Société

L'été pas du tout imaginaire: le sandwich triangle

Temps de lecture : 2 min

Ce qui donne ce goût si particulier à ce sandwich dont la seule qualité est d'être géométrique est un ingrédient invisible et non listé à l'arrière du paquet: le seum.

On sait qu'on va manger un truc pas bon. Et le truc pas bon vous regarde droit dans les yeux, derrière son plastique, en s'excusant par avance d'être un truc pas bon. | Louison
On sait qu'on va manger un truc pas bon. Et le truc pas bon vous regarde droit dans les yeux, derrière son plastique, en s'excusant par avance d'être un truc pas bon. | Louison

Quand vient la fin de l'été, un phénomène étrange se produit: d'abord on chante du C Jérôme à tue-tête sans pouvoir s'arrêter (oui voilà, ça y est, vous aussi), et ensuite, votre tranche de pastèque, dans laquelle vous preniez plaisir à croquer depuis des semaines entre deux mojitos, vient de se transformer, tout à coup, par un tour de magie bien pourrave du genre transformation d'une Porsche vintage en soupe au potiron, en tranche de jambon industriel. Babidibabidibou.

Ce jambon industriel qu'on retrouve la plupart du temps coincé entre deux épaisseurs de pain neurasthénique, badigeonné d'une substance qu'on ne peut décemment pas appeler «mayonnaise», à moins de vouloir finir jugé, et sévèrement, par la Cour pénale internationale.

Ce même jambon qui côtoie deux feuilles d'un élément qui fut, dans une vie précédente, considéré comme de la laitue et qui désormais –et en secret, avec le bout de tomate qui lui fait office de voisin de dessus–, fomente le projet assuré d'un suicide collectif, et ce dès la première bouchée. Plutôt au sol, bouffé par un goéland ou un teckel affamé qu'une seconde de plus dans cette escroquerie que seules les aires d'autoroute osent appeler un sandwich.

Un sandwich dont le prix est d'ailleurs, le saviez-vous?, annexé sur celui du mètre carré dans le quartier parisien autour de la tour Eiffel. Sandwich, qui –coïncidence? Non– a également le même goût qu'un échantillon de parquet flottant. Tous ces ingrédients, plus mélancoliques les uns que les autres, attendent donc patiemment, emballés dans trois faces de carton plié et une quatrième en cellophane, bien transparente pour rendre la promesse de la future dégustation absolument sans surprise. Ni espoir.

On sait qu'on va manger un truc pas bon. Et le truc pas bon vous regarde droit dans les yeux, derrière son plastique, en s'excusant par avance d'être un truc pas bon. Mais ce qui fait que ce fameux sandwich triangle nous reste sur l'estomac, la rate, le foie, la vésicule biliaire, le pancréas et, soyons honnête, même un peu sur l'âme, ce n'est pas simplement parce que de très très médiocres ingrédients ont composé un très très discutable repas, à un rapport qualité-prix très très déprimant. Même si un peu, quand même.

Non, ce qui donne ce goût si particulier à ce sandwich dont la seule qualité est d'être géométrique est un ingrédient invisible et non listé à l'arrière du paquet: le seum.

Car ce sandwich isocèle se trouve dans la vitrine réfrigérée d'une station d'aire d'autouroute. Autoroute qui, contrairement à celle prise quelques jours ou semaines plus tôt, ne vous emmène pas tranquillement mais sûrement vers la pastèque et la glandouille, mais au contraire, kilomètre par kilomètre, vers une nouvelle saison 2022-2023 garantie sans pastèque mais pas sans pépins. [Insérez ici le bruitage caisse claire-caisse claire-cymbale de votre goût.]

Vous excuserez cette blague qui, il y a quelques années m'aurait sans doute valu un CDD renouvelable deux fois aux «Grosses Têtes», mais j'ai le jambon au prix du croco qui me reste un peu en travers de la gorge. Allez plus que onze mois avant de retrouver les mojitos bus les fesses dans l'océan, et en attendant il reste les Spritz sirotés face au néant.

Santé! Et bonne rentrée.

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