude croissante, la pandémie du Covid-19 étant un marqueur fort dans les esprits des DRH.

Cela correspond d'ailleurs à une tendance dans les formations proposées sur le management en environnement incertain et/ou complexe, notamment en executive education.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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