Santé

Covid-19: les scénarios possibles pour la rentrée

Temps de lecture : 10 min

Après une fin d'été relativement calme, selon les critères de nos dirigeants, quelles sont les forces en présence et les scénarios pour l'automne 2022 et l'hiver 2023?

Quel que soit le scénario qui advienne à l'automne, il est crucial de faire preuve d'anticipation, d'humanité et de solidarité. | Silke via Unsplash
Quel que soit le scénario qui advienne à l'automne, il est crucial de faire preuve d'anticipation, d'humanité et de solidarité. | Silke via Unsplash

Si aujourd'hui peu de voix osent avancer que la pandémie de Covid-19 serait bel et bien derrière nous, nous restons frappés par le fait que beaucoup semblent se satisfaire d'un «vivre avec» qui ressemble plutôt à un véritable «laisser faire», allant à l'opposé de tout modèle de solidarité et d'humanité envers les plus vulnérables. Cette politique s'accommode en effet de vagues à répétition qui entraînent chacune plus de 10.000 morts tous les trois mois, soit déjà près de 30.000 depuis le début de l'année 2022 en France.

C'est une véritable tragédie que tous ou presque feignent d'ignorer. La vague survenue durant cet été 2022 aura connu un pic avant la mi-juillet à près de 120.000 cas par jour en France –chiffres que nous savons largement sous-estimés, dans la mesure où le nombre de tests réalisés s'est effondré en quelques mois. Tous les indicateurs convergent aujourd'hui pour affirmer que nous nous dirigeons bien vers une période d'accalmie, même s'il reste encore plus 10.000 cas rapportés par jour –ce qui est bien au-dessus d'un seuil d'alerte de 5.000 cas quotidiens.

Nous voudrions cependant anticiper les mois à venir et envisager ce qu'il est possible de mettre en place pour limiter la circulation du virus sans trop attenter aux libertés individuelles. Nous n'allons pas recommander de nouveaux confinements ou couvre-feux que plus aucun pays démocratique ne propose aujourd'hui. La question est de savoir si l'on peut tenter de faire mieux, d'éviter que les vagues pandémiques ne causent autant de décès et de séquelles à long terme. Comment réduire ce chiffre insupportable de 80.000 décès par vague à travers l'Union européenne? Comment éviter les Covid longs qui surviennent chez 10 à 15% des personnes contaminées, dont celles qui ne développent pas de formes sévères? Les conséquences des Covid longs se révèlent parfois insupportables pour la santé et la qualité de vie des malades.

De quoi disposons-nous actuellement? Quels sont les leviers à actionner que nous aurions insuffisamment mobilisés et qui nous donneraient les moyens d'un «vivre avec» véritablement solidaire et humain, même si nous préférerions l'appeler un «vivre sans», voire même un «vivre contre» ce Covid?

Système de ventilation dans les lieux clos

Nous demandons un plan national «ventilation» pour les lieux clos accueillant du public, incluant les transports. C'est notre premier point parce qu'il n'a pas du tout été mis en œuvre et représente peut-être un grand potentiel d'efficacité dans la riposte contre cette pandémie. Par «ventilation» nous entendons «aération» bien sûr, c'est-à-dire renouvellement de l'air intérieur, mais aussi la mise en œuvre de procédés associés de purification et de filtration de l'air.

S'il fallait établir des priorités, nous proposerions volontiers de commencer par les écoles. Pour fournir des preuves formelles d'efficacité sur la pandémie d'une meilleure ventilation, mesure possiblement coûteuse, nous proposons d'envisager des expérimentations locales qui seraient étendues dès les premiers résultats recueillis s'ils se révèlent probants. Face à un virus dont la transmission se fait par voie aéroportée, ce type de mesure pourrait s'avérer hautement efficace pour limiter les contaminations. Pourtant, à ce jour, aucun plan n'a été décidé au-delà des seules recommandations peu circonstanciées émises.

Port du masque FFP2 en lieux clos et dans les transports

Ensuite, le port du masque en lieux clos incluant les transports (en privilégiant les masques FFP2 qui apparaissent comme plus efficaces que les masques chirurgicaux ou en tissu). Ne nous voilons pas la face: les messages institutionnels signalant que le masque n'est plus obligatoire mais reste recommandé sont voués à l'échec. Et, force est de constater que seule une infime minorité d'usagers porte encore le masque dans les transports publics et autres lieux clos.

L'obligation du port du masque FFP2 en lieux clos et dans les transports lorsque le Covid circule activement dans la communauté serait une mesure qui limiterait la propagation du virus et diminuerait la dose virale infectante en cas de contaminations, diminuant ainsi les risques de formes sévères et de Covid longs.

Comment définir le seuil à partir duquel on considère que «le virus circule activement dans la communauté»? Même si la veille sanitaire n'est pas entièrement satisfaisante, loin de là, il nous semble cependant pragmatique de retenir le seuil proposé par le président de la République lui-même en 2020 pour définir l'accalmie, soit 5.000 cas quotidiens rapportés par Santé publique France. Nous proposons ainsi qu'au-dessous de 5.000, on n'impose pas le masque, mais qu'au-dessus, il soit rendu obligatoire en lieux clos. C'est une mesure simple, franchement pas très liberticide et qui représenterait un geste de vraie solidarité active vis-à-vis des personnes les plus vulnérables qui désormais renoncent à sortir de chez elles, par peur d'être contaminées.

Dépistage, en privilégiant les tests PCR

Nous retrouvons aussi le testing. Il est vraiment crucial de continuer de promouvoir les tests de dépistage. En effet, il faut que les personnes positives connaissent leur risque de contaminer les autres pour pouvoir s'isoler et protéger leur entourage et la communauté. Le virus n'a pas changé, on le connaît, il est toujours autant capable de générer de vastes clusters que ce soit au bureau, à l'école, dans les établissements de soins ou dans les Ehpad. Il faut tout faire pour qu'il circule le moins possible lorsqu'on sait qu'il est présent dans la communauté. L'isolement des positifs est donc un impératif de santé publique.

Et puis, les tests représentent un bénéfice individuel direct pour certaines personnes, en particulier les personnes immunodéprimées du fait de leur traitement ou de leur maladie, et les personnes âgées, afin qu'elles bénéficient au plus vite d'un traitement efficace contre les formes sévères de Covid-19 en cas de test positif.

Les tests PCR restent le gold standard et doivent être privilégiés partout où ils sont accessibles facilement et rapidement. Les auto-tests sont certes moins performants, car il faut rappeler que si un auto-test positif ne laisse pas de place au doute, un auto-test négatif ne signifie pas que l'on n'est pas porteur du virus. Il représente cependant une forme d'auto-gestion de la pandémie par les citoyens et on souhaite continuer à les encourager à agir.

En revanche, il ne faut pas promouvoir les auto-tests comme des outils qui permettraient de baisser la garde avant un repas en famille ou une visite auprès d'un aîné. Un test négatif ne devrait pas davantage dispenser des mesures de prévention qu'une absence de test. Mais un test positif permettra de s'auto-isoler et de moins contaminer ses proches.

S'il reste toujours préférable de faire un PCR en laboratoire et de s'isoler dans l'attente des résultats, les CDC nord-américains ont recommandé de pratiquer trois auto-tests séparés de 48 heures pour maximiser la probabilité qu'ils soient positifs en cas d'infection. Sur la question du testing dont découle logiquement l'isolement des personnes positives, insistons sur l'importance de maintenir les amortisseurs sociaux, ces aides à l'isolement qui ont fait le succès de la stratégie du «quoi qu'il en coûte» dans la riposte française initiale.

Et enfin, de grâce, arrêtons les injonctions à aller travailler si on est asymptomatique!

Une plus grande couverture vaccinale

Venons-en à la vaccination. Notre avis suit logiquement les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) et de l'EMA qui jouissent d'expertises collectives indépendantes des fabricants et nous offrent des recommandations informées par des dossiers dont aucun expert isolé ne dispose complètement. Alors, aujourd'hui, nous ne saurons que trop recommander aux adultes de moins de 60 ans sans condition particulière de respecter un schéma vaccinal à trois doses –deux doses initiales + une dose de rappel.

Nous invitons également toutes les personnes concernées par la quatrième dose à la faire. Il s'agit:

  • Des plus de 60 ans
  • Des personnes immunodéprimées et à risque de forme grave
  • Des femmes enceintes
  • Des personnes vivant ou travaillant avec des personnes immunodéprimées et à risque de forme grave.

Concernant la vaccination des enfants de plus de 5 ans et des adolescents, le débat est très vif dans la société. Nous ne parlons pas seulement des antivax obscurantistes qui ne savent que lancer des insultes et des menaces sur Twitter sous couvert d'anonymat. Bien au-delà, le débat d'idées est riche sur le sujet et la controverse importante à instruire sereinement.

Alain Fischer, spécialiste de l'immunologie pédiatrique outre sa casquette de président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, s'est toujours fait le promoteur de la vaccination des enfants et nous le suivons entièrement. Il évalue le rapport bénéfice/risque comme favorable car le vaccin protège les enfants des rares formes graves et des plus fréquentes formes dites longues ou post-infectieuses. Nous sommes d'accord aussi pour rappeler que le vaccin contre le Covid-19 chez l'enfant permet de réduire l'absentéisme scolaire.

Nous reconnaissons cependant que tous les parents et même les experts ne partagent pas notre avis. La HAS et le Conseil scientifique ont émis des avis pour le moins nuancés sur ce sujet, et ce débat après près de trois ans de pandémie est sans doute un indicateur que la question du vaccin chez l'enfant n'est pas si facile à trancher et qu'il y a probablement un gradient dans le rapport bénéfices/risques en fonction de l'âge et des comorbidités.

Il est indiscutablement très favorable chez les personnes âgées et à risque de formes graves, et sans doute moins élevé chez les plus jeunes. Maintenant, si nous pensons à l'avenir, dont personne ne sait de quoi il sera fait, nous ne voudrions pas que de nombreux enfants ne se retrouvent pas protégés contre un nouveau variant plus agressif à leur encontre qui émergerait dans quelques semaines ou quelques mois, ni que l'on découvre que les infections à répétition d'enfants non vaccinés nuisent plus gravement qu'on le supposait à leur santé future.

Pour toutes ces raisons, nous regrettons que la France et la Suisse soient les deux mauvais élèves de l'Europe en matière de couverture vaccinale des enfants. Nous verrons également à l'automne ce qui est recommandé concernant les vaccins bivalents et nous suivrons attentivement l'évolution des avis de la HAS sur tous ces sujets.

Un meilleur accès aux médicaments

Dernier point et non des moindres car on sait qu'il permet une diminution notable des décès: un meilleur accès aux médicaments (Evusheld, Paxlovid).

Si certains médecins sont encore frileux dans leur prescription, les associations de malades comme Renaloo militent largement pour un accès élargi et simplifié aux personnes vulnérables et nous les suivons sur ce point. Nous regrettons que les pouvoirs publics européens ne soient pas plus actifs pour réclamer le bebtelovimab, seul anticorps monoclonal qui n'a pas perdu d'efficacité contre les sous-variants BA.4 et BA.5 et nous rappelons que le Remdesivir pourrait être mieux et davantage utilisé, dans la même indication que le Paxlovid, où il a montré une efficacité similaire, mais sans les interactions associées au Paxlovid.

Après cet état des lieux sur les meilleures armes disponibles pour lutter contre la pandémie, on voit bien que tout l'arsenal n'est pas utilisé aujourd'hui de manière optimale et que le laisser-faire actuel qui semble convenir à beaucoup, s'appuie sur une politique-alibi où la prévention n'est réduite qu'à la seule vaccination et à un appel peu convaincant car peu convaincu à la bonne volonté d'une population fatiguée et plus très solidaire.

Les scénarios pour cette rentrée

  • Notre premier scénario est optimiste, au moins à court terme, pour la rentrée. Et il nous semble plausible! Il repose sur l'idée que l'accalmie se prolongera quelques semaines, puisqu'aucun nouveau variant ne semble aujourd'hui vouloir prendre le pas sur BA.5 en Europe. Cela suppose bien sûr que la population ait acquis une immunité suffisante pour contenir désormais toute résurgence de BA.5. Dans le cas contraire, on passerait plus rapidement au deuxième scénario.

  • Le deuxième scénario est en effet celui où le sous-variant BA.5 d'Omicron se comporterait un peu comme le variant Delta à l'été puis à l'automne 2021 en Europe de l'Ouest, avec cette première vague estivale, inaugurale et modérée, et une seconde plus importante. Ce scénario nous semble peu probable en raison de la vague estivale de BA.5 qui fut autrement plus forte en termes de contaminations que la vague Delta de l'été 2021. Mais différents éléments pourraient le rendre crédible quand même.

D'abord la veille sanitaire ne nous renseigne pas précisément sur le réservoir de personnes naïves à BA.5 restant dans la population. Ensuite, on a pu lire dans la littérature scientifique que les variants d'Omicron se comportaient comme des «avions furtifs», qu'ils passaient sous les radars de notre immunité, ne laissant aucune trace de leur infection dans nos organismes. Si tel était le cas avec BA.5, alors on pourrait être recontaminés à nouveau par ce variant à l'automne et permettre le déferlement d'une nouvelle vague, dont on a vu dans l'hémisphère sud durant l'hiver austral qu'elles étaient plus fortes en pleine saison froide.

  • Le troisième scénario dessine un cas de figure où un autre variant, dont on ne connaîtrait rien de la contagiosité, ni de la virulence, ni des capacités d'échappement immunitaire, prendrait le pas sur BA.5 et provoquerait une nouvelle vague dont l'ampleur et l'impact seraient bien sûr imprévisibles. Des candidats sont d'ores et déjà en lice comme BA.2.75 d'ores et déjà majoritaire en Inde, ou BA.4.6 qui circule de plus en plus en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord. Un autre candidat que l'on ne connaît pas encore pourrait aussi bien venir se qualifier par surprise.

  • Enfin, le quatrième scénario, guère plus réjouissant que les deux précédents, serait plus inédit puisqu'il verrait la co-circulation simultanée de plusieurs variants sur le territoire, combinant par exemple BA.4 et BA.5 avec de nouveaux variants, plus ou moins contagieux et virulents.

Quel que soit le scénario qui advienne à l'automne, et peut-être même qu'il s'agira d'un cinquième que nous n'avions pas envisagé, il est crucial de faire preuve d'anticipation, d'humanité et de solidarité. La stratégie du «vivre avec» ne doit pas rester synonyme de bras baissés.

Newsletters

Les yeux qui changent de couleur, un phénomène mystérieux

Les yeux qui changent de couleur, un phénomène mystérieux

Pourquoi tant de bébés (et certains adultes) ont-ils l'iris qui varie à ce point?

Il est normal de ressentir de la fatigue, jusqu'à un certain point

Il est normal de ressentir de la fatigue, jusqu'à un certain point

Elle peut être anodine, utile, mais aussi potentiellement dangereuse. Quels sont les ressorts de la fatigue et comment savoir jusqu'où aller dans l'effort?

La méditation de pleine conscience a-t-elle sa place à l'école?

La méditation de pleine conscience a-t-elle sa place à l'école?

Depuis plusieurs années, la question suscite de vifs débats souvent dogmatiques. Repenser cette pratique pourrait permettre d'en tirer des bénéfices pour le bien-être des élèves.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio